Encyclopédie du paranormal - Maxime de Hume

     Maxime de Hume


Principe de raisonnement issu de la méthodologie scientifique et utilisé dans l'analyse des témoignages


Origine et histoire du principe


La maxime de Hume est un argument du philosophe écossais David Hume (1711-1776), penseur des Lumières et précurseur de la méthodologie scientifique expérimentale. Cette maxime fut reprise plus tard par Carl Sagan et Marcello Truzzi, concernant l'existence des miracles, puis, par extension, celle des phénomènes paranormaux.

L'œuvre de David Hume est principalement axée sur l'étude de l'esprit humain et de son fonctionnement. A l'inverse de Descartes, le philosophe déniait toute réalité au "moi" mental et il se montrait très critique vis à vis des perceptions humaines, qu'il décrivait comme imparfaites car trop souvent empiriques et irrationnelles.
Dans le texte Des miracles (section X de Enquête sur l’entendement humain, publié en 1748), Hume énonça ainsi le principe qui suit :

« Aucun témoignage n'est suffisant pour établir un miracle, à moins que le témoignage soit d'un genre tel que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu'il prétend établir ; et même dans ce cas, il y a une destruction réciproque des arguments, et c'est seulement l'argument supérieur qui nous donne une assurance adaptée à ce degré de force qui demeure, déduction faite de la force de l'argument inférieur. »
Portrait de David Hume (auteur inconnu, XVIIIème siècle)

Le savant français Pierre-Simon de Laplace (1749 - 1827) formulera un principe très similaire dans l'introduction de son livre Théorie analytique des probabilités (1812) :

«... Plus un fait est extraordinaire, plus il a besoin d'être appuyé de fortes preuves ; car, ceux qui l'attestent pouvant ou tromper ou avoir été trompés, ces deux causes sont d'autant plus probables que la réalité du fait l'est moins en elle-même. »

Laplace consacrera également tout un chapitre de son Essai philosophique sur les probabilités (1814) à l'analyse de la vraisemblance des témoignages.


La maxime sera plus tard reprise et popularisée par le sceptique américain Carl Sagan (1934-1996) dans le chapitre 13 de son livre Cosmos (1980) ; ainsi que par Marcello Truzzi, co-fondateur avec Sagan du Committee for Skeptical Inquiry?, dans le premier numéro de la revue The Zetetic (hiver 1976).
Sagan et Truzzi proposent le corollaire suivant : « des affirmations extraordinaires demandent des preuves extraordinaires ».

Critiques et discussions


La maxime de Hume est défendue par les rationalistes qui y voient un aspect clé d'une vraie démarche scientifique. Cependant, elle est fréquemment critiquée par les partisans de l'existence des phénomènes paranormaux, notamment à cause du caractère subjectif de la notion d'extraordinaire, et d'une perception d'un "deux poids, deux mesures" instauré entre des phénomènes différents.
On reproche également à ce principe de dénier toute réalité aux témoignages d'évènements surnaturels, au mépris du bon sens et des qualités d'observateur du témoin.

Néanmoins, l'argument original de Hume se fonde précisément sur cette notion de subjectivité : face à un témoignage, c'est à chacun de peser les différentes hypothèses et de retenir celle qui lui semble être la plus probable en regard des lois de la nature et du savoir communément admis.
Hume lui-même écrit, juste après sa maxime :

« Quand quelqu'un me dit qu'il a vu un mort revenir à la vie, je considère immédiatement en moi-même s'il est plus probable que cette personne se trompe ou soit trompée, ou que le fait qu'elle relate ait réellement eu lieu. Je soupèse les deux miracles, et selon la supériorité que je découvre, je rends ma décision et je rejette le plus grand miracle. Si la fausseté de son témoignage était plus miraculeuse que l'événement qu'elle relate, alors, et alors seulement, cette personne pourrait prétendre commander ma croyance et mon opinion.»

Les sceptiques modernes présentent quand à eux cette maxime de façon plus nuancée qu'un simple rejet de toute affirmation sitôt qu'elle touche au paranormal.
Ils avancent que la « qualité » de la preuve attendue sera directement reliée au caractère extraordinaire du témoignage ; en d'autres termes, plus le témoignage sera improbable, plus on attendra de la preuve qu'elle soit étayée et solide.

La maxime de Hume peut être mise en parallèle d'autres outils méthodologiques permettant de faire le tri entre plusieurs hypothèses en fonction de leur probabilité : le principe de parcimonie? (ou rasoir d'Occam?) et le théorème de Bayes?.


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Traduction anglaise : Hume's maxim

Noms alternatifs : la maxime de Hume est parfois improprement appelée théorème de Hume (bien qu'elle ne soit pas au sens strict du terme un théorème) et principe de Laplace (bien qu'elle ne fasse pas partie des 10 principes statistiques énoncés par Pierre-Simon de Laplace dans sa Théorie analytique des probabilités).

Date : formulée par David Hume en 1748, puis reprise par Sagan et Truzzi en 1980.

Liens complémentaires :

Article sur David Hume
Article sur Carl Sagan
Article sur Marcello Truzzi

Bibliographie :

  • Petit cours d'auto-défense intellectuelle, de Normand Baillargeon, Lux Editeur (2005)
  • Essai philosophie sur les probabilités, chapitre De la probabilité des témoignages, de Pierre-Simon de Laplace (1814)
  • Théorie analytique des probabilités, de Pierre-Simon de Laplace (1812)

Catégories : M ; Concepts ; Sciences
Auteur : Anty ; Ar Soner
Mise en ligne : 09/02/11
Dernière modification : le 10/07/12 à 17:38