Encyclopédie du paranormal - Dybbuk

     Dybbuk


Dans la tradition juive, esprit désincarné ou fantôme malfaisant prenant possession du corps d'un vivant


Dans le folkore juif, le dybbuk (דיבוק, dérivé d'un terme signifiant "le lien", "l'attachement") est un esprit malfaisant tourmentant les vivants, voire prenant possession de leur corps.

Les dybbuk passent pour être des esprits ayant réussi à s'échapper de la Sheol (שאל), le purgatoire dans lequel toutes les âmes, justes et mauvaises, aboutissent avant d'y être jugées par Dieu.
Les dybbuk peuvent également être les fantômes des personnes décédées et dont l'âme s'est vu refusée l'accession à ce purgatoire en raison d'un péché commis (suicide, meurtre) ou parce qu'ils n'ont pas terminé une tâche importante au cours de leur existence terrestre ; ils sont donc condamnés à errer dans le monde des vivants.

D'autres traditions juives voient davantage les dybbuk comme des démons ou des génies, plutôt que comme les âmes d'anciens humains décédés.

"Le dybbuk", peinture de l'artiste américain Elly Simmons

Le dybbuk s'attache donc au corps d'un être humain et le tourmente, allant même jusqu'à le posséder occasionnellement. Il lui fait adopter un comportement vicieux, corrompu et irrationnel.

Il est possible de se libérer de l'emprise du dybbuk en l'aidant à accomplir les tâches qu'il a laissé inachevées dans le monde des vivants. Le dybbuk peut parfois prendre entièrement possession du corps de son hôte et réaliser lui-même ce qu'il a à faire ; une fois cette opération terminée, il quitte le corps de son hôte.

Cependant, il arrive que le dybbuk soit fondamentalement mauvais et que sa colère et sa soif de mal ne puissent pas être calmées : son seul objectif est de tuer à terme l'hôte auquel il s'est fixé.
Dans ce cas, un rabbin devra procéder à un exorcisme pour extirper le dybbuk du corps de sa victime... mais cette opération est risquée et l'être humain peut ne pas y survivre.


Une variante du mythe : l'ibbur


La tradition juive décrit également une forme positive de possession : c'est l'ibbur (עיבור, littéralement, « grossesse » ou « incubation »). L'ibbur est une âme sage et vertueuse qui se fixe au corps d'une personne. Cette possession est temporaire et elle se fait le plus souvent à l'insu de l'hôte, mais il arrive parfois que l'ibbur demande la permission à ce dernier pour se fixer à lui.

A l'instar du dybbuk, l'ibbur doit s'incarner dans un être humain pour pouvoir réaliser une tâche importante et inachevée : le plus souvent, il s'agit d'une promesse, d'une cérémonie religieuse ou d'un devoir ayant trait à la religion.
Cependant à la différence du dybbuk, la possession par un ibbur a toujours des conséquences bénéfiques pour l'hôte, qui profite indirectement de l'action réalisée par l'esprit : il en ressort purifié ou imprégné des vertus de l'ibbur.


Origine du concept


Le mystique juif Isaac Luria (1534 - 1572) a longuement décrit les règles de la transmigration des âmes (גלגול הנשמות, gilgul neshamot) : les esprits humains évoluant dans un cycle complexe de réincarnations destinées à leur faire atteindre la perfection. Ses disciples poursuivirent son travail, en rédigeant notamment l'ouvrage kabbalistique Les portes de la réincarnation (Sha'ar ha Gilgulim, שער הגלגולים). Ils inscrivirent la légende du dybbuk dans le cadre de ces théories : le dybbuk est vu comme un des états possibles en lesquels une âme humaine peut se transformer.

Ce détail historique explique que le dybbuk soit particulièrement présent dans le folklore des juifs hassidiques (un mouvement du judaïsme apparu au XVIIème siècle, jadis très présent en Europe de l'Est mais aujourd'hui répandu à travers le monde suite aux exodes du XXème siècle). Les juifs hassidiques prêtent en effet une très grande importance aux croyances mystiques et kabbalistiques, là où les autres communautés juives préfèrent se fier avant tout aux textes sacrés.

Cependant, la croyance au dybbuk est présente dans tous les courants du judaïsme, et vraisemblablement de longue date : il est probable qu'anciennement, le dybbuk était un fantôme ou un démon indéterminé comme toutes les religions du monde en possèdent.


Une scène du film Der Dybbuk de 1937, réalisé par Michal Waszynski

En 1914, l'auteur juif S. Ansky écrit une pièce de théâtre dramatique nommée Le Dybbuk, ou entre deux mondes (Der dibek, oder tsvishn tsvey veltn). Celle-ci met en scène une jeune fille possédée par l'esprit du fiancé qui lui avait été promis.
Pour écrire l'histoire, S. Antsky s'est inspiré des traditions orales qu'il avait recueilli durant plusieurs années dans les quartiers juifs de Russie et d'Ukraine.
La pièce eut un succès certain au début du siècle : elle fut traduite en plusieurs langues, et donna même lieu à une adaptation cinématographique polonaise en 1937. Elle contribua ainsi à répandre le mythe du dybbuk en dehors des milieux juifs.


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Traduction anglaise : Dybbuk

Noms alternatifs : de nombreuses orthographes alternatives existent : dibouk, dibbuk, dibbouk...

Localisation : la croyance au dybbuk est commune à tous les Juifs. Elle est très vivace dans les communautés juives hassidiques, originaires d'Ukraine et de Biélorussie mais répandues à travers le monde entier de nos jours.

Liens complémentaires :

Article de Ilil Arbel
Article de Jay Michaelson

Ressources bibliographiques :

  • Les Portes de la Réincarnation (titre original : Sha'ar ha Gilgulim, שער הגלגולים), des rabbins Isaac Luria et Chaim Vital (fin du XVIème siècle).
Ouvrage kabbalistique décrivant la transmigration des âmes, au sein de laquelle il place le dybbuk et l'ibbur
  • Les Joies du Yiddish, de Leo Rosten (1968).
Lexique de termes en yiddish, avec une entrée à "dybbuk"
  • La Grande Encyclopédie des Fées, de Pierre Dubois (2004)

Une œuvre fondatrice dans la légende du dybbuk est la pièce de théâtre Le Dybbuk, ou Entre deux mondes (titre original : דער דיבוק אָדער צווישן צוויי וועלטן, Der dibek, oder tsvishn tsvey veltn), de S. Antsky (1914). Elle fut adaptée au cinéma par Michal Waszynski en 1937.


Auteur : Ar Soner
Mise en ligne : 07/01/11
Dernière modification : le 10/07/12 à 16:45