Sauf que la démarche de Pacôme Thiellement n'est
pas celle d'un historien... Et il le dit lui-même, il se présente comme un exégète : donc la question n'est pas tant de
décrire des faits objectifs, sourcés etc... comme un historien, que de relier les fils du sous texte...
Et comme il le dit à chaque fin d'épisode : "vous n'aimez pas mon histoire de France ? Ecrivez la vôtre !", donc il ne prétend pas dire une "vérité factuelle". Il prétend juste raconter une lecture du monde, comme si l'Histoire était une histoire finalement (et n'est-ce pas ce qu'elle est, aussi. Il y a toujours plusieurs niveaux de compréhension, de toute façon. On peut s'arrêter à la surface, ou creuser en dessous...). Et une histoire, on peut la réécrire, la reprendre, y chercher des signes et des significations cachées...
En fait, juste, ce n'est ni la même démarche intellectuelle, ni les mêmes "lunettes" finalement : lui reprocher de ne pas se comporter en historien, c'est comme reprocher à un nageur de ne pas battre le record du monde du 100 mètres. Ok mais on ne parle pas de la même chose.
C'est flagrant si tu lis
L'Enquête Infinie, où il va relier des tas de trucs entre eux, qu'ils soient d'ailleurs purement de fiction ou réels, importants en terme historiques ou totalement anecdotiques, et il en fait une sorte d'arbre et à la fin ça veut dire quelque chose... c'est comme s'il décrivait le code de la Matrice du réel, plutôt que le réel lui-même, d'une certaine façon.
Moi ça me fascine. Peut-être qu'il faut une certaine disposition d'esprit pour faire ça, le comprendre et s'y retrouver. Comme je suis souvent dans l'hyper-interprétation d'à peu près tout (il faut être lucide avec ses travers parfois...

) j'ai l'impression de voir quelqu'un qui souffre du même mal, et ça me fait plaisir en un sens...
Je n'ai pas vu tous les épisodes de
L'Empire n'a jamais pris fin (en vrai, plus l'histoire est récente, moins ça me passionne, mais je vais prendre le temps de les regarder), mais j'ai regardé 2 fois l'épisodes sur Jésus et celui sur les Cathares, et j'ai lu
La victoire des Sans Rois, et ça me parle mais tellement.
Je ne sais pas si c'est une forme de "réalité historique", mais je m'en fous : c'est un prisme à travers lequel j'arrive à comprendre le monde dans lequel je vis, et les souffrances qui en découlent parfois. Je me dis que peut-être, je suis un peu une Sans Rois aussi, ce monde n'est pas complétement le mien et ne le sera jamais et c'est un début de compréhension de quelque chose. Je pense que s'il a autant de succès auprès de certaines personnes, ce n'est pas tant parce qu'elles
apprennent des choses en le lisant et l'écoutant, que parce qu'elles
comprennent des choses.