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 Sujet du message: Le poids d'un passé...
MessagePublié: 11 Août 2017, 14:54 
Lueur dans la nuit
Lueur dans la nuit
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La malédiction des Rambla

Au départ, il s'agissait d'un meurtre presque ordinaire. Une femme a disparu, à Marseille, en juillet 2004. Corinne Beidl, 42 ans, dirigeait une société de restauration livrant les plateaux-repas aux équipes de cinéma qui tournaient dans la région. Elle avait de l'énergie à revendre et le c?ur sur la main. Tout le monde l'aimait. Désormais, tout le monde la pleure. Le 12 février dernier, on a retrouvé son cadavre, recroquevillé dans un sac de sport, au fond d'un jardinet. Le propriétaire du pavillon, un Marseillais de 37 ans, a reconnu l'avoir étranglée, sept mois plus tôt, à la suite d'un différend professionnel. Il était son employé depuis cinq ans. Il voulait être déclaré mais elle ne le voulait pas. Il ne sait pas ce qui lui a pris. C'est ce qu'il a dit. C'est ce qu'on dit toujours, dans ces cas-là. Un meurtre presque ordinaire. Seulement, voilà: notre homme n'est pas n'importe qui. Il s'appelle Jean-Baptiste Rambla. Il avait 6 ans lorsque Marie-Dolorès, sa s?ur aînée, a été enlevée sous ses yeux, à Marseille, sur le parking d'une cité HLM. Christian Ranucci sera condamné à mort et guillotiné, le 28 juillet 1976, pour l'assassinat de la fillette. Trente ans plus tard, certains doutent encore de sa culpabilité. Au cours de sa garde à vue, Jean-Baptiste a murmuré: «Finalement, il aurait mieux fait de nous emmener tous les deux.» Puis il s'est mis à sangloter. Comme quand il n'était qu'un garçonnet et que les policiers l'asticotaient pour lui tirer de maigres indices sur l'enlèvement de sa s?ur aînée.

C'est l'histoire d'un retour de manivelle. D'une existence bousillée avant d'avoir pu commencer. Ça n'est déjà pas facile de plonger en enfer à l'âge du bac à sable. Ça l'est encore moins lorsque vous comprenez qu'il vous faudra à vie pleurer votre s?ur et voir son assassin défendu par ceux qui le croient innocent mais aussi par les abolitionnistes, qui en ont fait leur icône. En classe de cinquième, un jour, Jean-Baptiste Rambla est tombé sur une photo de sa s?ur dans son livre de français. A côté, il y avait un texte à apprendre par c?ur. Un extrait du best-seller de Gilles Perrault Le Pull-Over rouge, une contre-enquête concluant de manière radicale à l'innocence de Christian Ranucci.

Il n'avait rien pu faire pour la sauver
Pour les Rambla, la thèse de l'erreur judiciaire a toujours résonné comme la deuxième mort de Marie-Dolorès. «Si Ranucci n'était pas coupable, cela signifiait que l'assassin de leur fille était encore en liberté», souligne Me Henri Juramy, avocat de Jean-Baptiste. Une injustice supplémentaire pour cette famille d'immigrés espagnols arrimée à ses principes comme à son chagrin. Aujourd'hui encore, Pierre Rambla, le patriarche, 80 ans, ancien ouvrier boulanger, porte la médaille de sa fillette assassinée en pendentif. Aujourd'hui encore, la lente glissade de son fils nous ramène aux blessures du passé et à l'ambiance de corrida qui présidait en ce temps-là.

Il y eut donc le procès de Christian Ranucci et son exécution, l'une des dernières avant l'abolition de la peine de mort. Il y eut donc le livre de Gilles Perrault, qui, deux ans plus tard, jeta le trouble dans l'opinion publique. A l'époque, pour la famille Rambla, les adversaires de la guillotine et les zélateurs de l'écrivain sont à mettre dans le même sac. Un martyr, Ranucci? Une plaisanterie. Et eux, dans ce tumulte, comment pouvaient-ils faire le deuil de leur fille chérie? Et qui se préoccupait de l'étrange sentiment de culpabilité de Jean-Baptiste, qui avait vu l'assassin mais n'avait rien pu faire pour sauver sa s?ur? «On l'a coupé, Ranucci, et qu'est-ce que ça nous donne?» grommela un jour le père Rambla. Gilles Perrault se souvient des premiers temps de l'affaire, quand la famille de Marie-Dolorès «était soutenue par l'émotion de toute une ville et les visites des journalistes». Puis ce fut au tour de l'association Légitime Défense, favorable à la peine de mort, de s'emparer du dossier. On invita Pierre Rambla à se montrer dans le public à l'occasion de différents procès. «Il était devenu la figure symbolique du père dont l'enfant a été assassiné», note Gilles Perrault. Puis l'affaire Ranucci est devenue le vestige d'une époque révolue. Et le silence est retombé sur la famille Rambla. Mais le malheur était toujours là.


Pour l'avocat de Jean-Baptiste Rambla, tout était écrit. Quand il avait 10 ans, on faisait dormir le frère de Marie- Dolorès à coups de tranquillisants. Puis il se mit à soigner sa détresse à l'herbe et au shit. «Ces derniers temps, il avait basculé dans la coke», ajoute Me Juramy. Etudes bancales, petits boulots, peu d'intérêt pour la vie, à part le PMU. Une étincelle l'animait, de temps à autre, quand il ressassait la thèse de la culpabilité de Ranucci devant les caméras de télévision. En novembre 2004, l'émission Sept à huit, sur TF 1, a traité de l'affaire pour une énième fois. Pierre Rambla et son fils ont accordé un entretien à la réalisatrice Maha Kharra. «C'est surtout le père qui parlait, raconte-t-elle. Il était très véhément. Mais, au bout d'une heure, j'ai eu le sentiment qu'on avait tourné en rond.» A l'écran, il ne reste que quelques minutes de l'interview. On y entend le fils Rambla clore le chapitre Ranucci à sa façon: «C'est fini. Basta! De toute façon, on ne va pas le sortir de terre...» Le reste du temps, il semble un peu ailleurs. Il y a de quoi. A l'époque, cela faisait déjà quatre mois que Corinne Beidl n'avait plus donné signe de vie. Comme il se doit dans ce méchant feuilleton, l'arrestation du frère de Marie-Dolorès n'a pas tardé à ressusciter les ardeurs du camp d'en face. Depuis quelques jours, des courriers anonymes remplissent la boîte aux lettres des Rambla. «Vous êtes punis de votre obstination passée qui a fait tant de mal, a écrit une main vengeresse. N'est-ce pas l'heure de reconnaître et de demander pardon à Christian?» Pour entretenir l'atmosphère, un livre est annoncé prochainement aux éditions Bénévent. L'auteur, Gérard Bouladou, un ancien commandant de police, y a travaillé pendant cinq ans. Le titre est venu tout seul: L'Affaire du pull-over rouge: Ranucci coupable!

Christian Chalençon, 55 ans, compagnon et associé de Corinne Beidl, en a déjà plus qu'assez de ce charivari. Il ne faut pas pousser: le meurtre de sa concubine est l'?uvre d'un pauvre type, non d'une malédiction. En 1999, c'est elle, Corinne, qui avait accepté d'engager Jean-Baptiste, à la demande du père Rambla. Les deux familles se connaissent depuis toujours. Elles habitaient la cité Sainte-Agnès, au début des années 1970. Le frère de Corinne avait porté le cercueil lors des obsèques de Marie-Dolorès. Christian Chalençon ne comprend rien aux mobiles de l'assassin. «C'est lui qui tenait à son statut d'intermittent du spectacle: on ne pouvait pas le déclarer.» Il ne comprend rien à la compassion qui s'annonce à l'égard d'un type qu'il n'a jamais vraiment senti. «C'était un bon à rien. Il prêtait le matériel à n'importe qui. Il garait les camions comme un sauvage. Il se foutait de tout, sauf de réclamer régulièrement une augmentation.»

Une énigme à lui tout seul
Ces jours-ci, des psychiatres se relaient au chevet de Jean-Baptiste Rambla, dans sa cellule de la prison des Baumettes. Me Juramy se dit persuadé que son client bénéficiera de l'article 122.1 du Code pénal, qui atténue la responsabilité des criminels dont le jugement était altéré au moment des faits. «Ce matin-là, martèle-t-il, Jean-Baptiste Rambla était sous l'emprise de la cocaïne.» Peut-être était-il aussi sous l'emprise d'un vieux cauchemar dont il n'a jamais réussi à se dépêtrer. A-t-on idée de tuer quelqu'un pour terrasser sa propre histoire? Son avocat veut y croire. Mais tout serait plus simple si, devant les policiers ou face au juge Patrick André, qui l'a auditionné une première fois le 28 février dernier, le frère de Marie-Dolorès s'était délivré des fantômes du passé. Or Jean-Baptiste Rambla ne parle qu'à demi-mot. Dans les bons jours. Et les bons jours sont loin.

Il n'y a pas si longtemps, Christian Chalençon s'amusait encore de ces bribes de conversation qu'il tenait avec son employé. «Et les amours, ça va?» lui demandait-il, chaque matin, pour entendre le son de sa voix. Un bougonnement lui répondait. Parfois, c'était tout jusqu'au soir. Un vrai muet. «On en rigolait souvent avec Corinne, confie-t-il. Franchement, on se posait la question: ?Mais qu'est-ce qu'il peut bien raconter à une gonzesse? ?» On ne le saura jamais. Le frère de Marie-Dolorès Rambla est une énigme à lui tout seul. En 2003, à Marseille, alors qu'il travaillait sur le tournage d'un film avec Karin Viard et Bernard Giraudeau, il lui est arrivé une mésaventure qui ne lui a fait ni chaud ni froid. «Un soir, il a retrouvé sa voiture les quatre pneus crevés, la carrosserie entièrement rayée», se souvient Christian Chalençon, qui lui a filé un coup de main pour le dépannage. Avec le recul, il en a la conviction: «Cela ressemblait à une vengeance de femme.» Le film sur lequel ils travaillaient à cette époque-là n'a pas tenu l'affiche. Une histoire de type au bout du rouleau qui, pour changer sa vie, finit par trucider la femme d'un ami. Aujourd'hui plus qu'hier, le titre fait froid dans le dos: Je suis un assassin. Jean-Baptiste Rambla, lui, n'a pas seulement changé de vie. Victime devenue meurtrier, il a changé de crime comme on change de peau.


http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/la-malediction-des-rambla_486761.html

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[INFO L'EXPRESS] Un homme vient d'avouer le meurtre d'une femme, fin juillet à Toulouse. Déjà jugé pour assassinat en 2008, Jean-Baptiste Rambla est surtout lié à l'affaire Ranucci.

Ce meurtre était passé relativement inaperçu, en plein coeur de l'été. Le 27 juillet, le corps de Cintia, une jeune femme de 21 ans, a été retrouvé baignant dans une mare de sang dans son appartement de Toulouse dont la porte était verrouillée. Sans nouvelles de la jeune femme, ses proches avaient contacté les pompiers, à l'origine de cette macabre découverte.

Le meurtre, qui remonterait selon l'autopsie à 48 heures, a été d'une violence extrême: Cintia présente "plusieurs plaies au niveau de la gorge, infligées à l'aide d'un objet tranchant" indique le parquet de Toulouse, qui a ouvert une information judiciaire pour "homicide volontaire". Auprès de L'Express, une source proche du dossier évoque même une mâchoire cassée et des coups de couteau, dont certains auraient décapité partiellement la victime.

Jugé pour meurtre en 2008
Deux semaines après le meurtre, mercredi, les policiers du SRPJ de Toulouse ont procédé avec leurs homologues marseillais à l'arrestation d'un suspect, à Six-Fours Les Plages, dans le Var. Le profil de l'homme arrêté, Jean-Baptiste Rambla, un homme de 49 ans, qui est passé ce vendredi aux aveux, est troublant.

Il était sorti de prison en février 2015, à la faveur d'une libération conditionnelle, après avoir été condamné en 2008 à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son employeuse. Le corps de sa victime, Corinne Beidl, a été découvert en 2004, sept mois après sa mort, dans un sac de sport caché dans le cabanon du jardin du suspect. Son meurtrier, qui a nié dans un premier temps sa responsabilité, avait finalement indiqué avoir agi sous le coup de la colère, après avoir eu une dispute avec la jeune femme devenue selon lui sa maîtresse.

Le nom de Jean-Baptiste Rambla, qui vivait depuis sa libération conditionnelle à Toulouse selon la Dépêche du midi, est surtout inextricablement lié à l'affaire Ranucci. Lorsqu'il avait 6 ans, en 1974, le suspect a assisté au rapt de sa soeur, Marie-Dolorès, de deux ans son aînée.

Ranucci, symbole de la lutte contre la peine de mort
Un kidnapping suivi d'un meurtre, pour lesquels Christian Ranucci a été condamné à mort et guillotiné en 1976 aux Baumettes. Son exécution est devenue le symbole de la lutte contre la peine de mort, dont le livre Le Pull-over rouge de Gilles Perrault, s'était fait l'étendard.

L'ouvrage pointait certaines inexactitudes du dossier, concernant la culpabilité de Ranucci et mettait notamment en cause les déclarations de Jean-Baptiste Rambla. Le témoignage de l'enfant, dépeint dans le livre comme "mature" et "sérieux", avait permis l'interpellation du suspect. Seule personne à avoir assisté à l'enlèvement, le garçonnet n'avait pourtant pas reconnu Christian Ranucci parmi les profils qui lui avaient été présentés au cour de l'enquête.

Téléphone, ADN et traces de sang
Après avoir nié toute implication dans le meurtre de Cintia pendant ses deux jours de garde à vue, Jean-Baptiste Rambla a avoué ce vendredi matin, juste avant d'être présenté à un juge d'instruction. Jusqu'ici, il assurait ne pas connaître la jeune femme, mais reconnaissait néanmoins sa présence, le soir du meurtre, dans le quartier Arnaud Bernard. Difficile de le nier: son téléphone a été repéré sur la zone du crime le soir du 25 juillet.

L'homme aurait craqué, face aux nombreux éléments qui l'accablent, confie à L'Express une source proche du dossier. Son ADN a été retrouvé sous les ongles et dans la salle de bain de la victime et des traces de son sang ont aussi été identifiées sur la poignée de l'appartement de la jeune toulousaine.

Des motivations floues
Jean-Baptiste Rambla, qui présente des blessures suspectes sur les mains, affirmait jusqu'ici avoir été victime d'une agression par un couple, composé de Cintia et d'un autre homme. Avant de faire volte-face et d'avouer ce vendredi matin avoir tué sa victime avec un cutter puis nettoyé son appartement. "Il ne sait même pas pourquoi il a fait ça, il n'a vraiment pas l'air de s'en rappeler", glisse cette même source. La violence extrême de l'agression contraste avec le comportement "calme et poli" du suspect lors de ses auditions. L'homme, suivi depuis sa sortie par un juge d'application des peines, n'a selon le parquet créé "aucun incident" concernant son comportement ou le respect des obligations qui lui étaient imposées.

Le mode opératoire du meurtre avait mis la puce à l'oreille des enquêteurs: la femme que le quadragénaire a tuée en 2004 a succombé à des coups assénés à l'arme blanche, comme Cintia. En 2004, la tête de Corinne Beidl a même été retrouvée en partie calcinée.

Lors du jugement de son client pour ce meurtre, il y a neuf ans, l'avocat de Jean-Baptiste Rambla avait mis en avant son "passé sacrifié" et son traumatisme lié à l'affaire Renucci. "Je n'ai pas d'avenir depuis l'âge de 6 ans", avait même lâché l'accusé face au président, rapporte un article du Monde de l'époque. Cette fois, assure une source proche de l'enquête, l'homme refuse volontairement de s'étaler sur cette partie tumultueuse de son passé. Il faudrait désormais comprendre comment la jeune Cintia, qu'il ne semblait pas connaître, s'est retrouvée sur sa route, à la fin du mois de juillet.


http://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/l-une-des-victimes-de-l-affaire-ranucci-avoue-un-second-meurtre-a-toulouse_1934651.html


On parle beaucoup de l'affaire Grégory en ce moment... mais voilà qui risque de refaire parler d'une autre affaire célébrissime (résolue ou non ? les avis demeurent encore partagés à ce jour...) : l'affaire dite du "pull-over rouge", ou l'affaire Ranucci, guillotiné pour le meurtre de la jeune Marie-Dolorès...


... Bref, tout ça pour dire que finalement, un "fait divers" n'est jamais "divers" ou anodin... il est bien le fruit d'une histoire personnelle, familiale et, en l’occurrence, judiciaire...

_________________
Souvent dans l'être obscur habite un dieu caché
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres.

Vers dorés, Gérard de Nerval


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