Encyclopédie du paranormal - Illhveli

     Illhveli


Baleines monstrueuses du folklore islandais


Le terme d'illhveli recoupe un certain nombre de créatures marines du folklore islandais. Le mot illhveli (prononcé plus ou moins 'itl-kvèli') vient de l'islandais et signifie « baleine infernale ».



L'illhveli rauðkembingur représenté sur un timbre islandais


La croyance aux illhveli est attestée depuis le Moyen-Age. Le Konungs Skuggsjá (le « miroir du roi », aussi connu sous le nom latin de Speculum Regale), un texte écrit en langue norroise au milieu du XIIIème siècle, mentionne les illhveli islandaises au milieu d'autres monstres marins et d'animaux réels. Le texte cite le nom de deux d'entre elles : le hrosshvalur et le rauðkembingur.
Bien que la croyance aux illhveli se soit éteinte, les pêcheurs islandais actuels continuent à se méfier des baleines et à les considérer comme des animaux dangereux. Certains tabous (comme le fait de ne pas prononcer le nom d'espèces comme le cachalot à bord d'un navire, afin de ne pas attirer leur attention) s'observait encore chez certains pêcheurs au début du XXème siècle.


Description générale


Les illhveli partagent un certain nombre de caractéristiques qui permettent de les regrouper sous ce terme. Ainsi elles ne sont pas comestibles. Leur chair passe pour être toxique et les manger est considéré comme un crime par la tradition islandaise... mais il est parfois dit que leur viande disparaîtra de la marmite avant que quiconque d'assez insensé pour vouloir en consommer ne puisse la porter à la bouche !

Une autre caractéristique principale des baleines infernales est leur méchanceté. Les illhveli ont pour but la destruction des humains, des animaux domestiques ou bien des autres baleines. Elles apprécient qui plus est de donner une morte lente et sadique à leurs victimes.
Loin d'être de simples animaux, les illhveli ont également un caractère surnaturel puisqu'elles apparaissent lorsque leur nom est prononcé à voix haute et certaines peuvent amener le mauvais temps sur les navires en mer.

Il existe heureusement des moyens de les combattre, qui sont là encore semblables d'une baleine infernale à l'autre : faire voile à toute allure en direction du Soleil devrait les éblouir et les perdre ; faire du bruit ou lancer des objets à la mer permettrait de les distraire. Enfin un certain nombre de substances permettraient de les faire fuir.

Le stökkull représenté sur un calendrier édité par la banque islandaise Landsbankinn
(Source)

La baleine bleue (steypireyður en islandais) est l'ennemie de toutes les illhveli : elle les tuera aussitôt qu'elle les verra. C'est pour cela que le folklore islandais recommande de prendre bien garde à ne jamais faire de mal à une baleine bleue.


Liste des illhveli


Le nombre des illhveli est difficile à évaluer : comme toute créature mythologique, a fortiori ancienne, les différents types de "baleines infernales" tendent à se confondre, à se mélanger, ou bien à se superposer. Il est néanmoins fréquemment retenu qu'il y en a dix ; qui seront ci-après décrites de la plus grosse à la plus petite :

  • Le lyngbakur (prononcé 'link-bakur', « dos de bruyère ») est la plus grande des baleines infernales, et la plus grande créature marine du folklore islandais après le kraken (les deux sont d'ailleurs fréquemment intervertis).
    Le lyngbakur ressemble à une baleine normale, mais est gigantesque, bien plus grand qu'un navire. Il est gris, son dos est couvert de mousse ; et ses yeux, situés à la surface de son crâne, ressemblent à deux mares. Il est fréquemment pris pour une île et les marins y accostent, prenant ses yeux pour des sources d'eau potable. Le lyngbakur plonge alors et noie les marins.
    Il est dit aussi que le "dos de bruyère" ne se nourrit qu'une fois tous les trois ans ; et que lorsqu'il le fait, il avale tout ce qui se trouve sur son chemin y compris des baleines plus petites. Certaines sources affirment qu'il n'y aurait qu'un lyngbakur, et qu'il vivrait éternellement jusqu'à la fin du monde.
  • Le nauthveli (prononcé 'neuit-kveli', « poisson-boeuf »), est le second des illhveli par la taille.
    Le nauthveli est bicolore, comme une vache. Sa tête ressemble à celle d'un taureau avec deux excroissances à son sommet et des dents pointues. Sa queue est longue et sans nageoire ; elle ressemble à un ver.
    Le nauthveli est surtout réputé pour son mugissement terrifiant, qui peut s'entendre de très loin et rappelle le beuglement d'un taureau enragé. Il est fortement déconseillé de partir en mer si l'on entend ce cri. La force du nauthveli est en effet telle qu'il fissure jusqu'aux rames des navires. En outre, si le poisson-boeuf prend plaisir à couler les bateaux, sa cible principale reste le bétail. Il pousse les troupeaux de boeufs à se jeter dans la mer, et joue avec les malheureux animaux comme un chat avec une souris - puis il les décapite d'un coup de dent et les mange. Les bateaux ne doivent donc pas transporter de bétail et les vaches doivent rester enfermées dans leur étables tant que l'écho de l'appel du nauthveli est audible.
  • Le skeljúngur (prononcé 'skèl-youngur', « baleine à coquillage »), troisième des grands illhveli par la taille, présente la particularité d'être comestible - contrairement aux autres. Il peut même aider les humains à l'occasion.
    Le skeljúngur mesure entre 20 et 45 mètres de long, est trapu et couvert de coquillages. Il n'a pas de nageoire dorsale. Les coquillages le démangeant, aussi il se frotte fréquemment aux pierres des fonds marins. Enfin, il nage très vite (ce qui lui vaut parfois le surnom de « baleine-tigre ») et dort à la verticale, la tête hors de l'eau.
    Le skeljúngur peut aussi être hostile à l'homme : il aime à se mettre en travers du chemin des bateaux, les empêchant d'avancer, puis tuant tout l'équipage à coup de nageoires. Les bons marins sont habitués à changer de cap suffisamment tôt pour lui échapper. La baleine à coquillage ayant le cuir très épais, les armes ne lui font aucun mal et le seul moyen de s'en débarrasser est de meuler ou de limer du fer. La « baleine de fer » (son autre surnom) en ayant le bruit en horreur, elle déguerpira de sitôt.
  • Le taumafiskur (prononcé 'teuïma-viskur', « poisson à bride ») est le plus dangereux et le plus craint des baleines infernales. Son nom provient des bandes blanches partant de ses yeux et de sa gueule, qui évoquent une bride de cheval.
    Les taumafiskur sont cruelles, destructrices et surtout rancunière. Leur excellente mémoire les poussera à traquer sans pitié quiconque aurait réussi à leur échapper - empêchant de fait les marins qui leur auraient échappé une fois de jamais reprendre la mer.
    Du reste, comme toutes les autres baleines infernales, leur principale occupation consiste à couler des navires et à éliminer tous leurs occupants jusqu'au dernier.
  • Le hrosshvalur (prononcé 'rros-kvalur', « baleine-cheval », mais fréquemment désigné par des euphémismes pour éviter d'attirer son attention) est lui aussi particulièrement cruel et craint.
    Le hrosshvalur mesurerait entre 15 et 40 mètres de long. Il possède une crinière rouge et d'énormes yeux globuleux, qui lui ont valu le surnom de monoculus. Il s'agit d'ailleurs de son principal point faible. Sa tête, sa queue et ses entrailles évoquent celles d'un cheval, et il hennit et bondit comme cet animal. Il est couvert d'une fine fourrure et sent très mauvais.
    Le hrosshvalur coule les bateaux en se jetant dessus de tout son poids ; il peut aussi provoquer le mauvais temps, et est fréquemment associé à la sorcellerie et à la magie noire.

    Il est parfois affirmé que le hrosshvalur serait inspiré du morse (appelé walrus en anglais, les deux mots sont proches), mais les deux animaux étaient connus des islandais et décrits séparément. Le calmar géant pourrait en être une autre inspiration, notamment par ses grands yeux et ses tentacules qui auraient pu donner l'impression d'une crinière.


Le hrossvalur représenté sur un timbre islandais

  • Le rauðkembingur (prononcé 'reuïdh-kèmbinkur', « peigne rouge ») est la plus sanglante et sauvage des illhveli.
    Mesurant de 10 à 20 mètres de long, il compense sa (relative) petitesse par une formidable agressivité. Le rauðkembingur tient son nom de la crête rouge qu'il a sur la nuque, et dont la description est variable. Selon certains, elle serait semblable à celle d'un cheval ; selon d'autres, elle serait constituée de nageoires longues et fines ; d'aucuns la prolongent même jusqu'à la queue de l'animal.
    Le peigne rouge est de couleur brune avec un ventre rose ; sa tête est rouge, et évoque celle d'un reptile, avec de grandes dents effilées. Son corps est fin et élancé, et le rauðkembingur nage très vite, poussant d'inquiétants hennissements et soulevant beaucoup d'écume.

    Le rauðkembingur est très dangereux et d'une grande cruauté ; sa simple présence dissuade les pêcheurs de prendre la mer. Il est capable de faire le mort durant quinze jours pour piéger les marins. Dès qu'un bateau s'approche, il se jette dessus de tout son poids et le coule. Le peigne rouge est fréquemment suivi de bélougas ou de narvals, qui nettoient les restes après son passage. Sa chair est aussi utilisée en sorcellerie.
    Le rauðkembingur n'est néanmoins pas invincible, et il existe des moyens de le tuer : il poursuivra par exemple ses proies jusqu'à l'épuisement et peut donc mourir de fatigue en coursant un navire. De même, s'il ne peut détruire intégralement sa victime en une journée, il mourra de frustration.

    Le rauðkembingur a fini par se confondre avec le hrossvalur à cause de leurs caractéristiques communes. Les deux sont généralement considérés comme des exagérations du morse. Le naturaliste danois Otto Fabricius pensait quant à lui que le rauðkembingur était inspiré de la rhytine de Steller.
  • Le sverðhvalur (prononcé 'svèrdh-kvalur', « baleine-épée ») est très reconnaissable grâce à l'immense nageoire osseuse en forme de sabre qu'il a au milieu du dos. Cette nageoire mesurerait entre 1,5 et 6 mètres de long. Le sverðhvalur fait à peu près la taille d'un cachalot, mais est plus trapu. Sa tête rappelle celle de la chouette, à la différence que son bec contient de nombreuses dents acérées. La baleine-épée est sans doute brune, car elle est aussi connue sous le nom de brúnfiskur (« poisson brun »).
    Le sverðhvalur utilise sa nageoire pour créer des vagues en la frappant très vite alternativement à sa gauche et sa à droite dans l'eau. Il peut aussi s'en servir pour défoncer la coque des petites embarcations, ou pour transpercer le ventre des baleines bleues - dont il ne mange que la langue, laissant le reste de la carcasse à des baleines plus petites fréquemment reportées comme l'accompagnant. Les grands bateaux lui résistent en revanche bien plus, et le cas d'une nageoire de sverðhvalur retrouvée plantée dans la coque d'un bateau islandais se rendant à Copenhague a été rapporté.

    Sont aujourd'hui appelés "sverðhvalur" en islandais le poisson-scie, l'espadon et le cachalot - ces animaux sont sans doute ses sources d'inspiration, tout comme l'est le requin pèlerin dont on disait qu'il attaquait les baleines.
  • Le múshveli (prononcé 'mous-kvèli', « baleine-souris ») possède les oreilles, le museau, les pattes avant et la queue d'une souris. Il mesure plus de dix mètres de long, et de couleur gris et nage à des vitesses prodigieuses grâce à sa longue queue. Ce faisant, ses oreilles dépassent de l'eau telles des voiles.
    Lorsqu'il voit un bateau, il s'y agrippe avec ses pattes et le fait sombrer. Les marins qui cherchent à lui échapper doivent monter haut à l'intérieur des terres, car ces petites pattes lui permettent aussi de se hisser sur la côte. Fort heureusement, le múshveli n'est pas assez fort pour couler les navires de plus grande taille.



Le múshveli représenté sur un timbre islandais

  • Le stökkull (prononcé 'steuh'kul', « bondissant »), est, en dépit de sa petite taille, le plus craint de tous les illhveli. Il est en effet doté d'une force formidable et se précipite sur les bateaux pour les couler. Pour se faire, le stökkull dispose d'une caractéristique physique étonnante : sa tête est renforcée par une grande plaque osseuse qu'il utilise comme un bélier. Ses yeux sont cachés par des voiles de peau qui tombent du sommet de son crâne, tels des bourrelets - ce qui lui vaut d'ailleurs le surnom de « baleine à voiles » (blödkuhvalur, prononcé 'bleudkukvalur'). À cause de cela, il ne peut voir qu'en dessous de lui. Ces "voiles" lui auraient été adjointes par Dieu, après que Saint Brendan se fût plaint de la dangerosité excessive du monstre.
    Malgré cela, la bête n'en demeure pas moins redoutable, ne serait-ce qu'à cause de sa vitesse (quatre vagues en un coup de nageoire) et de son habitude à jaillir hors de l'eau pour se jeter sur les bateaux ou les baleines bleues. On peut néanmoins lui échapper, que ce soit en faisant voile en direction du Soleil (ce qui l'éblouira), en lui tirant dessus au canon ou bien en lançant à la mer une bouée ou un tonneau : il mourra d'épuisement en essayant de les couler.

    Le stökkull peut avoir été inspiré par le cachalot, l'orque, le dauphin de Risso et le poisson volant. Aujourd'hui, son nom sert à désigner diverses espèces de dauphins inoffensifs.
  • Le katthveli (prononcé 'kah't-kveli', « baleine-chat ») est le plus petit (huit mètres) de tous les illhveli. Moins dangereux que les autres, il pourrait même être apprivoisé.
    Il se distingue par une tête de léopard (avec ce qui semble être des oreilles), une grande force et une faim constante. Son nom provient de la paire de moustaches félines qu'il porte sur le museau, et des sons qu'il produit : ronronnements, feulements et miaulements. Ses dents sont pointues et dépassent de sa gueule ; Saint-Brendan ajoute qu'il aurait des défenses de sanglier. Il a aussi des yeux brillants, de larges nageoires griffues, et pourrait être couvert d'un fin duvet. Sa méthode de chasse favorite consiste à renverser les bateaux en appuyant sur leur coque.

    Le katthveli a très vraisemblablement été inspiré par un grand morse ou bien par le phoque barbu.

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Traduction anglaise : Evil whale

Localisation : Islande

Bibliographie :

  • A Sea of Images : Fishers, Whalers and Environmentalists, de Niels Einarsson (1996). Cité dans 'Images of Contemporary Iceland: Everyday Lives and Global Contexts'.

Sources et liens complémentaires :


Catégories : I ; Créatures ; Mythes et folklore
Auteur : Pochel
Mise en ligne : 08/01/17
Dernière modification : le 08/01/17 à 23:26