Encyclopédie du paranormal - Géant pétrifié

     Géant pétrifié


Humanoïde géant sculpté dans la roche, un type de canular fréquent au XIXème siècle


Les géants pétrifiés (ou fossilisés) sont un ensemble de canulars réalisés à la fin du XIXème siècle, essentiellement dans les pays anglo-saxons (Etats-Unis, et dans une moindre mesure Irlande et Australie). Ils consistaient en des sculptures d'humanoïdes de grande taille, des « géants » supposés avoir été pétrifiés par le temps et découverts fortuitement au cours de travaux d'excavation.
Ces sculptures étaient exposés comme attraction dans les foires et les cirques ; certaines comme le géant de Cardiff se révélèrent tellement lucratives qu'elles firent le tour de leur pays et marquèrent durablement la culture populaire.


La foule se pressant pour observer le géant de Cardiff, gravure de 1869

Bien que la nature frauduleuse de la majorité des géants pétrifiés ait été révélée assez rapidement et qu'elle ne fasse aucun doute à l'heure actuelle, ils sont encore parfois présentés comme authentiques par certains sites Internet ou auteurs créationnistes.


Exemples de géants pétrifiés :


De très nombreux géants pétrifiés ont été « mis à jour » entre les années 1860 et le début du XXème siècle. Parmi les plus connus ou les mieux documentés, on peut citer :

  • le géant de Cardiff : le plus célèbre de tous, fait de gypse et mesurant près de 3 m 10 pour un poids de 1,4 T. Il fut découvert le 16 octobre 1869 lors de la création d'un puits sur la parcelle de William Newell, un agriculteur de Cardiff dans l'Etat de New-York.
    Le géant de Cardiff fut immensément populaire, au point que le célèbre entrepreneur P. T. Barnum offrit la somme de 50 000 $ pour le racheter. Cette offre étant refusée, Barnum fit fabriquer une copie du géant de Cardiff qu'il prétendit être l'originale, donnant naissance à une bataille juridique visant à déterminer quel géant était « authentique ».
    George Hull, le cousin de William Newell, confessa finalement être à l'origine du géant du Cardiff. Il l'avait fait sculpter dans le plus grand secret, puis l'avait enterré près de la ferme de son cousin en novembre 1868. Un soin particulier avait été accordé à la création du géant : la sculpture avait été ainsi arrosée d'acide pour donner à la roche un aspect érodé, et les pores de la peau recréées à l'aide d'épingles !
    Le géant de Cardiff fut racheté en 1947 par le Farmers' Museum de Cooperstown, dans l'Etat de New-York, où il est toujours conservé (et visible par le public) à l'heure actuelle. La copie de Barnum serait quant à elle gardée au Marvin's Marvelous Mechanical Museum à Farmington Hill dans l'Etat du Michigan.


Le géant de Cardiff au moment de sa découvert en octobre 1869

La célébrité du géant de Cardiff (et sa rentabilité pour ses créateurs !) incita à la création d'autres « géants pétrifiés » similaires au cours des décennies qui suivirent :

  • « Solid Muldoon » (littéralement « Muldoon le solide ») : découvert en 1877 près de la ville de Beulah dans le Colorado, par un certain William Conant qui repéra par hasard son pied dépassant du sol alors qu'il cherchait des fossiles. Selon Conant, le géant était coincé dans les racines d'un cèdre et inclus dans une gangue d'argile, et ne put être dégagé qu'à l'aide de pioches.
    Le géant outre sa grande taille (près de 2,3 m) et son poids (270 kg) présentait des caractéristiques particulières comme des bras très longs (1,2 m) et une sorte de « queue » de quelques centimètres à l'extrémité de son bassin.
    Il fut exposé au Colorado puis le long de la route jusqu'à New-York, où sa nature de canular fut révélée par le New York Times : le géant avait été en réalité fabriqué par George Hull, déjà à l'origine du canular du géant de Cardiff. Hull avait fabriqué le géant à partir d'un mélange de poussière de roche, d'argile, de plâtre et même d'os broyés et de viande, mis à sécher quelques jours puis enterré. Solid Muldoon cessa par la suite d'attirer le public et disparut de la circulation.

Solid Muldoon, dans les années 1870

  • l'homme de marbre d'Orange (« The Marble Man of Orange ») : découvert en mai 1889 par un certain Guiseppe P. Sala lors de travaux dans un carrière, près de la ville d'Orange en Nouvelles Galles du Sud.
    Le géant était fait de marbre ; d'une taille modeste (1 m 78), il ne possédait curieusement pas de bras et seulement trois orteils au pied gauche.
    Une enquête policière mit rapidement en évidence que G. Sala avait réalisé lui-même le géant, grâce à ses talents de sculpteur et à l'aide de complices. Malgré les controverses, l'homme de marbre d'Orange fut malgré tout exposé à Sydney et Melbourne jusqu'en 1892 ; il aurait été ensuite envoyé à Chicago, peut-être pour l'Exposition universelle de 1893, et toute trace de lui fut perdue ensuite

    A la fin août 1889, une femme de marbre fut à son tour exposée à Sydney ; G. Sala affirma l'avoir trouvée en même temps que l'homme de marbre, mais dissimulée dans un endroit secret jusque là. La femme pétrifiée était également de petite taille (1 m 50) et de conformation normale en dehors de son visage peu détaillé et déformé.
    En mai 1890, G. Sala exposa à Bathurst un nouvel homme pétrifié, cette fois-ci de petite taille (1 m 10) et dans une position accroupie.

    G. Sala aurait également été impliqué dans la « découverte » d'une jeune fille aborigène pétrifiée en 1904 à proximité d'Adélaïde en Australie Méridionale.
  • « McGinty » : en 1892, le gangster et magnat du crime Jefferson "Soapy" Smith disait l'avoir acheté pour 3000 $ à des mineurs qui l'auraient déterré près de la ville de Creede dans le Colorado. Ce géant - d'une taille modeste selon les documents d'époque - fut exposé à travers le Nord-Ouest des Etats-Unis jusqu'en 1895.
    A la différence des autres colosses pétrifiés, « McGinty » semble avoir été un authentique corps humain momifié.
  • le géant irlandais : connu par une poignée de sources seulement, ce géant aurait été découvert en 1895 dans le comté d'Antrim en Irlande, par un certain M. Dyer durant des opérations minières. Mesurant 3,7 m, il était le plus grand géant jamais découvert. Il présentait une pose très similaire à celle du géant de Cardiff, et la particularité d'avoir 6 orteils à son pied droit. Après avoir été exposé à Dublin, il aurait voyagé en Angleterre et aurait été montré à Liverpool et Manchester. Suite à une dispute légale entre ses propriétaires, il aurait été entreposé pendant une durée indéterminée dans une gare de fret à Londres, suite à quoi il aurait disparu.


Le géant irlandais exposé à la gare de fret de Broad Street à Londres
(Source : Strand Magazine n°60, décembre 1895)


Les affaires de géants pétrifiés - presque aussitôt révélées comme des canulars - se succédant durant la fin du XIXème siècle, le public s'en désintéressa peu à peu. Si Barnum avait proposé 50 000 $ en 1868 pour racheter le géant de Cardiff, il n'offrit que 20 000 $ en 1876 pour Solid Muldoon. Les géants pétrifiés mis au jour dans les années 1890 furent rachetés pour des sommes bien moindres, entre 1000 et 2000 $, signe que l'intérêt populaire pour ces colosses s'était estompé.


Hypothèses explicatives


Contexte des canulars

Au XVIIème siècle, les fossiles d'animaux préhistoriques et les os de mastodontes trouvés au cours de chantiers miniers et de travaux agricoles étaient souvent présentés comme les restes des géants ayant parcourus la Terre dans les temps bibliques, et décédés lors du Déluge.
La Genèse précise en effet :

« En ces jours, les géants étaient sur la terre et ils y étaient encore lorsque les fils de Dieu vinrent trouver des filles d'homme et eurent d'elles des enfants. Ce sont les héros d'autrefois, ces hommes de renom. »

[Gen. 6, 4 ; Traduction Oecuménique de la Bible]

Bien que Darwin ait publié sa théorie de l'évolution des espèces en 1859, mettant à bas le récit de la création du monde raconté par la Genèse, cette idée fut encore très populaire jusqu'au début du XXème siècle.

L'idée que les êtres vivants puissent se pétrifier était également présente dans les esprits avant la « découverte » des premiers géants fossilisés.
En 1858, le journal Alta California publia le faux témoignage à propos d'un prospecteur qui s'était changé en pierre après avoir bu le liquide contenu dans une géode.
Le célèbre journaliste Mark Twain écrivit lui aussi en 1862 un récit parodique similaire, décrivant la découverte du corps d'un Amérindien entièrement transformé en pierre (y compris sa jambe de bois !). Twain cherchait à se moquer des histoires de pétrification très populaires à son époque :

« On pouvait difficilement piocher un journal sans y trouver une ou deux découvertes glorifiées de ce genre. L'obsession devenait un peu ridicule. J'étais le tout nouveau rédacteur en chef d'un journal local à Virginia City, et je me sentais appelé à détruire ce mal grandissant [...]. Je décidai de tuer la folie pour la pétrification avec une satyre délicate, très délicate. »

[Cité dans Early Tales & Sketches, traduction d'Ar Soner]

De façon surprenante, l'histoire de Mark Twain fut pourtant reprise par plusieurs journaux... sans la moindre indication qu'il s'agissait d'un canular !


Gravure illustrant le canular de l'homme pétrifié de Mark Twain


Le début de l'investigation scientifique de Pompéi dans les années 1860 par Giuseppe Fiorelli, avec la réalisation des célèbres moulages en plâtre des restes des habitants, a pu également être une source d'inspiration.


Point de vue des courants religieux et par l'archéologie alternative

Au XIXème siècle, les géants pétrifiés passaient dans les milieux populaires pour être les géants antédiluviens mentionnés dans la Bible. Parmi les plus fervents partisans de l'authenticité du géant de Cardiff en 1869 figuraient un bon nombre de pasteurs et de personnalités religieuses.

A l'heure actuelle, et bien qu'il soit dorénavant admis que les géants pétrifiés relèvent du canular, ils sont encore avancés comme preuves par certains créationnistes qui cherchent à démontrer la réalité du Déluge biblique ou des géants nephilim? mentionnés dans la Genèse.
Les adeptes de la Théosophie (une spiritualité inventée à la fin du XIXème siècle) et les partisans d'une archéologie alternative remettent en question l'évolution de la lignée humaine telle qu'elle est communément admise par la science. Ils considèrent comme réels les personnages gigantesques mentionnés dans de nombreuses mythologies anciennes à travers le monde, et pour cette raison font occasionnellement allusion aux géants pétrifiés dans leurs thèses.


Les géants pétrifiés sont souvent associés aux « squelettes de géants » supposés avoir été exhumés à travers le monde, comme sur cette photo (en réalité un trucage)

Aux Etats-Unis, des théories plus spécifiques (se mêlant parfois aux thèses créationnistes ou à l'archéologie alternative) affirment que :

  • les géants pétrifiés ont appartenu à la civilisation des bâtisseurs de tumulus (mound builders). Cette culture précolombienne aurait bâti les tumulus et sculptures monumentales visibles dans l'Est du pays et aurait disparu mystérieusement au XVIème siècle avant l'arrivée des premiers colons européens.
  • les géants pétrifiés seraient des représentants d'une des dix tribus perdues d'Israël, arrivée sur le continent américain par la mer ou en empruntant le détroit de Béring, comme le veut une croyance répandue dans certains milieux religieux.

Les géants pétrifiés sont souvent présentés parmi d'autres preuves qui démontreraient l'existence d'une humanité moderne dans les temps préhistoriques : OOPArt, ou ossements et squelettes de géants.

L'usage des géants pétrifiés pour justifier les thèses créationnistes est d'autant plus ironique que le créateur du géant de Cardiff, George Hull était un athée convaincu... et qu'il avait justement eu l'idée du canular suite à une dispute avec un prêcheur méthodiste qui lui avait assuré de la réalité des géants de la Bible !

Explications scientifiques

Avant que les canulars ne soient dévoilés, il a été parfois avancé que les géants pétrifiés étaient d'authentiques sculptures anciennes.
Solid Muldoon fut ainsi présenté par plusieurs journaux locaux comme une oeuvre d'art monumentale d'une ancienne culture inconnue ; tandis qu'il fut avancé par John F. Boynton que le géant de Cardiff était une statue sculptée par des Jésuites au XVIIème siècle, afin d'impressionner les indigènes.


Photo du géant de Cardiff, exposé à Syracuse (Etat de New-York) en 1869

La plupart des géants pétrifiés furent rapidement dénoncés comme des canulars : une enquête de la presse ou des autorités réussissait à trouver l'auteur, ou des scientifiques dépêchés sur place constataient la fraude.
Les géants qui purent être étudiés par des savants montraient des traces d'usinage laissées par les outils ayant permis de sculpter la roche. Dans plusieurs cas (géant de Cardiff, homme de marbre d'Orange), les colosses étaient faits dans une roche qui ne correspondait pas au sous-sol géologique de la zone où ils avaient été déterrés, écartant de ce fait l'hypothèse de fossiles.
En outre, bien que réalisés en général dans des roches tendres, les géants ne présentaient pas ou très peu de trace d'usure par le temps, trahissant une création récente et invalidant l'idée d'authentiques artefacts anciens.

Le célèbre paléontologue Othniel Marsh de Yale eut ainsi l'occasion d'observer le géant de Cardiff, puis Solid Muldoon, et conclua au canular à l'issue de chacune des visites. Marsh écrivit ainsi à propos du premier :

« Il [le géant de Cardiff] est d'origine très récente, et une incontestable duperie... Une très courte exposition de la statue suffirait à effacer toute trace d'usinage et à rendre rugueuses les surfaces polies, pourtant elles sont toujours parfaites, et par conséquent le géant a dû être enterré très récemment... Je suis surpris qu'un observateur scientifique n'ait pas pu à un seul moment détecter les indices immanquables allant à l'encontre de son antiquité »

[Traduction d'Ar Soner]

D'un point de vue scientifique, la formation d'un fossile ressemblant à un géant pétrifié est extrêmement improbable. Dans la très grande majorité des cas, seules les parties dures (os et cartilages) sont retrouvées fossilisées. Il faut des circonstances exceptionnelles pour que les parties molles (tissus et organes) ne se décomposent pas et soient préservées en fossile, ou bien en se minéralisant, ou bien en laissant leur empreinte dans la matrice sédimentaire.
A l'heure actuelle, aucun exemple d'être humain pétrifié ou fossilisé n'est connu. Les corps humains peuvent se conserver dans le sol par divers processus de momification (en condition sèche) mais ne présentent pas l'aspect bien préservé des géants pétrifiés.


La célèbre « momie de Trachodon », l'une des très rares momies fossilisées de dinosaure montrant des impressions de tissus mous (peau et muscles) sur les os. Son état (pourtant exceptionnellement préservé !) montre à quel point l'aspect parfait des géants pétrifiés est peu plausible pour un fossile


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Nom alternatif : Géant fossilisé

Traduction anglaise : petrified giants, fossilised giants

Localisation : les géants pétrifiés ont été essentiellement trouvés et exposés aux Etats-Unis, Amérique du Nord ; et dans une moindre mesure en Australie, Océanie et en Irlande, Europe.

Date : la plupart des géants pétrifiés ont été exhumés et exposés entre les années 1860 et 1900.

Sources et liens complémentaires :

Article sur le géant de Cardiff
Article sur Solid Muldoon
Compilation d'articles de presse anciens à propos de l'homme de marbre d'Orange
Article sur l'homme pétrifié de Mark Twain
Article sur le géant irlandais
Article citant les géants pétrifiés parmi d'autres OOPArt pour justifier les thèses théosophiques

Auteur : Ar Soner
Mise en ligne : 20/11/16
Dernière modification : le 05/01/17 à 22:52