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MessagePublié: 07 Mai 2019, 11:35 
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La questionnement est intéressant mais il n'est pas nouveau dans le domaine de l'écologie scientifique. Je l'ai en général plutôt entendu sous une orientation très pragmatique : « Nous (écologues, associations de protection de l'environnement, naturalistes amateurs, etc) n'avons pas des ressources de temps, d'énergie et d'argent infinies ; par conséquent, où devons nous investir ces ressources pour avoir le maximum d'effet en matière de protection de l'environnement ? »

La question des espèces "conservation-dépendantes" (chez moi on dit plutôt « sous perfusion » :P ) est très clivante, notamment. Pour prendre un exemple que je connais bien pour avoir travaillé dessus pendant quelques années : le grand hamster d'Alsace, une charmante bestiole jadis très abondante dans la plaine alsacienne entre Strasbourg et Colmar, et maintenant conduite au bord de l'extinction par des campagnes d'éradication ciblées et la modification de son milieu.
Un certain nombre de naturalistes pensent qu'il est bien trop tard pour sauver le grand hamster : il faudrait pour cela défaire les effets de 30 ans d'urbanisme et d'agriculture intensive. Or, aucun alsacien n'accepterait qu'on casse l'autoroute A35, pas plus qu'aucun agriculteur ne laisserait volontairement ses parcelles se changer en steppe. Ils avancent que les efforts et les sommes d'argent colossales mises dans la préservation d'une population de hamsters (de plus en plus réduite et consanguine) seraient bien plus utiles dans la protection d'autres espèces moins menacées, ou dans la création de véritables sanctuaires naturels (dans le Ried, notamment, qui en aurait bien besoin).

Les associations de protection de l'environnement sont déjà, au demeurant, obligées de jouer à ce petit jeu du « chiffrage économique de la valeur et des services rendus par les espèces animales/végétales et les milieux naturels », puisque tout le système de compensation écologique* actuel fonctionne de cette façon.

* Celui qui fait que lorsqu'une entreprise décide d'installer un super marché dans un espace naturel, elle va payer une certaine somme pour "compenser" les dégâts commis. Cette somme sera dépendante de la rareté des espèces ou du milieu détruit, et elle pourra être utilisée pour divers projets de protection de l'environnement : capture et déplacement des espèces animales, création d'un nouveau milieu identique (ou qu'on espère identique...) un peu plus loin, sanctuarisation d'un autre espace naturel similaire des environs...
Ce système de compensation n'est pas sans soulever des problèmes éthiques (il est notamment utilisé par certains comme un droit à détruire et à polluer à acheter), mais je ne vais pas rentrer dans le débat qui serait long et complètement hors-sujet...

Chimère a écrit:
Toutes les espèces animales et végétales, individus par individus, ont un droit et une légitimité intrinsèque à l'existence,

Sur le papier, c'est un bel objectif... mais dans la pratique, c'est une logique qui devient absolument ingérable. On passe en permanence notre temps à faire des compromis et à estimer (sur des bases anthropocentriques et subjectives) quelles espèces méritent de vivre ou non : qu'est-ce qui fait que la carotte de ton assiette ou le hêtre transformé de ton armoire IKEA ont moins le droit de vivre que le beau chêne multicentenaire de la forêt voisine ? Pourquoi s'accorde-t-on le droit d'écraser des cohortes de papillons, mouches, abeilles et moustiques en roulant en voiture, alors qu'on aura des scrupules à abattre un boeuf pour s'en nourrir ?

On est forcé à un moment ou à un autre à poser une limite plus ou moins arbitraire. A moins de prôner l'extinction de l'espèce humaine, c'est un problème qui finit toujours par ressurgir.

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MessagePublié: 07 Mai 2019, 12:13 
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Ar Soner a écrit:
aucun alsacien n'accepterait qu'on casse l'autoroute A35, pas plus qu'aucun agriculteur ne laisserait volontairement ses parcelles se changer en steppe

HA. Les Alsaciens en général et les agriculteurs du 'Piémont des Vosges' en particulier (autre nom du projet d'autoroute au début) ont pourtant chié un certain nombre de très grosses pendules lors du montage du projet et au début de la construction. Avec raison : vignes, villages parmi les plus beaux d'Europe, zones naturelles uniques ou du moins exceptionnelles, route des Vins, etc., etc., etc. A l'époque où j'habitais Strasbourg (1979 à 2003), on en parlait à peu près tous les jours, la construction s'est faite très lentement (les terrains à vigne, ça coûte cher au rachat), et le peu d'autoroute qui existait était désert. L'avis général était qu'il valait mieux aménager / élargir la N83 existante, contourner les villages qu'elle traverse, etc. Je n'ai jamais compris pourquoi cette solution n'a pas été retenue...
L'autre solution eût été de rouler moins vite en traversant l'Alsace...

Chimère a écrit:
Parce que pour moi, préserver une espèce animale/végétale ou plus généralement la biodiversité (je préfère parler de Vie et de vies... c'est moins technique, et on se rend mieux compte de quoi on parle... d'êtres vivants, aussi vivants que vous et moi...), ne devrait pas, SURTOUT PAS, se faire dans une logique utilitariste et anthropocentrée... parce que c'est précisément cette logique qui est en train de nous envoyer dans le mur... Au contraire, on devrait préserver une espèce, un environnement pour eux-mêmes, en tant qu'altérité aussi précieuse que la Vie elle-même. Tant qu'on ne verra dans un hêtre ou un chêne pédonculée qu'une réserve de bois et une machine à traiter le C02, tant qu'on ne verra dans les abeilles que des machines à polliniser nos cultures et à fabriquer du miel, tant qu'on ne verra dans la protection des espèces le moyen de nous sauver nous-mêmes (alors que nous sommes sur cette planète l'espèce sans doute la moins digne d'être sauvée...), on pourra faire tous les rassemblements, toutes les belles déclarations du monde, ça n'avancera pas d'un pouce...
Toutes les espèces animales et végétales, individus par individus, ont un droit et une légitimité intrinsèque à l'existence, ce n'est pas à nous de décider qui doit vivre, pour notre propre intérêt, et qui peut, raisonnablement, mourir ; nous n'avons pas à décider cela... nous avons juste le devoir de préserver et de faire le moins de mal possible... parce que sans ça, notre propre légitimité à l'existence, à nous, seule espèce douée du logos, de raison et d'éthique, n'est plus qu'un mensonge... nous ne la méritons même plus.

BRAVO CHIMERE !!!!!!!!

J'ai été choquée par la façon dont France Inter a rendu compte de la nouvelle hier. Les journalistes ont surtout souhaité commenter le fait qu'"Il n'est pas trop tard et qu'il reste encore de l'espoir'. Ouarf, ouarf. Dormez en paix, braves gens. Après vous, le déluge ; vos enfants n'auront qu'à se démerder... si c'est encore possible...

Je ne participe pas souvent à ce sujet parce qu'il me déprime / me met hors de moi (à 50/50... non, peut-être 30/70, dans cet ordre)... Ça me donne envie d'escagasser tout le monde... ou presque...


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MessagePublié: 07 Mai 2019, 12:19 
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Sur le papier, c'est un bel objectif... mais dans la pratique, c'est une logique qui devient absolument ingérable. On passe en permanence notre temps à faire des compromis et à estimer (sur des bases anthropocentriques et subjectives) quelles espèces méritent de vivre ou non : qu'est-ce qui fait que la carotte de ton assiette ou le hêtre transformé de ton armoire IKEA ont moins le droit de vivre que le beau chêne multicentenaire de la forêt voisine ? Pourquoi s'accorde-t-on le droit d'écraser des cohortes de papillons, mouches, abeilles et moustiques en roulant en voiture, alors qu'on aura des scrupules à abattre un boeuf pour s'en nourrir ?

On est forcé à un moment ou à un autre à poser une limite plus ou moins arbitraire. A moins de prôner l'extinction de l'espèce humaine, c'est un problème qui finit toujours par resurgir.



Je comprends la logique... mais d'une part, je pense qu'il faut distinguer le cas "du moindre mal parce qu'on ne peut pas trop faire autrement tout en préservant l'ensemble au mieux dans sa globalité", et le "maximum de catastrophe alors qu'on pourrait très bien faire autrement au mépris de l'ensemble". Et là, on est clairement dans le second cas...
D'autre part, éthiquement, chaque espèce qui disparaît de notre faute, c'est une tâche morale de plus à notre débit... que les petits hommes veuillent le voir ou non, qu'ils se justifient comme ils veulent ("ah mais mon autoroute, mon supermarché, mon-ci ou mon-ça..."), il n'empêche : c'est une faute morale, une perversion, point.
Peut-être qu'on a pas les moyens, aussi bien techniques que moraux (l'être humain demeure un enfant égoïste, c'est un fait), mais il n'empêche que le "on ne peut pas faire autrement" n'efface pas la faute.

Citer:
A moins de prôner l'extinction de l'espèce humaine


Qu'on se calme sur les naissances de marmots qui vont de toute façon contribuer à achever ce monde agonisant, ça sera déjà pas mal... :think:

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MessagePublié: 07 Mai 2019, 12:29 
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il n'empêche que le "on ne peut pas faire autrement" n'efface pas la faute

D'autant que le 'on ne peut pas faire autrement' a bon dos. Si on venait juste de s'apercevoir qu'on va dans le mur, à la rigueur. Mais ça fait combien de temps que les écologistes (ceux qui sont dignes de ce nom, j'entends...) avertissent le monde ? Cinquante ans ?


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MessagePublié: 05 Juin 2019, 10:32 
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Faut-il être alarmiste pour sensibiliser au changement climatique?
Gérard Horny — 5 juin 2019 à 7h30

Tous les gens un peu sérieux qui travaillent sur les questions climatiques se méfient du catastrophisme, souvent contre-productif. Fred Vargas a pris le risque, elle n'a pas eu tort.

L'écologie en général et la réflexion sur le climat en particulier sont dans l'air du temps: on le voit par les manifestations de jeunes partout à travers le monde, les résultats des élections européennes et la place prise par ces thématiques dans les rayons des librairies. Plusieurs ouvrages publiés récemment méritent d'être pris en considération, à des titres divers.

Le plus étonnant est sans doute celui de Fred Vargas, dont le titre affiche franchement la couleur: L'humanité en péril, carrément! On sait que la populaire écrivaine de polars a des convictions tranchées –son soutien sans faille au militant italien Cesare Battisti lui a d'ailleurs valu des reproches–, mais on pouvait avoir oublié qu'elle avait rédigé en 2008 un court texte sur l'écologie appelant à une troisième révolution.

Son passage sur le plateau de l'émission «La Grande librairie» le 1er mai 2019 n'a pas été une réussite. Tendue, trop soucieuse de faire passer son message, très répétitive, elle a même découragé le public qui lui était acquis au départ. C'est dommage, parce que son ouvrage mérite d'être lu, surtout par les personnes qui ne sont pas encore familières du problème.

«Un choix de mort ahurissant et follement inconscient»
Quelle est la raison d'être de ce livre? Fred Vargas part du principe que nous sommes globalement sous-informé·es et qu'il peut être utile qu'elle apporte sa contribution à notre information sur un sujet qui l'intéresse depuis de nombreuses années.

Elle a à la fois tort et raison. Tort, parce que l'information disponible sur le climat est maintenant abondante et que quiconque veut la chercher peut la trouver sans trop de difficultés –ce qui ne signifie pas que les États ou les entreprises communiquent toujours avec enthousiasme ni la plus complète sincérité sur le sujet.

Raison, parce que les ouvrages scientifiques ou économiques trop techniques peuvent décourager; il n'est donc pas inutile que des intermédiaires, journalistes ou écrivain·es, effectuent un travail de vulgarisation permettant à tout le monde de comprendre ce qui se passe, puisque l'ensemble de la société est concerné par le problème et que chacun·e d'entre nous a un rôle à jouer dans sa solution. De ce point de vue, le style Vargas est très efficace et ce livre remplit bien sa fonction.

Certaines personnes penseront qu'elle va trop loin. De fait, elle en fait beaucoup. Citons par exemple ses commentaires sur les insuffisance de l'Accord de Paris de 2015 et l'absence de tout progrès réel à la COP 24 de 2018: «Ce choix équivaut à accepter le risque –non “volontaire” mais implicite de la mort des trois quarts de l'humanité. Un choix de mort ahurissant et follement inconscient. Si rien de décisif n'est mis en place d'ici 2030, et si cette trajectoire d'inertie et de changements modérés se poursuit jusqu'en 2050, c'est l'humanité tout entière qui disparaîtra.»

Au palmarès du catastrophisme, Fred Vargas est assurée de prendre une très bonne place. Il est difficile de faire mieux.

«Nous sommes face, à court terme, à une modification profonde et nécessaire de nos modes de vie.»

Fred Vargas

Cela dit, il faut lui rendre justice. L'autrice explique de façon très claire et très détaillée pourquoi elle arrive à une telle conclusion, et elle donne toutes ses sources d'information. Celles et ceux qui contestent ses affirmations peuvent aller vérifier ce qu'elle avance et, à partir de là, se former leur propre jugement.

La violence du propos est d'abord destinée à provoquer une réaction, à nous inciter à agir. Son livre peut d'autant moins laisser indifférent qu'il n'est pas fondamentalement négatif. Fred Vargas ne nous dit pas que c'est fini pour nous, que ne nous pourrons pas nous en sortir; elle ouvre des portes, elle propose des solutions. Car, insiste-t-elle, rien n'est perdu si on change de cap très vite: «Nous sommes face, à court terme, à une modification profonde et nécessaire de nos modes de vie et de nos sociétés.»

Évidemment, ce discours est très politique et cet appel à une troisième révolution peut être considéré comme l'expression d'une opinion strictement personnelle. Beaucoup de spécialistes, qui estiment également que les décisions prises à l'échelle mondiale en matière climatique sont très insuffisantes et qu'un changement de cap significatif s'impose, ne signeraient pas pour autant un appel à la révolution!

«Guère d'autre solution que de recourir aux incitations»
C'est pourquoi il faut aussi lire Le climat après la fin du mois de Christian Gollier, directeur général de la prestigieuse École d'économie de Toulouse. Cet économiste internationalement reconnu, qui a lui-même travaillé sur certains des rapports du Groupe d'experts international sur l'évolution du climat (GIEC), juge très négativement le catastrophisme, «même éclairé»: «C'est une erreur de manipuler les croyances des gens pour les inciter à agir.»


La remarque pourrait-elle s'appliquer à Fred Vargas? Dans son cas, le terme de manipulation nous semble inapproprié; il faudrait plutôt parler de présentation passionnée des faits. Mais une chose est sûre: Christian Gollier ne partage pas sa vision du monde et ne croit pas qu'il faille faire une révolution pour relever le défi climatique.

«Ce serait une grave erreur de vouloir détruire l'économie de marché pour la destruction de l'environnement à laquelle elle est associée, dès lors qu'on n'explique pas comment cette révolution permettrait de créer un homme neuf, prosocial et altruiste par nature, assure-t-il. Il n'y a guère d'autre solution que de recourir aux incitations, et les prix en sont le facteur évident» –la révolution, non; la taxe carbone, oui!

Si les moyens d'action proposés sont sensiblement diférents, le jugement sur la situation actuelle est tout aussi critique chez Christian Gollier que chez Fred Vargas. Les accords sur le climat, dont celui de Paris, dont nos dirigeants sont si fiers? Des «accords sans ambition et sans crédibilité»; «Les scientifiques s'arrachent les cheveux face à cette inaction».

L'abandon des énergies fossiles, une occasion unique de relancer la croissance par le développement de nouvelles technologies? «Depuis longtemps, on ment au peuple en prétendant que la transition énergétique est une opportunité formidable qui va tous nous enrichir, créer des emplois, réduire notre facture d'énergie, nous rendre notre indépendance énergétique face aux pays du Golfe. [...] Le concept d'une transition énergétique heureuse est une utopie. Elle devra passer par un sacrifice –somme toute assez raisonnable si l'on s'y prend bien– de notre pouvoir d'achat dans les trente prochaines années.»

En cédant face aux «gilets jaunes», le gouvernement a fait passer le climat après la fin du mois. Mais il n'aura pas d'autre choix que de continuer à augmenter la taxe carbone.

«Il est déjà trop tard pour éviter une hausse de 2°C.»

Christian Gollier

Dans cet ouvrage qui exige un certain effort de concentration pour suivre et comprendre toutes les démonstrations, Christian Gollier explique pourquoi il n'y a pas d'autre solution que de fixer un prix du carbone et pourquoi ce prix du carbone doit être de 50 euros la tonne et augmenter de 4% par an, sachant que cela ne suffira peut-être pas et qu'il faut «se préparer à réagir dès 2030 si nos espérances ne se réalisent pas».

Cette dernière hypothèse n'est pas à exclure, car beaucoup de temps a été perdu: «Il est déjà trop tard pour éviter une hausse de 2°C, sans parler de l'objectif ridicule de 1,5 °C suggéré lors de la COP21 par certains chefs d'État détachés des réalités scientifiques ou tout simplement démagogues.»

Faute d'avoir ralenti assez tôt et assez fortement nos émissions de gaz à effet de serre, nous pourrions succomber à la tentation de recourir à des antidotes, c'est-à-dire à des procédés visant à faire chuter la température. Ainsi de la technique consistant à lâcher dans l'atmosphère des particules réfléchissantes, qui renverraient loin de la Terre une partie des rayonnements solaires, comme le font les nuages de particules provoqués par les éruptions volcaniques. Fred Vargas y voit des projets «hallucinants», et Christian Gollier n'est pas plus rassuré.

D'une part, le recours à de telles pratiques pourrait avoir des effets secondaires que l'on ne mesure pas encore vraiment. D'autre part, comment pourrait-on empêcher des pays puissants d'utiliser des procédés qui leur permettraient d'avoir un climat approprié au détriment d'autres pays?

«Au vu de la faiblesse et de l'inefficacité de la gouvernance mondiale relative à la mitigation climatique, estime Christian Gollier, on peut craindre que la gouvernane mondiale de l'adaptation climatique ne se passe pas mieux.»

Certains projets paraissent tout simplement délirants. Fred Vargas fait par exemple allusion à cette idée émise en 2016 de recongeler l'Arctique grâce à des pompes éoliennes, qui feraient remonter des profondeurs une eau froide gelant plus vite. Petit détail: il faudrait dix millions de pompes équipées d'éoliennes de six mètres de diamètre!

On pourrait croire que des idées folles de ce genre sont oubliées à peines émises. Eh bien non, la perspective d'un échec probable des politiques de lutte contre le réchauffement climatique les remet dans le débat public.

«L'humanité se s'est jamais si bien portée»
Face à tous ces périls, Bruno Durieux peut-il nous rassurer avec son Contre l'écologisme? Loin de là: son pamphlet contre l'écologie et les écologistes serait plutôt de nature à nous inquiéter.

L'auteur n'a pas tout à fait tort quand il affirme que certain·es, à gauche et à l'extrême gauche, voient d'abord dans la cause environnementale un nouveau biais pour s'attaquer au système en place. Il n'a pas tort non plus quand il constate que des personnalités entrent en écologie comme on entre en religion. Il a raison de rappeler que «l'humanité se s'est jamais si bien portée».

Mais l'ancien conseiller de Raymond Barre et ancien ministre dans les gouvernements Rocard, Cresson et Bérégovoy ne fait ainsi que confirmer ce que disait Fred Vargas dans son texte de 2008: «Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tout sens [...]. Franchement, on s'est marrés. Franchement, on a bien profité. Et on aimerait bien continuer [...].»

Bruno Durieux estime qu'on peut continuer, grâce à la croissance économique et au progrès technique. Mais ce polytechnicien, qui se flatte d'avoir une double formation scientifique et économique, qui dénonce «l'écologisme», son «ineptie» et son «déni de réalité», ne commet-il pas lui aussi un déni de réalité quand il refuse de prendre au sérieux les avertissements lancés par les scientifiques et les économistes du GIEC ou d'autres institutions?

Le prétendu équilibre qu'il affirme maintenir entre «le déni du réchauffement selon Trump» et «l'obsession du CO2 selon le GIEC» n'en est pas un: ou on prend au sérieux les rapports du GIEC et on agit en conséquence, ou on les considère comme une simple «obsession». Réduire l'écologie à une idéologie n'est pas très raisonnable.

Nous ne conseillerons pas à Bruno Durieux de lire Fred Vargas: elle représente tout ce qu'il déteste. Mais il pourrait lire avec profit Christian Gollier: il y verrait par exemple que celles et ceux qui contestent les conclusions de William Nordhaus, prix Nobel d'économie et grand spécialiste des interactions entre climat et économie, parce qu'elles conduisent à des scénarios trop optimistes et irréalistes, ne sont pas tous des gauchistes ou des imbéciles. On peut être contre l'écologie en tant que mouvement politique, on ne peut ignorer ce que disent les spécialistes du climat et de l'environnement.


http://www.slate.fr/story/177930/ecologie-changement-climatique-catastrophisme-fred-vargas-christian-gollier-bruno-durieux


Un article de Slate qui nous parle de 3 livres récents mis en perspective, dont le nouveau de Vargas (que j'ai vu en librairie... ça m'interpelle un peu, parce que j'aime bien les romans policiers de Vargas... XD )...

Au-delà de ça, je ne comprends toujours pas comment des gens, à l'image de M. Bruno Durieux (que je ne connaissais pas avant, ou peut-être que son nom me dit vaguement quelque chose ?... :think: ), instruits, et tout peuvent remettre en question les bouleversements climatiques et la crise environnementale dans son ensemble ?... dire que "l'humanité ne s'est jamais aussi bien porté" est soit totalement cynique (alors certes, on a jamais été aussi nombreux... c'est cool, on sera plus nombreux à mourir dans 20 ou 30 ans... :roll: ), soit est d'un déni qui me fait halluciner...

D'ailleurs, c'est un discours qu'on entend toujours... je ne vais pas dire de plus en plus, mais on l'entend... certains s'en foutent et ne voient pas le problème (la disparition des baleines et des abeilles, bah quelle importance ?) pour d'autres c'est juste faux, ou on trouvera des solutions, etc etc...

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MessagePublié: 05 Juin 2019, 10:58 
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Chimère a écrit:
D'ailleurs, c'est un discours qu'on entend toujours... je ne vais pas dire de plus en plus, mais on l'entend... certains s'en foutent et ne voient pas le problème (la disparition des baleines et des abeilles, bah quelle importance ?) pour d'autres c'est juste faux, ou on trouvera des solutions, etc etc...


Je ne sais pas si être alarmiste est une stratégie efficace... mais dans tous les cas, elle est a minima réaliste puisque la situation est objectivement critique.

Il y a sans doute de nombreux facteurs à l'oeuvre dans le déni que tu évoques. Il y a ceux (nombreux dans mon entourage) qui reconnaissent le problème, mais demeurent certains que la science va bien trouver quelque chose pour sauver nos miches, même si rien n'est moins sûr en réalité. D'autres ont manifestement la "tête dans le guidon" (de leur trottinette électrique ?) et ne s'intéressent pas à ce qui va au-delà de leur petite vie confortable - les plus éclairés devant se dire qu'ils en font bien assez, puisqu'ils achètent bio et roulent en hybride. Je suis, d'ailleurs, toujours un peu étonné d'être beaucoup plus inquiet de la crise majeure qui se profile alors que je n'ai pas d'enfants, alors qu'à l'inverse, de nombreux parents ne sont pas plus inquiets que ça du monde invivable qu'ils vont laisser à leur progéniture.

Enfin, je ne peux m'empêcher de me dire qu'une petite fraction de la population, notamment parmi la plus influente, a parfaitement réalisé ce qui nous attend mais a décidé de se gaver un maximum avant la fin des haricots. Soit par pur égoïsme, soit parce qu'elle s'imagine que les richesses qu'elle accumule maintenant suffira à assurer la tranquillité de ses enfants.

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Je suis le grincement dans les poutres. Le battement d'ailes dans la cheminée. Les petites marques de dents dans la pêche. Je suis BATMAN FRUGIVORE. - Charles Montgomery Plantagenet Schicklgruber Burns.


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MessagePublié: 05 Juin 2019, 11:17 
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Sans oublier la variante "Les jeunes générations vont faire changer les choses, regardez la petite suédoise, là", comme disent par exemple mes parents.

Pour le coup, c'est triste à dire mais tous les gens qui ne sont pas d'accord avec "l'alarmisme" que j'ai vu s'exprimer jusqu'à présent sont des gens qui n'ont pas fait l'effort de se renseigner réellement.

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Ungl unl . . . rrlh . . . chchch . . .
[H.P. Lovecraft, The Rats in the Wall, 1923]


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MessagePublié: 05 Juin 2019, 12:36 
Lueur dans la nuit
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Citer:
Je suis, d'ailleurs, toujours un peu étonné d'être beaucoup plus inquiet de la crise majeure qui se profile alors que je n'ai pas d'enfants, alors qu'à l'inverse, de nombreux parents ne sont pas plus inquiets que ça du monde invivable qu'ils vont laisser à leur progéniture.


Mais carrément...
J'ai le même sentiment que toi. En plus, la problématique écologique est une des raisons pour laquelle je ne veux pas d'enfants (parmi d'autres, certes...)... mais chez la plupart des gens, non, la surpopulation, la pression humaine sur les écosystèmes etc... c'est même pas une question... :|

Citer:
les plus éclairés devant se dire qu'ils en font bien assez, puisqu'ils achètent bio et roulent en hybride.


Le bon vieux coup du "j'achète mes paniers légumes à La Ruche qui dit Oui, et je pars 2 fois par an en vacances en avion, tout va bien"... :roll:


Citer:
Pour le coup, c'est triste à dire mais tous les gens qui ne sont pas d'accord avec "l'alarmisme" que j'ai vu s'exprimer jusqu'à présent sont des gens qui n'ont pas fait l'effort de se renseigner réellement.


C'est ça... Ou ils se contentent d'un haussement d'épaule "c'est un truc de bobos, c'est n'importe quoi etc..." et voilà, ils dorment tranquilles...

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MessagePublié: 05 Juin 2019, 19:10 
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J'avais lue, il y a quelques années, une théorie qui s'applique probablement pour certains cas. Je vais y aller à la louche puisque c'est loin dans ma mémoire mais grosso modo, l'auteur expliquais une partie de la réaction des gens par ce qu'il appelais le phénomène Hollywood ou la théorie du sauveur. Selon lui, les 50 ans de cinéma où le sauveur arrive à temps à tout coup pour sauver tout le monde avait créé une certaines déformation de la réalité chez certains sans même que ceux-ci s'en rendent compte d'où les réactions du type "ils trouverons bien quelque chose en temps et lieu pour nous sauver".

Évidemment, son explication était beaucoup plus poussé que ça et j'ai énormément arrondis les coins mais c'était assez éloquent avec les exemples qu'il donnait.

Somment nous trop ou pas assez alarmiste ? perso, je crois que personne n'est trop alarmiste vue la situation. En fait, ce n'est même plus que d'être alarmiste que de voir ce qui s'en viens. Pour moi, être alarmiste, c'est de parler des dangers de la surpopulation et de la surconsommation et des changements climatique... en 1976. Aviser que le train est a 50 mètres, ce n'est pas alarmiste, c'est factuel et présentement, le train du changement climatique est à 50 mètres......

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MessagePublié: 06 Juin 2019, 07:16 
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Hi hi, c'est rigolo. Pourquoi pas ? C'est une hypothèse... élégante et impertinente !


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