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Page choisie : Kraken

     Kraken


Monstre marin démesuré, originaire des légendes scandinaves, décrit comme une pieuvre géante


Dans le folklore des pays scandinaves (Norvège et Suède), le kraken (ou plutôt krake, le -n final ayant rôle d’article défini) est un monstre marin gigantesque, muni de dizaines, voire de centaines de bras ou « cornes » pouvant atteindre la dimension de mâts de navires.

L'origine légendaire


L’origine du nom krake semble être le mot krabbe, qui signifie crabe. En effet, à l’époque, les poulpes et les crustacés étaient souvent étroitement liés dans la littérature, voire mélangés : tous deux de forme ronde, leurs pattes ou bras (au nombre de huit) rayonnent tout autour, ce qui entraîne naturellement la confusion.
Dans les anciennes légendes scandinaves, la nature du kraken n'est pas précisée ; on sait juste qu'il est plutôt rond, aplati, et muni de nombreux bras. Ce n'est que bien plus tard, à partir du XVIIIe siècle, que la représentation du kraken se figera définitivement sous la forme d'une pieuvre géante naufrageuse de navires.

Illustration de poulpes dans le livre d'Olaüs Magnus Historia de gentibus septentrionalibus, où ceux-ci sont représentés sous les traits d'énormes crustacés

Dans les légendes, le kraken est un être gigantesque et monstrueux, qu’aucun homme n’a jamais vu dans son entièreté. Il est d’ailleurs tellement vaste que, lorsqu’il fait dépasser son dos de l’océan, il est régulièrement pris pour un îlot. Son dos est d’ailleurs recouvert de parasites et d’algues ressemblant à des rochers et des arbustes, ce qui rend la ressemblante encore plus flagrante.
La bête est rapprochée d’autres énormes animaux marins mentionnés un peu partout dans le folklore du Moyen-Age : le Hafguse (ou "bête-île"), le cetus qui donnera d’ailleurs le mot cétacé, le Jasconius mentionné dans le mythe de Saint-Brendan (mais dont la description originale mentionne plutôt une sorte de serpent-de-mer?), le Microcosmus marinus de Linné…
Sa description et ses mœurs sont décrites dans le livre de l’évêque danois Erik Ludvigsen Pontoppidan, Histoire naturelle de la Norvège (1753) :

« On l’appelle Krake, Kraxe ou, comme disent certains, Krabbe [crabe], nom qui lui est appliqué de préférence. Ce dernier semble en effet s’accorder le mieux avec la description de la créature, qui est ronde, aplatie et pleine de bras, ou branches. D’aucuns l’appellent aussi Horve, ou Sœ-horve, et d’autres Anker-trold [ogre-ancre]. De tous les auteurs étrangers, anciens et modernes, que j’ai eu l’occasion de consulter à ce sujet, aucun ne semble savoir grand-chose sur cette créature, ni même en avoir une idée juste. »

Selon Pontoppidan, les pêcheurs partent sur leurs navires et vont au large. Là, ils sondent pour connaître la profondeur de l’océan : si il leur paraît très peu profond comparé à l’éloignement de la côte, ils sont assurés que le kraken est sous leur bateau. À cet instant, ils peuvent pêcher, car celui-ci est toujours entouré d’une multitude de poissons, et donc être au-dessus du kraken garantit une très bonne pêche.
Cependant, il faut prendre les précautions : en effet, si la profondeur semble diminuer, c’est que le kraken remonte à la surface. Les pêcheurs cessent alors leur activité et s’éloignent le plus vite possible : en émergeant, le monstre crée de telles perturbations dans l’eau que les navires pourraient chavirer sans problème.
Mais mis à part ce danger, cette créature n’est pas décrite comme agressive par Pontoppidan, même s’il conçoit que le risque existe :

« Dès qu’ils ont atteint un endroit où la profondeur redevient normale et où ils sont hors de danger, ils cessent de ramer, et, quelques minutes plus tard, ils voient le monstre énorme apparaître à la surface : il s’y montre à suffisance, encore que n’apparaisse point la totalité de son corps, qu’aucun œil humain sans doute n’a jamais contemplée […]. Son dos ou partie supérieure, qui paraît avoir un mille et demie [2 km] de circonférence (d’aucuns disent davantage, mais je choisis ce chiffre-ci pour plus de certitude) ressemble à première vue à un ensemble d’îlots entouré par quelque chose qui flotte et ondule comme des algues marines. De-ci de-là on observe à fleur d’eau comme des bancs de sable, sur lesquels différentes sortes de petits poissons sautillent sans cesse jusqu’à ce qu’ils tombent à nouveau dans les flots. Enfin, maintes pointes ou cornes luisantes apparaissent, qui augmentent d’épaisseur au fur et à mesure qu’elles s’élèvent au-dessus de l’eau ; par moments elles sont aussi grosses et hautes que les mâts de vaisseaux de taille moyenne. Il semble que ce soient les bras de cette créature, et l’on raconte que s’ils venaient à s’agripper au plus grand bâtiment de guerre, ils l’entraîneraient au fond de l’abîme. »

D’après les récits, le kraken ne se nourrit et ne défèque qu’une seule fois par an : en effet, une fois sa digestion achevée, ses excréments dégage une odeur si suave et agréable que les poissons se rassemblent en masse autour de lui. Il en profite alors pour les dévorer, et reprendre sa très longue digestion. D’ailleurs, nombre de témoignages de marins surpris alors qu’ils avaient fait du feu sur un kraken (qu’ils avaient pris pour une île) font mention de cette odeur suave.

Le mythe moderne


A la différence du mythe traditionnel qui dépeint le kraken comme une créature plutôt pacifique et dont l'identité reste indistincte (mollusque, crustacé, poisson géant...), l'imaginaire moderne a fait du kraken un créature maléfique qui s’empare des navires pour les faire sombrer et qui dévore impitoyablement les marins.
Il est également presque systématiquement représenté sous la forme d'un poulpe ou d'un calmar géant, peut-être en raison de la découverte de ce dernier au XIXème siècle.

Le Kraken est resté présent dans notre culture à travers différents supports : il est notamment présent dans des films à grand public tel Pirates des Caraïbes, et il est possible qu’il ait inspiré des auteurs comme Jules Verne (Vingt mille Lieues sous les Mers), William H. Hodgson ou Howard Phillips Lovecraft (mythe de Cthulhu).

Vue d'artiste de Kraken

Tentatives d'explication


Le kraken sous sa forme de "poulpe géant" pourrait être une tentative d’interprétation de visions de calmars géants, vraisemblablement de cadavres de ces animaux flottant à la surface de l'océan, puisque ces animaux vivent dans les profondeurs et ne remontent qu'exceptionnellement à la surface.
Les cadavres de calmars géants dégagent en effet souvent une odeur musquée très particulière, en raison de l'ammoniaque que leur chair contient en grande quantité. Les cornes et pointes du kraken correspondrait aux tentacules et aux bras démesurés d’un Architheutis.

Bernard Heuvelmans a, lui, suggéré que le témoignage décrit par Pontoppidan pourrait être un banc de calmars géants faisant surface : ceci expliquerait « l’ensemble d’îlots » et la taille monstrueuse de la chose.
Il faut cependant noter que cette hypothèse est très discutée : outre le fait que les calmars géants sont des animaux rarement observés en surface, la plupart des malacologues pensent qu'ils n'ont pas de comportement grégaire, mais sont au contraire des animaux solitaires et territoriaux (comme de nombreuses autres espèces de calmars).

Enfin, le mythe du monstre marin si grand qu'il se confond avec une île a de tous temps été colporté par les navigateurs et les gens de la mer, et ce dans de nombreuses cultures. Le kraken ancien est clairement une légende de ce type. Ce ne serait qu'après la découverte du calmar géant en 1858 que les peintres et écrivains auraient donné au kraken l'apparence définitive d'un céphalopode.

Quant aux excréments dégageant une odeur suave, ils se baseraient sur les découvertes d’ambre gris, substance très utilisée en parfumerie, et qui est produite par la digestion des cachalots. Il n’est d’ailleurs pas impossible que plusieurs énormes animaux marins aient été confondus : en effet, le terme cetus ou cétacé désignait un énorme animal marin sans souci de précision (tout comme tous les animaux marins étaient dénommés poissons).


Appellations alternatives : Kraken, Krake, Kraxe, Krabbe, Sœ-krabbe, Horve, Sœ-horve, Anker-trold, Hafguse, Sœ-trold

Localisation : Tous les océans (mais le mythe est originaire des pays scandinaves)

Date : Moyen-âge et après

Liens complémentaires :

Bibliographie :

  • Serpents de Mer et Monstres Aquatiques, de J.-J. Barloy (Famot, 1978)
  • Dans le Sillage des Monstres Marins : le Kraken et le Poulpe Colossal (tomes 1 & 2) (édition revue et complétée), de Bernard Heuvelmans (Famot, 1974)

Auteur : Herr Magog
Mise en ligne : 01/01/10
Dernière modification : le 10/07/12 à 17:33