Encyclopédie du paranormal - Fantôme

Fantôme



Apparition ou vision d'êtres généralement désincarnés


De tout temps, les fantômes et esprits ont suscité la curiosité et l'imagination des Hommes pour qui ils symbolisaient peurs, croyances ou espérances. Les histoires de fantômes fascinent et interrogent de par leur diversité teintée de mystère, histoires qui ont parfois traversé les siècles et que nos ancêtres aimaient à se raconter au coin du feu lors des longues soirées d'hiver. La littérature et le cinéma se sont largement inspirés du monde des esprits qui retrouva une nouvelle vie au travers de romans, de recueils de témoignages, ou sur le petit et le grand écran au travers d'adaptations plus ou moins fantaisistes.


Mythes et croyances

Dans la forme qu?on lui connaît, le fantôme est généralement considéré comme l'esprit d'un défunt revenu sur Terre afin de hanter les vivants dans un but expiatoire, pour délivrer un message aux humains, ou tout simplement pour les effrayer. Selon les témoignages recueillis au fil du temps, le fantôme se dessine sous différents angles qui varient selon les cas. Dans la culture occidentale, il est entre autre représenté enchaîné et traînant des boulets, vêtu d'un suaire blanc ou portant des vêtements. Il est perçu de manière très réaliste, en semi-transparence ou simplement visible par le biais d'une lueur ou d'une ombre, voire complètement invisible. Certains fantômes semblent s'adapter au lieu dans lequel ils se trouvent, tandis que d'autres semblent ignorer la présence des vivants. Certains paraissent s'exprimer par des bruits, des coups, des déplacements d'objets, tandis que d'autres se contentent d'arpenter de longs couloirs en silence.

Hilary Evans, une investigatrice anglaise spécialisée dans les phénomènes parapsychologiques, a classifié les fantômes d'après les différentes formes qu'ils sont supposés revêtir. On trouve ainsi :

  • Les revenants : ils correspondent à l'imagerie populaire d?un défunt revêtant une apparence identique à celle qu'il avait de son vivant.
  • Les apparitions de crise : elles surviennent lors d'un moment particulièrement critique de la vie d'un individu (accident, noyade, suicide). Le fantôme se manifeste alors à son entourage dans le contexte dans lequel il se trouve, sans que les témoins puissent avoir une quelconque information sur la situation de la victime.
  • Les apparitions récurrentes localisées : elles se focalisent généralement à un même endroit, à une date ou heure précise. Le fantôme est alors perçu répétant inlassablement les mêmes gestes ou se dirigeant au même endroit.
  • Les fantômes de vivants : aussi appelés « doppelgängers? » en allemand, ils représentent comme son nom l'indique l'esprit d'une personne bien vivante se manifestant consciemment ou inconsciemment à son entourage.
  • Les fantômes d'animaux : de nombreuses légendes locales font état de fantômes d'animaux de différentes espèces (chiens, ânes, chevaux) qui seraient perceptibles par les vivants.
  • Les visions des agonisants : elles se produisent dans le laps de temps qui précède la mort d'un individu, et se manifestent généralement sous la forme d'un parent ou d'un ami décédé auparavant, venu chercher le mourant. La vision peut également avoir une portée plus mystique (anges, le Christ).

À ces différentes formes d'apparitions peuvent aussi s'ajouter les orbes?, les OVNIS, les ectoplasmes et les apparitions religieuses. Certains témoignages font également état d'avions et de bateaux fantômes. Plus localement encore, certains pays ou régions possèdent leurs propres mythes correspondants à des personnages bien précis : elfes, dragons, sirènes, lutins, fées etc. qui, sans pour autant être assimilés à des fantômes, viendraient toutefois visiter les vivants.

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Photographie d'un fantôme supposé prise en 1940 en l'église Saint Nicholas d'Arundel en Grande- Bretagne


Le fantôme dans différentes cultures

Selon les cultures et continents, le fantôme est représenté de diverses manières et donne lieu à différentes interprétations. Ainsi au Japon, on trouve la notion de shintô (croyance en de multiples dieux et esprits). Ces derniers seraient présents dans chaque élément de la vie (végétaux, animaux, phénomènes climatiques), et on en dénombrerait plus de huit millions. On retrouve maintes traces de ces esprits dans le célèbre théâtre Kabuki, ou par le biais de gravures. Les fantômes japonais (Yūrei)? sont emblématiques par leur représentation souvent spectaculaire.

De la Sibérie jusqu'à l'Afrique occidentale, on mettait au point des rituels destinés à empêcher les morts de revenir sur Terre. Les cultures africaines vivaient en effet dans l'idée que les esprits cherchaient une nouvelle enveloppe terrestre (le plus souvent animale ou végétale) dans laquelle s'incarner. Dans les pays tels que le Sénégal, les danses n'döp permettaient aux esprits de prendre possession des Hommes.

Chez les aborigènes d'Australie, l'âme voyagerait durant le sommeil. Au Mexique, l'utilisation d'hallucinogènes permettait de faire voyager l'âme grâce au concours d'un animal. Dans l'Égypte ancienne enfin, l'âme revêtait différentes formes et il était de coutume d'offrir des offrandes aux défunts pour les empêcher de revenir harceler les vivants.


Le fantôme à travers les âges

Outre les apparitions citées dans l'Ancien et le Nouveau Testament ainsi que dans certains récits sumériens, le plus ancien témoignage d'apparition de fantôme remonte à l'Antiquité, au 1er siècle avant J.C. Dans ses lettres, Pline le Jeune relate l'histoire du philosophe Athénodore qui avait fait l'acquisition d'une maison réputée hantée. Un soir, alors qu'il écrivait sur ses tablettes, le philosophe vit apparaître le spectre d'un homme enchaîné qui le conduisit à un endroit précis avant de disparaître. Des fouilles furent entreprises à l'endroit indiqué par le fantôme où un squelette fût mis à jour. Une fois celui-ci enterré publiquement, les hantises cessèrent dans la demeure.

Durant cette période, les témoignages d'apparitions sont bien ancrées dans toutes les cultures, des plus reculées aux plus avancées, chacune possédant ses propres croyances et rituels destinés à empêcher les morts de revenir tourmenter les vivants.

Au Moyen-Age, l'Église fait apparaître la notion de purgatoire, sorte de lieu intermédiaire situé entre l'enfer et le paradis. Les fidèles sont invités à prier et à faire dire des messes afin de permettre aux âmes tourmentées de trouver le repos. Les récits de hantises se font plus moralisateurs et semblent destinés à convertir les foules vers une vie plus sainte, conformément aux Evangiles. La notion d'expiation des péchés est très présente et se retrouve dans les apparitions d'auteurs d'atteintes aux moeurs et à la morale tels que les voleurs, les meurtriers ou les suicidés, condamnés à hanter le lieu de leur trépas afin de demander pardon pour leurs fautes.

C'est aussi à cette époque que les fantômes de femmes commencent à apparaître dans les récits et témoignages. L'Église reste toutefois très prudente vis-à-vis des apparitions de défunts et considère que seuls les saints, les anges ou les démons sont en mesure d?envoyer des messages aux vivants, le plus souvent par l'intermédiaire des rêves. Les fidèles sont invités à ne pas tenter d?entrer en contact avec les esprits.

De la Renaissance jusqu'au XVIIème siècle, une « guerre » farouche oppose les catholiques aux protestants et aux athées, les uns partisans de l'existence des apparitions de fantômes, les autres y étant diamétralement opposés.

Peu à peu, une vague de scepticisme grandissante se répand, malgré l'essor du spiritisme. Celui-ci atteint son apogée au XIXème siècle, notamment grâce aux soeurs Fox qui, en 1848, inventent un système de communication basé sur le morse dans le but de correspondre avec un prétendu esprit se manifestant chez elles par des coups frappés. Le XIXème siècle marque aussi l'arrivée de la photographie : désormais on ne se contente plus de voir ou de converser avec un fantôme, on peut aussi le prendre en photo. Si la plupart des clichés se révèlent être de vulgaires trucages, d'autres mènent à des interrogations quant à leur authenticité, comme la dame brune du manoir de Raynham Hall prise en 1936, aujourd'hui encore souvent présentée comme une véritable photographie de fantôme.

Aujourd'hui, si les croyances sont encore bien présentes dans l'imaginaire collectif, la tendance est plutôt à la rationalisation des fantômes et des phénomènes de hantises, qui pourraient trouver leur source de différentes façons. Avec l'essor des nouvelles technologies et la facilité à diffuser les informations, les fantômes s?entendent, s'enregistrent, se voient désormais sur un écran de télévision ou sur des photos et vidéos largement diffusées sur internet, à la crédibilité souvent douteuse.

Les fantômes se fabriquent aussi. Si le phénomène n'est pas nouveau, il est en tout cas facilité par l'outil informatique qui se révèle être un véritable vivier de possibilités permettant, avec un minimum de patience et de doigté, de réaliser des apparitions fantomatiques très réalistes, et présentées au public comme étant véridiques.

Dans le film « Sixième sens », le jeune Cole révèle son lourd secret : il voit des fantômes


De l'apparition à l'explication

Si les fantômes ont toujours fait partie intégrante de l'univers de l'Homme, leur réalité est en revanche beaucoup plus sujette à caution. Aucune étude scientifique n?est en effet à l'heure actuelle en mesure d'en prouver l'existence de façon certaine et définitive. Tout comme la manière de se les représenter, la manière d'expliquer les apparitions fantomatiques a elle aussi beaucoup évolué. À une époque où les progrès de la science en étaient à leurs balbutiements, les apparitions de fantômes étaient le plus souvent soumises à la bonne foi des témoins, dont la bonne situation sociale et la respectabilité leur assuraient un gage de crédibilité. La bonne foi ne suffit toutefois plus aujourd?hui pour rendre crédible l'apparition d'un fantôme pouvant être soumise à différentes explications.

Selon les religions et les croyances, on fit souvent appel aux services d'un prêtre, d'un chaman ou d'un rebouteux qui, grâce à leurs prières et rituels, étaient chargés de chasser les démons et autres âmes en peine?. Si dans certains cas ces rituels ne fonctionnaient pas, dans d'autres ils se sont avérés efficaces. Il n'est cependant pas si simple de faire la corrélation entre rituel et fin du phénomène, un effet d'autosuggestion? étant toujours possible de la part du croyant qui, persuadé que l'intervention d'un tiers s'est révélée efficace, a peut-être en réalité lui-même mis fin au problème.

Aussi nombreux soient les témoignages d'apparitions de fantômes, beaucoup, avec le temps, se sont révélés n'être que de vulgaires supercheries d'auteurs désireux d'effrayer leurs semblables, d'abaisser la valeur financière d'une habitation dans le but de l'acquérir à bas prix ou tout simplement pour faire parler d'eux. C'est le cas de deux fillettes qui, en 1920, affirmèrent avoir été photographiées en présence de fées?. Des célébrités du monde de la parapsychologie reconnurent « l'authenticité » des photos, jusqu'à ce que la supercherie ne soit dévoilée, bien plus tard, par l'une des petites filles elle-même qui expliqua s'être servie de personnages découpés dans une revue.

Une mauvaise interprétation des phénomènes constitue également souvent une importante source d'erreur dans les observations de fantômes. C'est par exemple le cas du Château de Veauce dans l'Allier qui, selon son ancien propriétaire, le Baron Tagori de la Tour, aurait abrité le fantôme d?une dénommée Lucie qui passait pour apparaître dans le chemin de ronde. Après enquête réalisée par une équipe de journalistes spécialisés dans les phénomènes paranormaux, il s'avéra que les « apparitions » de Lucie correspondaient précisément aux nuits durant lesquelles l'astre lunaire se reflétait dans certaines parties du château, le mouvement de la lune donnant un aspect vivant à l'apparition.

Les hallucinations individuelles et collectives? ont parfois également joué un rôle dans l'explication de certains phénomènes. Des maladies encore mal connues du grand public telles que la schizophrénie prêtent encore souvent à confusion en raison des symptômes qui en résultent (voix, apparitions généralement à caractère religieuses) et sont parfois assimilées à des cas de possessions. Les phases d'endormissement et de réveil peuvent également être propices à des hallucinations se traduisant par des bruits, des chuchotements ou des apparitions d'apparence très réalistes qui peuvent faire croire à une manifestation d'esprit. Ces visions sont d?autant plus fréquentes chez le jeune enfant qu'il est facilement impressionnable et ne possède pas le même rapport à la réalité que l'adulte. Il n?est donc pas rare que l'enfant prétende par exemple communiquer avec un « ami imaginaire ».

Certains lieux d'apparitions ont pourtant été reconnus par l'Église catholique et constituent aujourd'hui des pèlerinages, à l'image de la grotte de Lourdes. Cette reconnaissance par l'Église était toutefois soumise à conditions (historiques, psychologiques et théologiques), et nécessitait au préalable l'accord de l'évêque du lieu concerné, règle encore en vigueur aujourd?hui.

Les fantômes des « Vieux fusils », légende canadienne illustrée par Françoise Pascals

Parmi les nombreuses théories liées à l'explication des apparitions de fantômes, celle ayant trait à la « mémoire des murs » est souvent évoquée. Cette théorie veut que des événements à forte dominante émotionnelle soient « enregistrés » sur un lieu à la façon d?une empreinte et soient perceptibles par des sujets ayant la sensibilité nécessaire pour les revivre. Cela serait le cas de certains voyants et autres médiums, souvent sollicités dans le but de retracer le passé d'une demeure et d'entrer en contact avec d'éventuels esprits. La théorie de la mémoire des murs n'est pas nouvelle et a notamment été reprise par John W. Dunne, qui affirmait que passé, présent et futur ne forment qu'un seul et même temps et qu'ils ne semblent arriver de manière séquentielle qu'à cause de la manière dont nous les percevons.

Un lien est parfois établi entre électromagnétisme et apparitions de fantômes. Il a en effet été démontré qu'un champ magnétique intense peut influencer le fonctionnement du cerveau et la perception de l'environnement, favorisant ainsi les hallucinations.

Dans le domaine de la parapsychologie et des "chasseurs de fantôme", le lien de cause à effet est cependant souvent établi dans l'autre sens : l'apparition d'un fantôme s'accompagnerait d'une variation anormale du champ électromagnétique. Ainsi, des chercheurs équipés de détecteurs EMF ont enregistré des pics de milliGauss à certains endroits ayant la réputation d'être hantés. Bien que ces appareils permettent la mesure de variations de l'intensité du champ électromagnétique, le lien entre ces dernières et les fantômes n'a pas été établi et l'on sait aujourd'hui qu'elles peuvent être causées par des radiations solaires ou la mise sous ou hors tension d'appareils électriques. Il n?existe donc pour le moment aucun appareil permettant de détecter la présence de fantômes ni de preuve définitive de leur existence.

Si différentes hypothèses explicatives ont été formulées, elles ne peuvent en aucun cas constituer des généralités ni donner toutes les réponses. Bien que ces hypothèses aient souvent permis de donner une solution à des problèmes précis, le phénomène des apparitions de fantômes constitue une problématique vaste à part entière étant donné le nombre de témoignages qui se sont succédés au fil des siècles dans le monde entier.


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Traduction anglaise : Ghost

Articles apparentés : Poltergeist, Spiritisme

Sources :

  • CATALA Pascale, Apparitions et maisons hantées, Paris, Presses du Châtelet, 2004
  • BLANRUE Paul-Eric, Eric MAILLOT, "Lucie la belle fantômette de Veauce", "Revue Science Extrême n°2", novembre-décembre 2003
  • BLANRUE Paul-Eric, "Quand les spirites avaient mauvais esprit", "Revue Science Extrême n°3", janvier-février 2004

Auteur : Linele
Mise en ligne : 09/08/09
Dernière modification : le 27/08/11 à 17:45