Encyclopédie du paranormal - Demonologie

Démonologie



Discipline étudiant les démons et esprits malfaisants


La démonologie est l'étude des démons et mauvais esprits ; elle s'intéresse ainsi à leur origine, à leurs fonctions et hiérarchie. La démonologie a été particulièrement étudiée dans le judaïsme et le christianisme, où elle a pu prendre à certaines époques une importance considérable. On notera cependant qu'elle existe également dans d'autres religions comme le bouddhisme et l'islam, bien qu'y étant moins formalisée et développée.


Faust conjurant le Diable ; gravure de couverture de La Tragique Histoire du docteur Faust par Christopher Marlowe (1592)


La démonologie se base le plus souvent sur l'étude des textes sacrés (la Bible pour les chrétiens, la Torah et le Talmud pour les juifs), mais également sur les textes apocryphes, la tradition orale et les légendes, les connaissances issues des doctrines ésotériques (kabbale juive ou gnose chrétienne)... Mais elle fait également parfois appel à l'imagination des auteurs eux-mêmes, lorsqu'elle essaye d'éclaircir certains points concernant les démons qui ne sont pas expliqués dans les textes religieux.
Pour cette raison, la démonologie est une discipline complexe, protéiforme, souvent pleine d'imprécisions ou d'incohérences.

Parallèlement à la démonologie, le judaïsme et le christianisme ont également inventé une discipline qui est son équivalant pour les forces du bien : l'angéologie, qui étudie les anges et autres êtres célestes.

La démonologie a fait l'objet depuis le Moyen-Age d'un ardent intérêt que ce soit au travers de la littérature, de l'occultisme ou de la théologie ; elle a été une grande source d'inspiration pour les courants ésotériques du XIXème siècle, ainsi que pour les religions satanistes ou néo-paiennes de l'ère moderne.


Histoire de la démonologie


Les premières démonologies ont probablement été élaborées par les cultures mésopotamiennes. Peu d'informations sont disponibles sur ces disciplines, mais les inscriptions, statues et amulettes retrouvées sur les sites archéologiques renseignent cependant sur les démons présents dans les croyances de l'époque.
La frontière entre les démons et les dieux semble anciennement avoir été assez floue : ainsi le statut d'une entité comme Pazuzu, roi des démons du vent, n'est pas clairement identifié. Les grands dieux étaient vénérés par un culte public et possédaient une identité bien définie, reliée à un corpus de légendes et de mythes, tandis que les démons étaient une masse indistincte de fantômes ou de divinités inférieures relevant des rituels magiques pratiqués par les individus.


Statuette de Pazuzu, roi de démons du vent. VIIIème siècle av. J.-C


La démonologie mésopotamienne a probablement été le précurseur des disciplines juives et chrétiennes, même si ses apports sont difficiles à évaluer. La succube et voleuse d'enfant lilitu des croyances akkadiennes a ainsi été transmise aux croyances juives qui en ont fait après quelques modifications le personnage apocryphe de Lilith. D'autres apports ont pu se faire par le biais du zoroastrisme, qui a lui même hérité d'un certain nombre de concepts mésopotamiens.

Démonologie juive

La démonologie juive est la plus ancienne à s'être intéressée aux démons, et elle fut une source d'inspiration conséquente pour la démonologie chrétienne à partir du Moyen-Age. La Bible Hébraïque ou Torah s'attarde sur les démons dont elle mentionne deux types : les se'irim (les « poilus », des sortes de satyrs) et les shedim (les faux dieux et idoles). Quelques noms de démons sont également donnés : Lilith, Azazel...

A partir du Vème siècle av. J-C. et jusqu'au début du Moyen-Age, la tradition rabbinique s'est penchée sur les démons et a essayé de donner davantage de détails à leur sujet, notamment dans le Talmud (livre fondamental du judaïsme contenant des discussions de rabbins au sujet de la loi juive) et les divers textes compilant les mythes et enseignements de la tradition juive.
Le Talmud donne ainsi de nombreux conseils pour se prémunir des démons : ne pas dormir seul chez soi - où Lilith pourrait s'emparer de l'infortuné, ne pas marcher seul la nuit ni saluer les gens que l'on croise, éviter certaines heures de la journée... et il présente des incantations pour invoquer des anges protecteurs lorsqu'on se trouve en danger. Le Talmud s'attarde également sur quelques démons particuliers : Asmodée (en hébreu : אשמדאי, Ashmedai), le roi des démons, et Igrat, la reine des démons. Samael, qui ne serait autre que le serpent de la Bible selon le Talmud, est également assimilé à l'ange de la mort par la tradition juive. D'autres démons sont cités, qui ont un caractère plus folklorique : Shibbeta, un démon qui étrangle les gens (et plus spécialement les enfants) qui mangent sans s'être lavés les mains ; et Keteb Meriri, le mauvais esprit des insolations, particulièrement dangereux à midi durant les mois chauds de l'été !..


Amulettes de protection juives, destinées à protéger la femme enceinte et le nouveau-né des mauvaises actions de Lilith (qui est représentée enchaînées au milieu des amulettes). Iran, fin du XIXème siècle


Par la suite au courant du Moyen-Age, les divers mouvements kabbalistes apportèrent leur brique à l'édifice. Leur travail plus méthodique s'est penché sur l'origine et la nature des démons, tout en consignant de nombreuses anecdotes et histoires à leur sujet.

Toutefois, la démonologie juive n'a pas connu la fantaisie ni l'exubérance de son homologue chrétienne, et elle n'a jamais été considérée comme une réelle discipline à part entière. Rares sont les démons qui ont été individualisés avec des attributs et caractères propres. La hiérarchie des mauvais esprits n'a pas été développée non plus, même si les démons ont été parfois reliés aux 10 qliphoth (קליפות), des forces qui sont l'équivalent maléfique des sephiroth de l'arbre de vie kabbalistique.
Ce développement relatif peut s'expliquer :

  • d'une part, par le fait que l'intérêt pour les démons avaient décliné au Moyen-Age, et que les rabbins s'opposaient au recours à la magie démoniaque (à l'inverse des anges, souvent invoqués, d'où le formidable essor que connut l'angéologie juive). En outre, la démonologie juive n'a pas non plus bénéficié de la (malheureuse) émulation autour de la chasse aux sorcières qu'a connu sa consoeur chrétienne.
  • d'autre part, les auteurs juifs du Moyen-Age ne pouvaient pas rentrer en contradiction avec ce que le Talmud et l'importante tradition écrite antérieure mentionnaient déjà au sujet des démons (à l'inverse des chrétiens, qui avaient le champ libre puisque leur seul livre sacré, la Bible, était presque muette au sujet de la nature des démons). La plupart des érudits juifs préféraient développer les zones d'ombres ou clarifier les points non abordés dans les livres sacrés.

Amulette de protection des femmes enceintes et des nouveaux-nés contre Lilith, montrant 3 "anges" protecteurs sur la gauche : Sanoi (סנוי), Sansanoi (סנסנוי) et Semangelof (סמנגלוף). Détail du livre kabbalistique Sefer Raziel (« le Livre de Raziel »), XVIIIème siècle


Le rabbin français Rashi (1040 - 1105 av. J-C.) s'est ainsi contenté dans ses commentaires du Talmud de nuancer ce qui était écrit dans le livre sacré ; il a précisé que parmi les démons maléfiques (mazzikim), on distinguait les shedim, de forme humaine et qui pouvaient manger et boire comme les hommes, les esprits désincarnés et informes ruhin, et les lilin qui avaient la forme d'être humains mais avec des ailes.

Un grand nombre d'auteurs juifs de la fin du Moyen-Age ont abandonné les termes hébraïques trop généralistes pour désigner les divers types de démons qu'ils décrivent, préférant les appeler par des noms en langue vulgaire issus du français ou de l'allemand. Le rabbin Yehiel de Paris mentionne ainsi au XIIIème siècle des faes et lutins ; à la même époque, d'autres auteurs parlent de broxa (de l'occitan bruxa, « sorcière »), d'estries (striges?), de werewolf (loup-garous?)...

Démonologie chrétienne

Chez les premiers chrétiens

Les démons sont peu évoqués dans l'Ancien Testament ; on peut citer tout au plus Asmodée (livre de Tobie) et diverses idoles païennes assimilées plus tardivement à des démons (comme Belphégor). Les mauvais esprits sont en revanche bien présents dans les écrits chrétiens, dès l'apparition de la religion, tel Jésus chassant les démons hors des corps des possédés dans les Evangile de Marc et de Mathieu, ou les descriptions poétiques de l'Apocalypse de Saint Jean. Quelques uns d'entre eux sont même nommés dans le Nouveau Testament (Belial, Beelzébuth...) et un début de hiérarchie est évoqué (Belzébuth est décrit comme le « prince des démons »).

Toutefois, la Bible ne s'attarde pas sur la nature des démons ; malgré les quelques noms donnés et le semblant de hiérarchie, ils sont peu différenciés et facilement interchangeables les uns les autres. Peut-être pour cette raison, les premiers chrétiens se sont assez peu intéressés aux démons - en dehors de quelques auteurs notables comme Grégoire de Nysée.
Ainsi, bien que la tradition populaire chrétienne admettait l'existence des démons, ceux-ci ont pendant longtemps été perçus comme une masse indistincte de mauvais esprits au service du Diable. Ils ne possédaient pas de caractéristiques propres qui auraient permis de des distinguer les uns des autres ou de les classer dans une quelconque hiérarchie.


Enluminure médiévale représentant Jésus exorcisant l'homme possédé de Gadara, épisode raconté dans l'évangile selon Marc. Les démons sont dépeints quittant le corps du possédé et allant s'incarner dans des cochons à proximité.


La première ébauche de démonologie est toutefois perceptible chez les gnostiques. Cet ensemble de courants ésotériques du christianisme connut son apogée entre le IIème et le IIIème siècle de notre ère ; il s'articule autour de l'idée que le monde a été créé par une créature imparfaite, un démiurge, qui est le dieu décrit dans l'Ancien Testament et adoré par les juifs et l'orthodoxie chrétienne. Le vrai Dieu quant à lui est une entité complètement abstraite et accessible à l'homme uniquement par le biais de la gnose - la connaissance secrète détenue par les chrétiens gnostiques.

Les gnostiques ont élaboré une hiérarchie extrêmement complexe de luminaires, éons et firmaments (des esprits bénéfiques créés par le vrai Dieu et le servant), ainsi que d'archons (des esprits mauvais évoluant en dehors du royaume divin, parmi lesquels se trouve le démiurge). Cette hiérarchie n'était pas unifiée et variait considérablement selon les courants gnostiques.
Le démiurge lui-même possédait divers noms, les principaux étant Yaldabaoth, Saklas et Samael. Certains courants gnostiques considéraient qu'il n'y avait pas un mais plusieurs démiurges : par exemple, sept démiurges selon les ophites (Yaldabaoth/Saklas/Samael, Iao, Sabaoth, Astaphanos, Elaios, Edonaios et Horaios), trois selon les sethien (El, Yaldabaoth et Saklas)... mais d'autres textes décrivent 5 ou 12 archons. Dans les formes hellénisées du gnosticisme, les 7 archons ont été souvent associés à des astres et des planètes, voire à des péchés et vices humains.
Dans la plupart des croyances gnostiques, le démiurge (voire tous les archons) auraient été enfantés par Sophia, une éon féminine qui aurait été "déchue" pour avoir voulu procréer sans s'en référer au Dieu suprême.


Amulette représentant Abraxas ; pour les gnostiques basilidiens, Abraxas était le grand archon à l'origine des 365 mondes existants

Les courants gnostiques furent dénoncés comme hérétiques par les Pères de l'Eglise et ils disparurent progressivement à partir du IVème siècle av. J-C. On constate toutefois que la tradition orale chrétienne et la démonologie médiévale présentent une forte similitude avec certaines idées gnostiques, sans qu'il soit possible de déterminer s'il s'agit d'une réelle parenté (via la survivance de groupuscules gnostiques jusqu'au Moyen-Age) ou d'une simple résurgence tardive de théories similaires (s'expliquant éventuellement par la redécouverte de textes apocryphes gnostiques).

Au Moyen-Age

La démonologie en tant que telle n'a commencé à prendre véritablement forme qu'à partir du XIIIème siècle. En 1272, Saint Thomas d'Aquin publie son Traité sur le Mal ; il rappelle la nature tentatrice du Diable et insiste sur le crime d'hérésie que constitue la sorcellerie - puisque celle-ci est vue à l'époque comme un pacte avec Satan lui-même. La démonologie se développe alors pour mieux comprendre la nature du mal, avec l'approbation et les encouragements des autorités du clergé catholique et de l'Eglise.
Près de 300 ans après Thomas d'Aquin, la démonologie était devenue une discipline complexe et hétérogène, se basant davantage sur l'imagination des auteurs, sur le folklore et les superstitions populaire que sur la Bible elle-même.


Le diable poussant ses fidèles à abjurer leur foi catholique en marchant sur une croix. Gravure extraite du Compendium Maleficarum de Francesco Maria Guazzo (XVIIème siècle), un guide à l'usage des chasseurs de sorcières


A la fin du Moyen-Age, on assiste dans toute l'Europe à une chasse aux sorcières dont l'apogée se situe aux XVI et XVIIèmes siècles, et qui aura pour conséquence de nombreuses victimes souvent injustement accusées des pires méfaits.
De nombreux « manuels de démonologie » voient le jour à cette période ; destinés aux Inquisiteurs et membres du clergé, ils exposent des méthodes pour identifier les sorcières et les confondre, les sortilèges et maléfices qu'elle peuvent produire... Ils s'attardent également sur les différents types de démons qui existent et que les sorcières peuvent invoquer, ou avec lesquelles peuvent pactiser.
Parmi les plus connus de ces manuels, figure le célèbre Marteau des sorcières (ou Malleus maleficarum) publié en 1486 par les dominicains Henri Institoris et Jacques Sprenger.

De nos jours

L'époque moderne, de par un rationalisme grandissant et par le recul du christianisme, a fait reculer les croyances aux démons ; les progrès de la science et de la médecine permettent désormais d'expliquer certains phénomènes qui leur étaient autrefois attribués. La démonologie n'est plus guère considérée que comme une curiosité folklorique par la majorité des chrétiens (y compris par les autorités de l'Eglise catholique romaine) et des juifs.

Néanmoins les croyances en des forces diaboliques restent encore présentes dans les esprits ; certains courants chrétiens appliquant une lecture littérale de la Bible y ont toujours recours. De la même façon, les communautés juives orthodoxes peuvent toujours se référer aux enseignements relatifs aux démons du Talmud ou de la tradition orale, tandis que les juifs hassidiques attachent une importance particulière aux textes kabbalistiques.

Les mouvements ésotéristes du XIXème siècle se sont également intéressés de près aux anciens livres de démonologie : Samuel Liddel MacGregor, fondateur de l'Ordre Hermétique de l'Aube Dorée, traduisit ainsi en anglais certaines portions de La Petite Clé de Salomon. Le célèbre occultiste Alesteir Crowley publia son travail, y ajoutant certaines incantations de son cru. Crowley écrivit également quelques essais abordant l'aspect « psychologique » de la conjuration de démon, puisqu'il interprétait les rituels d'invocation comme des opérations de « voyage intérieur ».

Des mouvements satanistes et néo-paiens se réfèrent également à la démonologie traditionnelle, notamment aux démons qui y sont exposés et à leur hiérarchie. Le Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy est ainsi régulièrement cité par les sites Internet se revendiquant du satanisme.


Les démons et leur nature, d'après la démonologie


Origine des démons

En l'absence d'une quelconque allusion à la création des démons dans la Genèse (aussi bien dans la Bible hébraïque que chrétienne), l'exégèse des textes sacrés et la tradition orale se sont chargés de leur inventer une origine historique.

La tradition juive donne différentes sources au démon :

  • le Talmud précise que Dieu créa les démons après l'homme, le 6ème jour, la vieille du Sabbat ; cependant, il ne put terminer sa création avant que le 7ème jour n'arrive et il laissa les démons inachevés, ce qui explique qu'ils soient des esprits dépourvus de corps.
  • selon le rabbin du XIIème siècle Yehiel de Paris, certains démons (principalement ceux inconnus de la tradition juive : lutins, fées...) sont les rejetons issus de l'accouplement d'Adam avec des démones après son expulsion hors du Paradis.
  • le Sefer ha Zohar stipule quant à lui que les âmes des personnes corrompues ou mortes en état de péché peuvent devenir des démons après leur mort, ce qui rapprocherait dans ce cas-là des dybbuk.
  • enfin, une dernière version développée notamment par la kabbale affirme que les démons ne possèdent pas la capacité de se reproduire par eux-même ; ils profitent des populations nocturnes des hommes pour se multiplier, le fruit de ces relations illégitimes étant appelés banim shovavim (« fils malveillants »).


Dans certaines traditions juives, le personnage de Lilith passe pour avoir enfanté tout ou une partie des démons avec Adam et son fils Caïn. Tableau Lilith de John Collier (1892)


La notion « d'anges déchus » existe probablement de très longue date dans la tradition judéo-chrétiennes. La Genèse ne les mentionne que très brièvement et de façon évasive, ils sont davantage décrits dans la première section du livre d'Henoch. Cet apocryphe de l'Ancien Testament, rédigé au IIIème siècle avant notre ère, est considéré comme non-canonique par l'Eglise Catholique ainsi que les autorités juives (mais il est reconnu dans certains courants du christianisme telle l'Eglise Orthodoxe d'Ethiopie). Le livre d'Hénoch raconte la révolte contre l'autorité de Dieu d'un groupe d' anges corrompus, avec un dénommé Azazel à leur tête ; Dieu les aurait alors précipité sur terre, leur interdisant désormais l'accès au royaume des cieux.
Sur terre, les anges déchus se seraient unis à des femmes mortelles, donnant naissance à une race de géants nommés Nephilim?. A leur mort, les âmes des géants auraient été incapables de rejoindre le paradis, elles continueraient donc à errer sur terre sous la forme de mauvais esprits qui tourmenteraient les humains et sèmeraient le chaos autour d'elles.

Malgré le peu de détails donnés par le canon biblique, l'exégèse chrétienne a repris très tôt l'idée des anges déchus ; les créatures spirituelles devaient à l'origine se ressembler et rester fidèles à Dieu. Mais tentées par le mal, certaines de ces créatures se seraient détournées de leur but premier, créant ainsi la catégorie des démons inférieurs ou créatures d'en bas, dont Satan aurait été le précurseur.
Les textes de l'Apocalypse font ainsi état d'une lutte entre les anges fidèles à Dieu et les anges rebelles.


Gravure La Chute de Lucifer par Gustave Doré (1866)


Le Testament de Salomon fait la synthèse de différentes origines supposées des démons. Selon leur cas, les démons sont des anges déchus (le prince des démons Belzébuth avoue ainsi à Salomon qu'il était l'un des anges les plus élevés de la hiérarchie céleste), les enfants que les anges déchus auraient eu avec des humaines (donc des nephilim?), ou ils seraient apparus aux cours de divers processus magiques ("écho" sonore ayant pris forme...).


La grande majorité des chrétiens (et l'Eglise Catholique) considèrent depuis le synode de Constantinople (562 ap. J-C.) que les démons ont été punis pour l'éternité et qu'ils ne seront jamais réconciliés avec Dieu. Aucun pardon ne peut-être accordé à Satan, puisqu'il s'est spontanément détourné de Dieu, sans aucune cause ou suggestion extérieure, à l'inverse des êtres humains qui eux s'égarent dans le péché car les démons les y poussent.
Certains auteurs comme Origène ou Grégoire de Nycée affirment toutefois qu'à la fin des temps, Dieu pardonnera leurs erreurs à Satan, aux anges déchus et aux âmes damnées en Enfer et que ceux-ci cesseront alors d'être mauvais.

Nombre

Le nombre de démons, bien que non clairement défini, change au gré des siècles et des traditions, passant de plusieurs milliers ou plusieurs milliards. La plupart des auteurs considèrent cependant qu'à côté d'une multitude de démons inférieurs, il existerait un plus petit nombre (entre 20 et 80) de démons supérieurs particulièrement importants et puissants (nommés parfois « archidémons » en allusion aux archanges).


En 1467, Alfonso de Spina se basa sur un passage de l'Apocalypse (12:3-9) affirmant qu'un tiers des anges avaient été déchus pour estimer le nombre de démons à 133 316 66. Dans le Pseudomonarchia Daemonum (1583), Johan Weyer obtint par de savants calculs un nombre de 44 435 622 démons, divisés eux même en 666 légions de 6666 démons inférieurs, plus 66 démons supérieurs qui les dirigeraient... Mais à l'inverse, le démonologue Hugues Pannethorne en comptabilisera 1 758 064 176 ; Martin Barshaus, plus de 2 milliards !


Tableau La tentation de Saint Antoine, par Jérôme Bosch (début du XVIème siècle)


Le nombre de démons est supposé à peu près constant par la presque totalité des auteurs, même si les tous premiers chrétiens ont pu le penser en constante augmentation : Grégoire de Nycée au IVème siècle affirmait ainsi qu'il existait des démons mâles et femelles pouvant se reproduire entre eux ou avec les humains.

Hériarchie

A l'instar les anges dont ils sont issus et dont ils sont le pendant maléfique, certains auteurs affirment que les démons répondent à une hiérarchie complexe et bien précise. Cette hiérarchie d'inspiration militaire permet de clairement différencier le rôle du démon au sein des Enfers et d'évaluer son degré d'importance.
Il a été avancé que cette organisation militaire pouvait provenir d'un passage du Nouveau Testament (Marc 5:9), dans lequel un homme possédé par de nombreuses entités se présente sous le nom de « légion ».

Les hiérarchies de démons sont très variables selon les auteurs et les critères (souvent arbitraires) qu'ils ont choisi pour les classer. Certaines hiérarchies se ressemblent dans leur contenu... principalement parce que les auteurs ont pu se copier entre eux ou se baser sur les mêmes sources ! Francesco Maria Guazzo semble ainsi avoir repris du travail de Michael Psellus, tandis que le Pseudomonarchia daemonum de Johann Weier a inspiré un grand nombre de démonologues postérieurs.


Saint-Antoine attaqué par les démons ; gravure de Martin Schongauer (1475 ap. J-C.)


Certains démonologues ont essayé de faire correspondre les mauvais esprits avec les éléments naturels. C'est notamment le cas du philosophe et auteur byzantin Michael Psellus qui, au XIème siècle, dans son livre De operatione daemonum, divise les démons en 4 catégories associées chacune à un élément, plus un cinquième élément souterrain et une sixième catégorie dédiée aux fantômes? : Empyreal, Aerial (air), Subterranean (5ème élément souterrain), Lucifugi, Aqueous (Eau), Terrene (Terre).
Cette classification sera par la suite reprise par Francesco Maria Guazzo dans son ouvrage Compendium Maleficarum en 1608. Guazzo distinguera cependant :

  • les démons des couches supérieures de l'air, qui n'interagissent pas avec les humains ;
  • les démons des couches inférieures de l'air, responsables des tempêtes et grêles ;
  • les démons de la terre, qui vivent dans les champs, les grottes et les forêts ;
  • les démons de l'eau, qui dévorent les animaux aquatiques ;
  • les démons souterrains, qui gardent les trésors et sont responsables des tremblements de terre.
  • les démons de la nuit, malfaisants et noirs, qui évitent la lumière du soleil.

Par la suite, les démons ont pu également être classés par signe du zodiaque ou par mois de l'année où ils sont les plus puissants, le saint catholique à invoquer pour se protéger de leur maléfices...
D'autres démonologues ont préféré associer chaque entité à un péché capital, affirmant qu'il s'agit de la tentation auquel a recourt le démon pour tenter les croyants. En 1589, Peter Binsfield associe ainsi la fierté à Lucifer ; l'avarice à Mammon ; la luxure à Asmodée ; la jalousie au Leviathan ; la gourmandise à Belzébuth ; la colère à Satan et la paresse à Belphégor.

Enfin, d'autres auteurs n'ont pas adopté de hiérarchie bien précise entre les démons, se contenant de les regrouper en différentes classes selon des critères assez arbitraires... dans lesquelles on va parfois retrouver divers monstres et créatures des croyances populaires. Ainsi, 1467, dans son Fortalitium Fidei (« La forteresse de la Foi »), l'évêque franciscain Alfonso de Spina développe sa propre classification qui comprend :

  • les démons du destin
  • les gobelins
  • les incubes et succubes
  • les groupes de démons errants
  • les esprits familiers
  • les drudes
  • les démons « hybrides », issus de l'union d'un démon avec un humain
  • les démons menteurs et trompeurs
  • les démons qui attaquent et tentent de tromper les saints hommes
  • les démons qui poussent les femmes à se rendre au Sabbat


Représentation d'un arbre de vie kabbalistique avec ses 10 sephiroth. Certains démonologues juifs ont essayé de classer les démons en les associant aux qliphoth, la contrepartie maléfique des sephiroth


Comme expliqué dans la partie précédente (Histoire de la démonologie), les rabbins et kabbalistes juifs ont décrit les divers types de mauvais esprits supposés exister, mais ils n'ont pas développée une organisation hiérarchique complexe comme les auteurs chrétiens du Bas Moyen-Age. Les démons juifs forment une masse grouillante et indistincte, au sein de laquelle peu sont clairement individualisés et caractérisés (en dehors des quelques uns cités dans la Bible ou le Talmud).

Dans les targumim (traductions commentées de la Torah en araméen, compilées au cours du premier millénaire de notre ère), il est fait état de l'existence de trois types de démons : les shedim (apparemment les mêmes que ceux cités dans la Bible hébraïque), les mazzikim (« ceux qui font du mal ») et les ruhin (« esprits »). Il est également mentionné d'autres démons : les lilin (esprits de la nuit, qui sont peut-être un avatar de Lilith?), les telane (esprits du soir), les tiharire (esprits du midi), les zafrire (esprit du matin), ainsi que les démons qui apportent la famine, et ceux qui causent les tempêtes et les tremblements de terre.

Dans la section Ra'aya Meheimna du Sefer ha Zohar, 3 types de démons sont distingués : ceux semblables aux anges, ceux ressemblant à des humains et se soumettant à la foi juive, et enfin ceux qui n'ont aucune crainte de Dieu et qui sont tels des animaux.


Les classiques de la démonologie


Certains livres ont fait date dans le domaine de la démonologie et eurent un impact important sur les auteurs qui les précédèrent. On peut ainsi citer, par ordre chronologique d'édition :

  • Le Testament de Salomon

Le Testament de Salomon est un apocryphe de l'Ancien Testament, supposé avoir été rédigé par le roi Salomon en personne (mais datant en réalité du tout début de l'ère chrétienne).
Salomon y raconte comment, grâce à un anneau donné par l'archange Michel, il a pu mettre à son service des démons qui l'ont aidé à construire le Temple de Jérusalem. Les démons commandés par Salomon sont ainsi exposés un par un : la manière de les invoquer, leurs propriétés et les péchés par lesquels ils tentent les hommes, les moyens de se déjouer de leurs maléfices et les anges qui permettent de les conjurer, les astres auxquels ils sont associés...

Le Testament de Salomon constitue donc le premier livre pratique de démonologie, et il s'agit de la plus ancienne référence connue à des démons clairement individualisés et caractérisés les uns des autres.
Les 60 démons du Testament de Salomon sont d'inspirations diverses : certains sont issus de la tradition judéo-chrétiennes (Belzébuth, Asmodée...), d'autres correspondent aux signes du zodiaque, et un grand nombre semble avoir été inventés pour les besoins du livre. Aucune vraie hiérarchie explicite n'est établie, mais certains esprits sont manifestement plus importants que d'autres et Belzébuth est présenté comme le chef des démons comme dans le Nouveau Testament.

  • Le Sefer ha Zohar

Le Sefer ha Zohar (en hébreu : ספר הזוהר, « livre de la splendeur »), parfois abrégé en Zohar, est un ouvrage fondamental de la kabbale juive. Attribué au rabbin mythique Shimon bar Yohai (IIème siècle ap. J-C.), il serait en réalité beaucoup plus tardif et aurait été rédigé par le rabbin médiéval Moïse de Léon à la fin du XIIIème siècle ap. J-C. Son contenu est une exégèse de la Biblie hébraïque ; le livre commente des sujets très divers comme la nature de Dieu, la création de l'Univers et sa structure, la composition des âmes et leur devenir après la mort... De fait, le Sefer ha Zohar est parfois considéré comme l'équivalent ésotérique du Talmud.

La première page d'une des toutes premières éditions imprimées du Sefer ha Zohar (XVIème siècle)

Le Sefer ha Zohar a repris et développé de nombreuses croyances relatives aux démons du Talmud ou de la tradition orale juive. Il s'attarde ainsi sur la reproduction des démons : la façon dont Lilith et une démone nommée Naamah se sont accouplées avec Adam et ses fils lors de la Genèse pour peupler la Terre avec ses descendants, ou les relations sexuelles que les démons peuvent entretenir la nuit avec les hommes. Il détaille également les mauvaises actions que les démons peuvent conduire contre les humains, ainsi que les liens qu'ils entretiennent avec les pratiquants de la magie noire. Certaines sections consacrées à la sorcellerie présentent de nombreuses similitudes avec les croyances chrétiennes de l'époque : les sorciers et sorcières sont en effet supposés se réunir régulièrement dans des endroits reculés pour avoir des relations sexuelles avec Samael (à la façon du sabbat de la démonologie chrétienne) et apprendre les arts diaboliques de démons avec lesquels ils ont conclu un pacte.

  • Le Pseudomonarchia daemonum

La toute première version du Pseudomonarchia daemonum est apparue en 1563, en annexe de l'ouvrage De praestigiis daemonum rédigé par le médecin et démonologue hollandais Jean Wier (ou Johann Weier). Son contenu était en partie recopié du Livre des Esperitz, le plus ancien traité français de magie démoniaque qui avait été publié au XVème siècle.
C'est en 1577, à l'occasion de sa cinquième édition, que le traité prend la dénomination de Pseudomonarchia daemonum.
Sur les 46 démons du Livre des Espertz, 35 sont repris avec plus ou moins de liberté et une trentaine sont rajoutés au fur et à mesure des éditions. Au total, dans sa version finale, le Pseudomonarchia daemonum présente 69 démons en détaillant leurs caractéristiques, origine et hiérarchie, ainsi que les rituels à accomplir à certaines heures précises pour les conjurer. Le livre ne fait pas mention de démons importants comme Satan, Belzébuth ou Lucifer, ce qui a laissé penser qu'il avait été amputé d'une de ses parties.

Couverture du Praestigiis Daemonum dans son édition de 1583

Plus encore qu'un simple traité de démonologie, le livre de Jean Wier s'oppose au Malleus maleficarum en tentant d'introduire la médecine dans l'explication de certains phénomènes relatifs au culte du Diable. A une époque où les procès en sorcellerie sont légion, Wier établit l'idée selon laquelle, à côté de la magie maléfique, certaines hallucinations physiques et visuelles perçues par les « sorcières » pourraient s'expliquer par leur santé mentale défaillante.

Fort de son succès, le Pseudomonarchia daemonum a par la suite fait l'objet de plusieurs traductions, dont une en français.

  • La Petite Clé de Salomon (Lemegeton Clavicula Salomonis) et l' Ars Goetia

Au XVIIIème siècle paraît un manuel de sorcellerie populaire intitulé la Petite clé de Salomon (en latin Lemegeton Clavicula Salomonis à ne pas confondre avec un autre grimoire populaire nommé La clé de Salomon). L'ouvrage s'articule autour de cinq parties, qui étaient auparavant des livres indépendants avant d'être réunies au sein de La Petite Clé de Salomon :

  • L'Ars Goetia
  • L'Ars Theurgia Goetia
  • L'Ars Paulina
  • L'Ars Almadel
  • L'Ars Notaria

Si les trois dernières parties de l'ouvrage n'ont que peu de rapport avec la démonologie proprement dite, les deux premières en offrent en revanche un éclairage plus précis. L' Ars Goetia (en français : « l'art de la Goétie », la Goétie étant un terme désignant la magie noire) reprend ainsi en grande partie la liste des démons publiée par Jean Wier dans le Pseudomonarchia daemonum. Le livre se veut toutefois plus complet : les démons s'y trouvent cette fois au nombre de 72. Outre leur hiérarchie, l'Ars Goetia explique également de façon très précise les caractéristiques et rituels de conjuration pour chacun d'eux : les préparatifs à réaliser, les méthodes de protection pour éviter que l'entité asservie ne reprenne le contrôle... Un sceau est attribué en outre à chaque entité.

Comme le Pseudomonarchia daemonum, l'Ars Goetia relie les démons qu'il liste aux esprits maléfiques que le Roi Salomon aurait invoqué puis mis à son service pour construire son temple... bien que la liste des démons de ces deux livres médiévaux n'ait que peu de rapport avec celle du Testament de Salomon !


Les sceaux de différents démons (de gauche à droite et de haut en bas : Andralphus, Bael, Buer, Crocel, Vapula et Zagan), tels qu'ils apparaissent dans La Petite Clé de Salomon


L'Ars Theurgia Goetia (en français : « art de la théurgie goétique », la Théurgie étant un terme désignant la magie blanche) quant à lui ajoute aux 72 démons de la précédente partie une liste 31 esprits aériens. Cette section du Lemegeton entretient un parallèle étroit avec la Steganographia Trithémius, un traité d'angélologie rédigé au XVIème siècle par l'abbé Johannes Trithemius, et dont le texte contient une clé de chiffrement.

Comme le Pseudomonarchia daemonum, La Petite Clé de Salomon connut un grand succès ; une dizaine de version différentes dans la plupart des langues européennes, ainsi que l'hébreux et l'arabe, ont ainsi pu être identifiées.

  • Le Dictionnaire Infernal

Au XIXème siècle, Jacques Albin Simon Collin de Plancy, écrivain et libre penseur français, édite son Dictionnaire infernal (de son titre complet : Dictionnaire infernal ou Bibliothèque Universelle sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses, qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux préjugés, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et généralement à toutes les croyances merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles). Outre les références aux contes et légendes populaires, à la magie ou aux superstitions, on y trouve également une hiérarchie des démons d'origines diverses :

  • Les princes et grands dignitaires : Belzébuth, Satan, Eurynome, Moloch, Pluton, Pan, Lilith, Léonard, Baalberith, Prosperine
  • Les ministères : Adramelech, Astaroth, Nergal, Baal, Léviathan
  • Les ambassadeurs : Belphégor, Mammon, Bélial, Rimmon, Thamuz, Hutgin, Martinet
  • La Justice : Lucifer, Alastor
  • La maison des princes : Verdelet, Succor Benoth, Chamoos, Melchom, Nisroch, Béhémot, Dagon, Mullin
  • Les menus plaisirs : Kobal, Asmodée, Nybbus, Antéchrist


Vision d'artiste de Buer, grand président des Enfers. Illustration de Louis Breton pour le Dictionnaire Infernal (XIXème siècle)


Par ailleurs, à ces différentes catégories s'ajoutent également les Ordres de la Mouche et du Démon. Le premier de ces Ordres est une distinction attribuée par Belzébuth et destinée aux hauts dignitaires de la Cour infernale. Le second Ordre, quant à lui, est instauré par des théologiens catholiques, afin, tout comme pour les anges, de mettre en valeur les neuf ordres prédominants de démons :

  • Les pseudothéi ou faux dieux
  • Les esprits du mensonge
  • Les vases de colère et d'iniquité
  • Les vengeurs de crimes
  • Les séducteurs
  • Les puissances de l'air
  • Les exterminateurs
  • Les calomniateurs
  • Les démons de la cupidité

Le Dictionnaire Infernal fit l'objet de six rééditions au cours du XIXème siècle. Il fut d'abord envisagé par Collin de Plancy comme un livre cartésien et très critique vis à vis des superstitions populaires et du christianisme, dont il cherchait à démontrer l'absurdité. Cette orientation sceptique est nettement perceptible dans la première édition du Dictionnaire Infernal en 1818.
Collin de Plancy se convertit cependant peu à peu au catholicisme et devint un fervent croyant à partir des années 1830 ; ce changement d'opinion le poussa à réécrire presque intégralement son Dictionnaire Infernal de façon à le rendre plus conforme à la foi catholique. Ainsi les dernières éditions du livre adoptent un ton beaucoup plus complaisant vis à vis des superstitions et des démons, dont elles admettent complètement l'existence.

Le Dictionnaire Infernal est toujours réédité de nos jours, et il est considéré comme un livre de première importance par de nombreuses personnes ou courants religieux dit « sataniques » s'intéressant à la démonologie.


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Traduction anglaise : Demonology

Bibliographie :

  • Jewish Magic and Superstitions (1939), de Joshua Trachtenberg. University of Pennsylvania Press.

Sources et liens complémentaires :

Transcription anglaise de la liste des démons de La Petite Clé de Salomon
Transcription anglaise du Pseudomonarchia daemonum et comparaison avec La Petite Clé de Salomon
Scan d'un exemplaire du Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy de 1863, par la Bibliothèque Nationale de France

Articles connexes :


Catégories : D ; Mythes et folklore ; Concepts
Auteur : Ar Soner ; Linele
Mise en ligne : 13/06/15
Dernière modification : le 25/08/15 à 00:41