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MessagePublié: 07 Décembre 2020, 20:21 
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Bah, puisque je n'ai pas grand à en dire, ça va aller vite. :P

Je suis tout à fait d'accord sur les 3 différents modèles de production du savoir/démocratie technique qu'il expose. Et sur le fait qu'il y a des domaines dans lesquels l'un de ces modèle s'applique souvent de manière plus heureuse que les autres ; je le cite :

Citer:
L’auteur conclut qu’aucun de ces modèles ne peut supplanter les autres. On imagine mal à quoi ressemblerait un groupe concerné autour de la physique des particules tandis qu’on aurait aujourd’hui du mal à refuser toute légitimité à s'exprimer aux habitants de la région de Bure.


Les soucis apparaissent dans la pratique (et là je parle d'expérience personnelle) du fait que les frontières entre ces différents domaines ne sont pas très claires et qu'on évolue souvent quelque part à l'intersection de ces modèles.
Qui produit du savoir local, par exemple ? Des gens peuvent venir de l'autre bout de la France pour lutter contre l'aéroport de Notre-Dame des Landes (pour des raisons qui peuvent être tout à fait louables au demeurant), alors que les gens du cru — comme ceux résidant à côté de l'aéroport Nantes Atlantique — veulent à tout prix voir se délocaliser l'aéroport dans un coin de cambrousse inhabité et inutilisé de leur point de vue.
Comment gère-t-on les différences d'opinion à un niveau local ? Par exemple, quid de la situation où des anti-ondes militent contre la mise en place d'antennes relais, au risque de restreindre l'accès à un réseau téléphonique de qualité pour leurs concitoyens (qui eux sont beaucoup moins actifs sur la scène politique) ?
Est-ce que des gens peuvent affirmer publiquement des choses manifestement fausses en regard de toutes nos connaissances scientifiques et les présenter comme véridiques, parce que leur ressentis (légitimes) les poussent à penser complètement autrement ?
Enfin, prenons des cas extrêmes : on peut avoir des zozos qui veulent explicitement avoir leur mot à dire dans la recherche fondamentale, un peu comme ceux qui disent que le LHC de Genève va ouvrir un portail vers un autre dimension et qu'il faut le fermer. Que fait-on ?

Je n'ai absolument pas de réponses définitives aux questions que je soulève, d'autant que les réponses relèvent autant du politique et de la morale, que de l'épistémologie et de la philosophie des sciences. C'est juste pour dire que si je suis quasiment à 100% d'accord avec ce qui est dit dans le thread Twitter, dès que l'on rentre dans un degré de granulométrie plus fin et dans des questions plus pratico-pratiques que la théorie, ça devient vite très, très compliqué.

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MessagePublié: 07 Décembre 2020, 21:05 
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Je suis tout à fait d'accord avec tous les points que tu soulèves. J'imagine/espère que toute la littérature sur la question (dont les références données dans le thread Twitter) y répond au moins en partie.

Ar Soner a écrit:
Comment gère-t-on les différences d'opinion à un niveau local ? Par exemple, quid de la situation où des anti-ondes militent contre la mise en place d'antennes relais, au risque de restreindre l'accès à un réseau téléphonique de qualité pour leurs concitoyens (qui eux sont beaucoup moins actifs sur la scène politique) ?

C'est rigolo que tu prennes cet exemple parce que j'ai un collègue qui est justement à peu près dans cette situation. Il est sociologue (et s'intéresse aux controverses en santé et environnement) et vient d'acheter une baraque dans un petit village breton. Pour ses activités pros comme persos, il a besoin de réseau (qu'il a, d'ailleurs, donc sa situation n'est pas trop problématique). En revanche, les habitants de la localité militent fermement contre l'arrivée de la fibre jusqu'au bled dont il est question.

Du coup, ça me donne envie de lui demander :

- son regard sur la chose en tant que sociologue;
- son regard sur la chose en tant que citoyen politisé;
- son regard sur la chose en tant que citoyen qui aimerait bien la fibre quand même alors que les autres ne la veulent pas;


Citer:
Les soucis apparaissent dans la pratique (et là je parle d'expérience personnelle) du fait que les frontières entre ces différents domaines ne sont pas très claires et qu'on évolue souvent quelque part à l'intersection de ces modèles.

Tu confirmes donc au passage tout à fait l'hypothèse selon laquelle le "grand partage" n'a aucun sens. Je suis tout à fait d'accord quand tu dis que c'est souvent bien plus flou/à l'intersection: il me semble que c'est d'ailleurs tout le propos de fond du thread.

Citer:
Qui produit du savoir local, par exemple ? Des gens peuvent venir de l'autre bout de la France pour lutter contre l'aéroport de Notre-Dame des Landes (pour des raisons qui peuvent être tout à fait louables au demeurant), alors que les gens du cru — comme ceux résidant à côté de l'aéroport Nantes Atlantique — veulent à tout prix voir se délocaliser l'aéroport dans un coin de cambrousse inhabité et inutilisé de leur point de vue.

Ce sont-là d'excellentes questions. Et je crois que la réponse ne peut être elle aussi que contextuelle/locale. Il n'y a probablement pas une vérité/un raisonnement universel(le) que l'on pourrait appliquer partout, donc ça me semble un peu impossible de répondre, en fait. C'est sûrement à voir au cas par cas.

Citer:
Est-ce que des gens peuvent affirmer publiquement des choses manifestement fausses en regard de toutes nos connaissances scientifiques et les présenter comme véridiques, parce que leur ressentis (légitimes) les poussent à penser complètement autrement ?

D'un point de vue moral et personnel, je te réponds quant à moi que je n'approuve pas ce genre de pratiques. Après, comme dit à l'instant: tout dépend du contexte. Si c'est la seule arme qu'on a à disposition pour faire bouger les lignes (et que ça marche), c'est — certes — immoral, mais ça peut se comprendre. Mais s'il y a d'autres moyens/arguments plus honnêtes et qui peuvent donner de meilleures prises dans le rapport de force, je trouve personnellement qu'il vaut mieux se diriger vers cette stratégie. Mais c'est évidemment une opinion qui se discute et dépend de tout un tas de choses.

Citer:
Enfin, prenons des cas extrêmes : on peut avoir des zozos qui veulent explicitement avoir leur mot à dire dans la recherche fondamentale, un peu comme ceux qui disent que le LHC de Genève va ouvrir un portail vers un autre dimension et qu'il faut le fermer. Que fait-on ?

Très franchement, faut-il impérativement faire quelque chose? Ceux que tu appelles les "zozos" sont ils si nombreux et influents qu'il faille absolument agir? Honnêtement, tu connais beaucoup de gens qui adhèrent sérieusement et profondément à ce genre de théories farfelues? Ils ont existé (et existeront) de tous temps et... est-ce vraiment un problème? (Bon, tu me diras, le succès phénoménal de Hold Up pourrait laisser penser qu'ils sont quand même un certain nombre. Mais comme me le disait un collègue tout récemment, si on pouvait étudier en détail la population adepte du docu, on découvrirait certainement pleins de nuances. Par exemple: tous les adeptes de Hold Up ne croient probablement pas à toutes les théories qui y sont développées. D'autres apprécient probablement plutôt le documentaire pour son côté "défiance envers les institutions" sans pour autant cautionner ce qui se raconte dedans. Mais probablement qu'ils jugent qu'il faut que des trucs comme ça existe pour qu'un débat démocratique sain puisse émerger. Etc.

Citer:
Je n'ai absolument pas de réponses définitives aux questions que je soulève, d'autant que les réponses relèvent autant du politique et de la morale, que de l'épistémologie et de la philosophie des sciences.

Eh bien je crois que tu as parfaitement raison de ne pas avoir de réponse définitive, pour toutes les raisons que je viens d'évoquer.

Citer:
C'est juste pour dire que si je suis quasiment à 100% d'accord avec ce qui est dit dans le thread Twitter, dès que l'on rentre dans un degré de granulométrie plus fin et dans des questions plus pratico-pratiques que la théorie, ça devient vite très, très compliqué.

Pareil, ici, tout à fait d'accord. D'ailleurs, je crois que les sciences sociales ne disent pas autre chose.

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MessagePublié: 14 Décembre 2020, 11:48 
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"Comment gère-t-on les différences d'opinion à un niveau local ? Par exemple, quid de la situation où des anti-ondes militent contre la mise en place d'antennes relais, au risque de restreindre l'accès à un réseau téléphonique de qualité pour leurs concitoyens (qui eux sont beaucoup moins actifs sur la scène politique) ?"
Comment gère-t-on ? En principe, les municipalités savent faire : elles ont toute latitude pour organiser le débat public en mettant par exemple en place une commission comprenant notamment des représentants des associations, des experts et des élus locaux, et ayant pour objet de statuer sur l’opportunité du projet en question. Je pense que c’est un peu le B-A BA de la démocratie locale, non ? Bon, mais c’est vrai que sur le terrain, ce n’est pas une partie de plaisir à organiser…

"Est-ce que des gens peuvent affirmer publiquement des choses manifestement fausses en regard de toutes nos connaissances scientifiques et les présenter comme véridiques, parce que leur ressentis (légitimes) les poussent à penser complètement autrement ?"
En retenant mon souffle je réponds oui, du moment que les scientifiques, justement, prennent la peine de venir contredire tout aussi publiquement ces allégations. C’est une forme d’engagement politique et cela constitue d’ailleurs, je le signale en passant, l’une de leurs obligations statutaires, qui est de diffuser la culture scientifique. Sinon, cela veut dire que toute forme d’expression publique est muselée et que seuls les experts, « ceux qui savent » ont voix au chapitre.

"Enfin, prenons des cas extrêmes : on peut avoir des zozos qui veulent explicitement avoir leur mot à dire dans la recherche fondamentale, un peu comme ceux qui disent que le LHC de Genève va ouvrir un portail vers un autre dimension et qu'il faut le fermer. Que fait-on ?"
Zozos ou pas, les très grandes infrastructure de recherche (TGIR) telles que le LHC, sont souvent financées majoritairement sur fonds publics (et coûtent « un pognon de dingue »), et il serait heureux que les citoyens puissent avoir davantage leur mot à dire en termes d’opportunité économique, indépendamment de l’intérêt scientifique et des résultats obtenus grâce à ces grands équipements sur lesquels, en effet, ils ne sont pas qualifiés pour se prononcer. Mais là-dessus je pense que nous sommes tous d’accord.


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MessagePublié: 14 Décembre 2020, 14:18 
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patto a écrit:
Comment gère-t-on ? En principe, les municipalités savent faire : elles ont toute latitude pour organiser le débat public

En principe, oui. Dans la pratique, je suis plus circonspect : je pense que toutes les mairies ne savent pas forcément le faire (notamment les plus petites) ; et surtout, une bonne partie d'entre elles ne veulent pas le faire pour des raisons idéologiques, de magouilles politiques/économiques locales, ou des questions de convenance personnelle des élus municipaux.

Je le vois très bien avec la 5G sur ma commune : le maire (qui est très "en marche") a décidé unilatéralement et sans aucune consultation publique que le territoire serait l'un des premiers du département à être équipé. Raison officielle annoncée : c'est le progrès, c'est une opportunité de développement économique pour les entreprises, et c'est une façon d'inciter les cadres urbains dynamiques des grandes métropoles urbaines environnantes à venir s'installer chez nous pour enrayer le baisse démographique.
Bien entendu, l'association locale anti-onde est à couteaux tirés suite à cette annonce ; les raisons qu'ils invoquent sont au mieux hypothétiques, au pire farfelues... ce qui sert bien évidemment d'argument à la mairie pour balayer d'un revers de la main toute opposition à son ambition de déploiement de la 5G.
Les points de vue plus nuancés (notamment ceux qui, comme moi, ne sont pas favorables à la 5G pour des raisons idéologiques : ce n'est tout simplement pas un progrès technique qui va dans le bon sens à mon avis) ne sont pour ainsi dire pas représentés et n'ont pas les moyens de s'exprimer.

patto a écrit:
En retenant mon souffle je réponds oui, du moment que les scientifiques, justement, prennent la peine de venir contredire tout aussi publiquement ces allégations. C’est une forme d’engagement politique et cela constitue d’ailleurs, je le signale en passant, l’une de leurs obligations statutaires, qui est de diffuser la culture scientifique.

J'aurais tendance à penser comme toi. Sauf que voilà : les scientifiques ne font pas ce boulot. Pour plein de bonnes raisons d'ailleurs : parce qu'ils sont juste beaucoup trop occupés par leur job, qui consiste surtout ces dernières années à courir après les financements ou à remplir des montagnes de paperasserie administrative ; parce que ce sont des bons chercheurs mais pas des bons pédagogues/communicants, a fortiori face à un public de néophytes ; parce qu'ils réalisent bien qu'il y a beaucoup de coups à prendre (essayez voir de dire à une assemblée d'électro-sensibles qu'il n'y a pas de corrélation démontrée entre leur mal et les ondes électromagnétiques : j'ai des amis qui ont testé, je ne suis pas sûr qu'ils recommenceront)...

De fait, on le voit par exemple sur la question des pseudo-sciences ; la contre-parole est principalement le fait du monde des sceptiques (genre les youtubeurs néo-zététiciens) ou de certains rares médias. La communauté scientifique s'exprime peu sur les sujets ; il faut vraiment qu'un sujet prenne beaucoup d'ampleur pour qu'elle daigne se bouger. Dans le domaine de l'archéologie alternative, c'est parce que la Révolution des Pyramides était devenue quasiment un phénomène de société que les archéologues ont sorti le bout de leur nez et pris le temps d'expliquer pourquoi ça ne tenait pas la route.

patto a écrit:
les très grandes infrastructure de recherche (TGIR) telles que le LHC, sont souvent financées majoritairement sur fonds publics (et coûtent « un pognon de dingue »), et il serait heureux que les citoyens puissent avoir davantage leur mot à dire

Effectivement, nous sommes d'accord sur ce point.

On m'a donné dernièrement un exemple qui montre bien à quel point la co-construction de savoir entre experts extérieurs et personnes concernées est une chose complexe : l'augmentation du nombre de naissances pendant la pleine Lune.
Un nombre très important de personnes du corps médical : médecins, infirmiers, aides-soignants... vous le confirmeront : c'est une réalité, il y a bel et bien plus d'accouchements pendant la pleine Lune. C'est d'ailleurs tellement vrai que cette augmentation est perceptible dans le rythme de travail des services de maternité, qui devient plus soutenu pendant cette période du mois.
Sauf que... les statistiques ne montrent pas ça du tout. Ils indiquent même clairement le contraire : il n'y a absolument aucune corrélation entre période lunaire et naissances, les jours de pleine Lune sont des jours comme les autres et ils ne sont pas plus pourvoyeurs d'accouchements que les autres. Et ceci, quelle que soit la source des chiffres et l'organisme qui les traite : rien, nada.

Qui a raison ? Qui a tort ?
Scientifiquement, ce sont les chiffres qui priment : ils ne se trompent pas, surtout quand ils viennent de différentes sources qui aboutissent toutes à la même conclusion. Il est plus simple de penser que c'est la subjectivité des soignants qui rentre en jeu : de la même façon qu'on se souvient toujours des quelques trains qui arrivent en retard, mais jamais de la majorité qui sont à l'heure, il y a un biais qui conduit les gens du corps médical à être plus attentif ou davantage mémoriser les naissances et les coups de bourre de leur service ayant lieu durant la pleine Lune.

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MessagePublié: 14 Décembre 2020, 16:52 
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Merci pour ta réponse, Ar Soner, avec laquelle je suis bien d'accord.

Je mettrais juste un petit bémol sur ton affirmation selon laquelle :"Scientifiquement, ce sont les chiffres qui priment : ils ne se trompent pas, ..."


Oui, les chiffres ne se trompent pas, surtout dans ton exemple des naissances et de la pleine lune, mais je me garderais bien, personnellement, de généraliser.
En fait, on ne peut pas dire que les chiffres se trompent ou ne se trompent pas, ce qui compte, et ce qui peut dans certains cas faire question c'est leur interprétation. C'est d'ailleurs le problème principal des sondages et enquêtes d'opinion...et des plantages parfois monumentaux qu'on peut parfois constater dans les résultats électoraux ! Faute d'avoir défini rigoureusement l'échantillon à étudier et formulé de manière scientifiquement neutre la question à poser (à supposer que cela soit possible), les résultats peuvent parfois conduire à des conclusions complètement biaisées ou erronées. Et de fait, en matière scientifique, circonscrire correctement l'objet (ou les objets) à étudier (ainsi que le contexte et le périmètre de l'étude) n'est jamais une question triviale.

Pour illustrer mon propos, je reviens sur mon exemple personnel comique de l'autre jour (mon ressenti de malédiction à propos des files d'attente). Si on y regarde de près, la réponse facétieuse que m'a faite le matheux, qui a toutes les apparences d'être juste du strict point de vue du calcul des probabilités (file d'attente la plus longue =>probabilité la plus élevée de m'y trouver) est en fait au cas d'espèce à côté de la plaque et même complètement fausse ! Ayant commencé par dire que je ne supportais pas les longues files d'attente, c'est au contraire dans la file la plus courte que cette probabilité de m'y trouver est la plus forte !


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MessagePublié: 14 Décembre 2020, 17:11 
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Oui, les chiffres ne se trompent pas, surtout dans ton exemple des naissances et de la pleine lune, mais je me garderais bien, personnellement, de généraliser.

Je pense que personne ne sera surpris d'apprendre que je suis complètement d'accord avec Patto...

Les chiffres érigés au rang de religion et qui ne se tromperaient pas, c'est un leurre. Tout simplement parce que comme le dit patto, ils sont le fait de calculs, d'interprétations, d'arbitrages et de choix faits par des hommes qui sont, eux, bel et bien faillibles et non-omniscients.

Il y a un argument qu'il faut, je crois, toujours avoir en tête quand on raisonne: même les meilleurs spécialistes/scientifiques peuvent se tromper (et même se trompent souvent) tout simplement parce qu'ils pensent un sujet à partir de ce qu'ils savent. Mais il se trouve que nous ignorons tous tout un tas de choses/de données et que nous avons tous de gros angles morts. C'est la raison pour laquelle, comme le dit patto, on peut avoir tous les chiffres du monde et des grosses méta-analyses, si le problème ou la question de départ est mal posé-e, les chiffres ne seront d'aucun secours.

Pour le dire autrement: on ne peut pas raisonner à partir de ce qu'on ignore, a fortiori si on ne sait pas du tout qu'on ignore quelque chose (c'est ce que j'appelle : "les angles morts" et qui n'incluent donc pas des lacunes dont on aurait conscience).

Si c'était le cas, il y a bien longtemps qu'on serait capable de prédire l'avenir. Or, ce n'est pas le cas. Pourquoi? Parce que tout dépend constamment de tout un tas de paramètres, d'interactions et d'intrications que personne en ce bas monde n'est capable de connaître et de maitriser entièrement, même les esprits les plus brillants. C'est bien pour ça que l'intelligence collective fait autant sens.

Quant à la lune et aux accouchements, il semble que la réponse ne soit pas aussi certaine:
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-progr ... a928109ec9

Cf. par exemple l'étude réalisée au CHU de Rennes et qui conclut que les circonstances météorologiques et la lune pourraient avoir une influence sur le nombre d'accouchements spontanés. On en revient donc toujours au même: ici, ce ne serait pas forcément la lune seule qui pourrait avoir une influence : ça pourrait tout aussi bien être la lune et les phénomènes météorologiques (donc une interaction/une intrication de plusieurs phénomènes). Les résultats dépendent donc entièrement de ce qu'on décide d'observer (et où) et de prendre en compte (ou pas) pour l'étude que l'on met sur pieds.

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MessagePublié: 16 Décembre 2020, 19:55 
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patto a écrit:
Oui, les chiffres ne se trompent pas, surtout dans ton exemple des naissances et de la pleine lune, mais je me garderais bien, personnellement, de généraliser.

Bien évidemment. J'ai déjà dû l'écrire à de nombreuses reprises sur ce forum (dans ce topic ou ailleurs) : les probabilités et les statistiques sont des outils qu'il est très facile de biaiser, ou bien en omettant les conditions de départ, ou bien en interprétant les résultats dans un sens ou dans l'autre... et les grands médias/le gouvernement ne se privent absolument pas de le faire, d'ailleurs.

Ma phrase (« les chiffres ne se trompent pas ») s'adressait au contexte précis que j'exposais. On parle des chiffres de naissance, donc de simples dénombrements journaliers avec des conditions très simples (on demande à chaque hôpital de France et de Navarre de faire remonter chaque jour le nombre de naissances qu'ils ont), analysés ensuite avec des tests statistiques relativement basiques (est-ce qu'il y a une corrélation ou non ?), ce qui limite quand même pas mal les possibilités de biais ou de surinterprétation.

patto a écrit:
Pour illustrer mon propos, je reviens sur mon exemple personnel comique de l'autre jour (mon ressenti de malédiction à propos des files d'attente). Si on y regarde de près, la réponse facétieuse que m'a faite le matheux, qui a toutes les apparences d'être juste du strict point de vue du calcul des probabilités (file d'attente la plus longue =>probabilité la plus élevée de m'y trouver) est en fait au cas d'espèce à côté de la plaque et même complètement fausse !

Ton histoire m'a fait pas mal discuter avec des amis (on est tous des scientifiques, au moins de formation, si ce n'est de métier pour certains). On est arrivé à la conclusion qu'en fait, l'énoncé de ton matheux peut être vrai, mais seulement dans certaines conditions et selon l'interprétation que l'on en fait.
Si l'on considère l'intégralité des heures cumulées de toutes les files d'attente dans lesquelles tu t'es retrouvé et tu retrouveras un jour dans ta vie, l'énoncé du matheux est vrai : si on pioche une de ces files d'attente au hasard, on a plus de chance de te trouver dans les plus longues, puisque tu y auras passé le plus de temps.
En revanche, si on considère les files d'attentes d'un magasin bien précis à un instant t : effectivement, il n'est pas évident qu'on te retrouve dans les plus longues puisque tu choisis volontairement les plus courtes, supposées être les plus rapides. Mais ça serait le cas si le choix de la file d'attente était indépendant de ta volonté : par exemple, si la file où faire la queue t'était attribuée par une hôtesse de caisse, qui répartirait aléatoirement les gens dans les différentes files.

On peut rentrer dans des niveaux de complexité supérieures, qui font que le problème commencerait à ressembler au paradoxe de la Belle au Bois Dormant, mais je ne saurais plus retranscrire l'échange comme ça à froid (je ne suis vraiment pas un crac en probas).

Metronomia a écrit:
Les chiffres érigés au rang de religion et qui ne se tromperaient pas, c'est un leurre.
[...]
même les meilleurs spécialistes/scientifiques peuvent se tromper (et même se trompent souvent)

Je ne dis pas le contraire. Mais inversement : les gens peuvent se tromper, eux aussi. Ils peuvent même se tromper en masse, parfois, par le truchement de phénomènes sociaux et/ou de biais propres à l'esprit humain.

Je pense que les deux facettes du problème sont à garder en tête. Et que la tendance de certaines personnes (je ne te vise pas toi, hein, je précise ! :P ) à penser qu'il y a forcément toujours quelque chose de vrai derrière un ou des témoignages (« tous ces soignants n'ont pas pu se tromper, il y a forcément quelque chose ! ») me semble plus contreproductive qu'autre chose dans une démarche scientifique. Voire, potentiellement dangereuse dans certains contextes.

Metronomia a écrit:
Quant à la lune et aux accouchements, il semble que la réponse ne soit pas aussi certaine:
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-progr ... a928109ec9

Il s'agit d'une unique étude, à laquelle nous n'avons pas accès (elle est citée sur un site web qui cite lui-même un magazine... qui n'est pas un magazine scientifique). En outre, la conclusion laisse penser qu'il ne s'agit pas tellement de l'influence mensuelle de la lune mais plus de l'influence annuelle (certains mois ou saisons seraient plus pourvoyeurs de naissance que d'autres).

A l'opposé, on a une multitude d'études très solides, réalisées à travers le monde (et sur plusieurs années pour certaines, et avec un échantillonnage beaucoup plus grand) qui concluent qu'il n'y a pas de corrélation.

Je veux bien entendre que la question de l'influence de la Lune sur les naissances ne soit pas complètement résolue (d'ailleurs, est-ce qu'une question scientifique peut seulement jamais être considérée comme totalement résolue ?), mais pour moi, il y a assez d'éléments costauds qui laissent clairement penser qu'a priori ce n'est le cas et pour pouvoir l'affirmer.
Ce qui ne veut pas dire qu'il faille arrêter toute forme d'investigation scientifique sur le sujet. Même une question déjà traitée milles fois peut mériter qu'on se repenche dessus.

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MessagePublié: 17 Décembre 2020, 16:13 
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Metronomia a écrit:
Quant à la lune et aux accouchements, il semble que la réponse ne soit pas aussi certaine:
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-progr ... a928109ec9


Je n'ai aucune idée (pour ou contre) sur la question mais cela étant La Cité des sciences et de l'industrie (CSI) dit quand même bien, Metronomia, sur la page à laquelle tu renvoies :
"D’autres mythes ont la vie dure, tel celui du nombre d’accouchements lors des nuits de pleine lune. Plusieurs études ont initialement perpétué cette croyance, avant qu’elle ne soit définitivement réfutée par une étude allemande incluant plus de 4 millions de naissances entre 1966 et 2003.(13,14) De même, aucun lien n’a pu être établi entre la lune et les menstruations, le nombre de complications du peripartum ou le sexe de l’enfant.(3,15) Malgré cela, il y a fort à parier que le poids de l’évidence sera insuffisant pour mettre fin à cette croyance. A l’instar des naissances, aucune relation n’a pu être établie entre la pleine lune et le nombre de suicides ou la survenue d’arrêts cardiorespiratoires, d’ischémies myocardiques, d’épilepsies, de traumatismes, ou encore de lithiases rénales.(16–21) En cherchant bien, certaines études rapportent cependant un lien entre la pleine lune et la survenue des hémorragies digestives (de 0,59 ± 0,78 à 1,04 ± 0,93 admissions par jour, p = 0,007), ainsi qu’une augmentation des AVC d’origine vraisemblablement psychogène ou encore une baisse des ruptures des anévrismes abdominaux.(3,22,23) Toutefois, ces études souffrent d’une méthodologie déficiente : méthode statistique erronée ou encore petit nombre de cas.
En conclusion, aucune influence de la lune sur la physiologie humaine n’a pu être démontrée de manière indiscutable.(24)"

Les appels de notes renvoient à cet article de la Revue Médicale Suisse (RMS) intitulé "Astres, désastres et superstitions", implanté à l'adresse : https://www.revmed.ch/RMS/2017/RMS-N-570/Astres-desastres-et-superstitions


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MessagePublié: 17 Décembre 2020, 16:19 
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Hello patto,
J'avais bien vu ça, merci. Je réponds rapidement pour l'instant car 1000 trucs à faire.
Si j'ai posté ce lien, c'est entre autres parce qu'il est écrit en début d'article qu'il n'y a pas une réponse unique sur la question de l'influence de la lune sur l'homme.
En fait, peu m'importe que la lune influe (ou pas) sur les accouchements. Il est tout à fait possible (et même probable au vu des arguments d'Ar So) que ce ne soit pas le cas.
Ici, en fait ce sont surtout le raisonnement/la posture et l'état d'esprit qui m'importent. Je préfère les discours qui laissent toutes les portes ouvertes parce qu'ils me semblent plus justes que des assertions trop vite faites et qui n'ont pour conséquence qu'une fermeture des esprits, des horizons et des idées. J'ai beau chercher, je ne vois pas l'intérêt de fermer trop vite les sujets. Je ne sais pas si je suis très claire? N'hésite pas à me dire si ce n'est pas le cas!

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MessagePublié: 17 Décembre 2020, 16:23 
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Ne t'inquiète pas, Metronomia, tu es tout à fait claire et je suis sur la même ligne.


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