Encyclopédie du paranormal - Démonologie

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Démonologie



Etude des démons et esprits malfaisants


La notion de mal a toujours occupé une place importante dans les différentes croyances, religions et cultures, avec une valeur symbolique particulièrement forte et présente au sein de l'imaginaire collectif. Les démons apparaissent ainsi dans les mythes, légendes et folklores du monde entier, à toutes les époques, et sous les formes les plus diverses. Traditionnellement représentés comme des entités malveillantes, certains démons sont parfois aussi décrits comme des êtres bénéfiques, voir comme des divinités.

Les différents écrits religieux abondent également en références démoniaques. Toutefois la démonologie en tant que telle n'a commencé à prendre véritablement de l'importance qu'à partir du XIIIème siècle. Au fil du temps, toutes les croyances en des forces obscures et maléfiques ont permis de définir une représentation du mal qui n'a eu de cesse d'évoluer. C'est en étudiant cette représentation que la démonologie permet ainsi de mieux appréhender l'origine des démons et la hiérarchie qui les composent. Mais si la démonologie tient une place particulière dans l'histoire des religions, elle n'en demeure pas moins une discipline complexe, parfois truffée d'imprécisions ou d'incohérences.


Aux origines de la démonologie

A l'ère des premiers chrétiens, et plus particulièrement au Moyen-Age, le mal et l'omniprésence des démons font partie intégrante des croyances et de la culture populaire. Sous l'influence de Satan, les démons représentent le lien de rupture entre Dieu et les hommes au travers de l'influence néfaste qu'ils exercent sur ces derniers. La moindre catastrophe naturelle ou les prémices de maladies et d'épidémies constituent alors souvent la preuve suffisante de la présence de forces maléfiques qui ne peuvent donc être que l'oeuvre du Démon, ou d'un mauvais sort lancé sur autrui. Alors que les hommes justes, de par une vie pieuse et conforme aux préceptes des Evangiles peuvent ainsi espérer accéder au Paradis, les criminels, voleurs, ou tout individu ayant mené une vie dissolue ou mort sans l'absolution sont voués à souffrir éternellement dans les tourments de l'Enfer.

A une époque où le culte du Diable est considéré comme relevant de l'hérésie, on assiste dans toute l'Europe à une chasse aux sorcières dont l'apogée se situe aux XVI et XVIIèmes siècles, et qui aura pour conséquence de nombreuses victimes souvent injustement accusées des pires méfaits.

De nombreux manuels de démonologie voient le jour à cette période, véritables recueils des peurs et superstitions ancestrales auxquelles leurs auteurs (bien souvent des personnages influents et respectables) donnent vie. On accuse ainsi les sorcières d'avoir pactisé avec le Diable, ce dernier se présentant sous ses plus beaux atours afin de séduire ses victimes et les entraîner dans leur déchéance. Dans les légendes traditionnelles, il est également courant que le Diable s'unisse à ses favorites lors des soirs de Sabbat. Parmi les manuels de démonologie les plus connus figure le célèbre Marteau des sorcières (ou Malleus maleficarum) publié en 1486 par les Dominicains Henri Institoris et Jacques Sprenger. L'ouvrage se veut un véritable manuel de la chasse aux sorcières, allant jusqu'à affirmer que la sorcellerie elle-même serait l'oeuvre d'un complot orchestré par le Diable. La femme s'y trouve représentée comme un être inférieur, imparfait et diabolique, servant d'instrument aux agissements du Diable. Un extrait du Malleus permet notamment d'y lire : Il y a comme un défaut dans la formation de la première femme, puisqu'elle a été faite d'une côte courbe, c'est à dire d'une côte de la poitrine, tordue et comme opposée à l'homme. Il en découle aussi de ce défaut que, comme un vivant imparfait, elle déçoit toujours.

Extrait du Malleus Maleficarum dans son édition de 1520

Par ailleurs dans de nombreuses traditions religieuses, les démons sont supposés pouvoir prendre possession du corps des vivants (humains ou animaux), justifiant ainsi les rituels d'exorcisme censés chasser l'influence néfaste exercée par le mal. Utilisée notamment dans le cadre de l'Eglise catholique romaine, cette dernière reste cependant très prudente quand à l'usage de cette pratique, les prêtres exorcistes eux-mêmes recommandant dans la plupart des cas l'avis de professionnels de santé avant d'envisager un rituel d'exorcisme. Les progrès de la médecine ont en effet permis de mettre en évidence le lien entre certaines pathologies psychiatriques et les prétendues crises de possession. Cependant il subsiste encore souvent de fausses représentations où crises de démence, personnalités multiples et schizophrénie sont assimilées à une possession démoniaque.


Anges déchus et hiérarchie des démons

La notion d' anges déchus apparaît au II ème siècle dans la première section des écrits du livre d'Enoch de l'Ancien Testament. Dans la tradition chrétienne, les créatures spirituelles devaient à l'origine se ressembler et rester fidèles à Dieu. Mais tentées par le mal, certaines de ces créatures se seraient détournées de leur but premier, créant ainsi la catégorie des démons inférieurs ou créatures d'en bas, dont Satan aurait été le précurseur.

Dans l'origine évangélique, et plus précisément dans l'épître aux Ephésiens de Saint Paul, c'est une révolte contre Dieu qui aurait amené certains anges à se tourner vers le mal. Cette idée a par ailleurs été reprise par le Pseudo Denys l'Aéropagite. Les textes de l'Apocalypse font également état d'une lutte entre les anges fidèles à Dieu et les anges rebelles. Les origines bibliques quant à elles évoquent des anges qui auraient choisi de s'unir à des mortelles, perdant ainsi leur statut de créatures célestes.

Tout comme les anges, les démons répondent à une hiérarchie complexe et bien précise chargée de différencier leur rôle ainsi que leur degré d'importance. Leur nombre, bien que non clairement défini, n'a cessé d'évoluer au fil des siècles, passant de plusieurs millions à plusieurs milliards. Il existe donc différentes hiérarchies de démons dont certaines se regroupent dans leur contenu.

Il semble que les premiers théologiens chrétiens aient été les précurseurs de la classification démoniaque. A l'origine, les démons se trouvaient divisés en cinq catégories ayant pour thème les éléments naturels que sont le feu, l'eau, la terre et l'air, le cinquième élément se trouvant sous terre. Selon leur lieu de résidence, on considérait ainsi que les démons pouvaient habiter les bois, les forêts, les lacs ou les grottes. Ces croyances sont à l'origine de certaines légendes relatives aux cavernes et autres souterrains abritant des trésors protégés par des démons, et donc inaccessibles à l'homme.

Saint-Antoine attaqué par les démons (gravure sur bois de Lucas Cranach l'Aîné)

Au XIème siècle, Michael Psellus, philosophe et auteur byzantin, y incorpore une sixième catégorie dédiée aux démons fantômes.

A l'instar des anges, c'est à partir de règles ésotériques et de versets bibliques que la Kabbale a établi une liste de démons au nombre de soixante-douze, chacun gouvernant un signe zodiacal précis en fonction de la date de naissance d'un individu. Selon cette classification, chaque démon possède ainsi ses particularités et domaines de prédilection qu'il utilise dans le but de détourner l'Homme de Dieu. On y retrouve par exemple les principaux défauts que sont l'avarice, la paresse ou la luxure.

Mais la Kabbale n'a pas été la seule à tenter de déterminer une hiérarchie démoniaque. C'est en effet probablement au début du XVème siècle qu'apparaît le manuscrit du Livre des Esperitz, le plus ancien traité français de magie démoniaque. Contrairement à la Kabbale, ce traité retrace une description très précise de quarante-six démons, au lieu des soixante-douze précédemment définis. Une partie du contenu de ce texte est ensuite reprise en 1563 dans l'ouvrage De praestigiis daemonum rédigé par le médecin et démonologue hollandais Jean Wier (ou Johann Weier). C'est en 1577, à l'occasion de sa cinquième édition, que ce traité prend la dénomination de Pseudomonarchia daemonum. L'ouvrage se voit alors enrichi de vingt-trois nouveaux démons, portant ainsi leur nombre total à soixante-neuf (bien qu'en raison d'une erreur de typographie, certaines éditions n'en mentionnent que soixante-huit). Les démons y sont présentés selon leurs caractéristiques, origine et hiérarchie, et on y trouve notamment la présence d'Asmodée ou de Balam. Mais plus encore qu'un simple traité de démonologie, Jean Wier tente d'introduire la médecine dans l'explication de certains phénomènes relatifs au culte du Diable. A une époque où les procès en sorcellerie sont légion, Wier établit ainsi l'idée selon laquelle la présence de troubles mentaux serait à l'origine des hallucinations physiques et visuelles perçues par les « sorcières ».

Fort de son succès, le Pseudomonarchia daemonum a par la suite fait l'objet de plusieurs traductions, dont une en français.

Couverture du Praestigiis Daemonum dans son édition de 1583

Au XVIIème siècle paraît un manuel de sorcellerie populaire intitulé Lemegeton Clavicula Salomonis ou Petite clé de Salomon. Inspiré de manuscrits déjà existants, le Lemegeton s'articule autour de cinq parties distinctes :

  • L'Ars Goetia
  • L'Ars Theurgia Goetia
  • L'Ars Paulina
  • L'Ars Almadel
  • L'Ars Notaria

Si les trois dernières parties de l'ouvrage n'ont que peu de rapport avec la démonologie proprement dite, les deux premières en offrent en revanche un éclairage plus précis. En effet, et s'il reprend une partie de la liste des démons publiée par Jean Wier, l'Ars Goetia se veut toutefois plus complet que le Pseudomonarchia daemonum, notamment dans l'architecture du rituel de conjuration. Les démons s'y trouvent au nombre de soixante-douze, et correspondent aux entités maléfiques que le Roi Salomon lui-même aurait invoquées.

L'Ars Theurgia Goetia, quant à lui, détaille de façon très précise les caractéristiques et rituels de conjuration des différents démons listés. Cette seconde partie du texte du Lemegeton entretient un parallèle étroit avec la Steganographia Trithémius, un traité d'angélologie rédigé au XVIème siècle par l'abbé Johannes Trithemius, et dont le texte contient une clé de chiffrement.

Au XIXème siècle, Collin de Plancy, écrivain et libre penseur français, édite son Dictionnaire infernal, véritable recueil de toutes les croyances et connaissances en démonologie de l'époque. Outre les références aux contes et légendes, à la magie ou aux superstitions, on y trouve également une hiérarchie des démons répartie comme suit :

  • Les princes et grands dignitaires :

Belzébuth, Satan, Eurynome, Moloch, Pluton, Pan, Lilith, Léonard, Baalberith, Prosperine

  • Les ministères :

Adramelech, Astaroth, Nergal, Baal, Léviathan

  • Les ambassadeurs :

Belphégor, Mammon, Bélial, Rimmon, Thamuz, Hutgin, Martinet

  • La Justice :

Lucifer, Alastor

  • La maison des princes :

Verdelet, Succor Benoth, Chamoos, Melchom, Nisroch, Béhémot, Dagon, Mullin

  • Les menus plaisirs :

Kobal, Asmodée, Nybbus, Antéchrist

Par ailleurs, à ces différentes catégories s'ajoutent également les Ordres de la Mouche et du Démon. Le premier de ces Ordres est une distinction attribuée par Belzébuth et destinée aux hauts dignitaires de la Cour infernale. Le second Ordre, quant à lui, est instauré par des théologiens catholiques, afin, tout comme pour les anges, de mettre en valeur les neuf ordres prédominants de démons :

  • Les pseudothéi
  • Les esprits du mensonge
  • Les vases de colère et d'iniquité
  • Les vengeurs de crimes
  • Les séducteurs
  • Les puissances de l'air
  • Les exterminateurs
  • Les calomniateurs
  • Les démons de la cupidité

Le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy a fait l'objet de plusieurs rééditions au cours du XIXème siècle.

Autant étudiée que l'angélologie, la démonologie a de tous temps fait l'objet d'un ardent intérêt que ce soit au travers de la littérature, de l'occultisme ou de la théologie.

L'époque moderne, de par un rationalisme plus grandissant, a toutefois permis de faire reculer les croyances aux démons, grâce notamment aux progrès de la science et de la médecine qui permettent désormais d'expliquer certains phénomènes autrefois attribués à l'oeuvre du Diable. Néanmoins les croyances en des forces diaboliques restent encore très présentes dans les esprits, et se manifestent encore aujourd'hui avec l'émergence de certains mouvements satanistes.


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Ouvrage de référence : :

  • Les anges et toi, de Jean-Charles de Castelbajack, Michel Lafon (1996)

Sources et liens complémentaires :

Page Les anges et les démons judéo-chrétien et islamique

Catégories : D ; Mythes et folklore ; Concepts
Auteur : Linele
Mise en ligne : 23/07/11
Dernière modification : le 08/08/11 à 21:51