Encyclopédie du paranormal - Philip

     Philip


« Faux fantôme » créé dans le cadre d'une expérimentation de parapsychologie en 1970


Philip (de son nom complet Philip Aylesford) est un « faux fantôme » inventé dans le cadre d'une expérience de parapsychologie réalisée dans les années 1970 au Canada. Les participants à l'expérience imaginèrent une biographie fictive au personnage de Philip, puis contre toute attente réussirent à communiquer avec lui dans le cadre d'une séance de spiritisme.
Selon le point de vue adopté, Philip est présenté comme une preuve du pouvoir de l'esprit humain à agir sur la matière, ou au contraire comme une démonstration de la façon dont les dynamiques en jeu lors d'une séance de spiritisme peuvent provoquer de fausses expériences paranormales.


Déroulement de l'expérimentation


Conception et mise en place

L'expérimentation a été imaginée dans le début des années 70 par le couple de britanniques George et Iris Owen, tous deux membres de la TSPR (Toronto Society for Psychical Research), un groupe de parapsychologie basé à Toronto. L'essai fut mis en place et se déroula sur une période de 5 ans.
Favorables à l'existence des phénomènes paranormaux et déjà habitués à pratiquer du spiritisme, les membres de la TSPR cherchaient à déterminer si l'esprit humain pouvait créer de toute pièce un esprit désincarné via la concentration et la visualisation, puis rentrer en contact avec celui-ci.

L'expérimentation débuta en 1972. Elle fut réalisée par un groupe composé de 8 personnes, toutes membres de la TSPR : Iris Owen, Margaret Sparrows (ancienne porte-parole de l'association MENSA au Canada), Andy et Lorne H. (un designer industriel et son épouse), Al Peacock (ingénieur), Bernice M. (chef comptable), Dorothy O'Donnel (comptable) et Sidney K. (étudiant en sociologie). Le groupe était supervisé par George Owen (qui était mathématicien) et par le psychologue Joel Whitton.


Le couple George et Iris Owen, les deux membres de la TSPR à l'origine de l'expérimentation
(Source inconnue, image fréquemment reprise sur le net)

Dans un premier temps, le groupe imagina ensemble un personnage et lui donna une biographie détaillée, de façon à ce qu'il soit le plus réel possible.
Les 8 personnes inventèrent ainsi ensemble un personnage nommé "Philip Aylesford" : né en 1624 en Angleterre dans le manoir de Diddington, Philip était un noble catholique et un homme de guerre devenu chevalier à l'âge de 16 ans. Il avait participé à la révolution anglaise, travaillant comme espion à la solde du roi Charles II dont il était devenu un ami proche. Philip avait été marié à Dorothea, une autre aristocrate, mais ce mariage était malheureux et Philip tomba un jour amoureux d'une gitane nommée Margo. Par jalousie, Dorothea accusa Margo de sorcellerie. Philip n'osa pas se présenter au procès de Margo de peur de ne porter atteinte à sa réputation, et cette dernière finit sur le bûcher. Désespéré et ne supportant plus de le poids de sa culpabilité, Philip se suicida à l'âge de 30 ans, en l'an 1654.

Bien que relié à des événements et personnages historiques réels, Philip était un personnage complètement fictif dont la biographie contenait de nombreuses incohérences et erreurs historiques.


Résultats et postérité de l'expérimentation

En septembre 1972, le groupe commença à se retrouver chaque semaine pour des réunions régulières. Durant celles-ci, ils discutaient de Philip et de sa vie, méditaient ensemble sur le personnage et réalisaient des exercices mentaux consistant à visualiser Philip de façon très détaillée. L'objectif était de donner vie à leur invention collective. Aucun résultat remarquable ne fut obtenu.

Au bout d'un an, le groupe changea de stratégie et essaya de rentrer en communication avec Philip dans la cadre d'une séance de spiritisme dite « à table tournante » : dans une pièce à la lumière tamisée, entourés d'objets provenant de l'époque à laquelle Philip avait vécu, les participants étaient assis autour d'une table sur laquelle ils posaient le bout de leurs doigts. Ils formulaient ensuite des questions à voix haute, l'esprit pouvant y répondre par des bruits ou des déplacements de la table, selon la formule classique d'un coup pour oui et deux coups pour non.
Les membres du groupe rapportèrent alors divers phénomènes inexpliqués : sensations de présence ; courants d'air ; bruits de coup dans la table ou les murs ; vibrations dans la table et déplacement de celle-ci...

Via les bruits de coup, le groupe put rentrer en communication avec une entité qui, lorsque la question lui fut posée, affirma être l'esprit de Philip. Les conversations avec Philip se déroulaient sur un ton amical et détendu ; les membres lui posaient des questions sur sa vie passée ou ses goûts personnels, lui faisaient des blagues, lui chantaient des chansons de son époque...
Face à une question à laquelle il ne voulait pas ou ne pouvait pas répondre, Philip produisait un bruit de grattement ou un brusque mouvement de table. Il fut noté que certaines des réponses de Philip à propos de son époque étaient anachroniques ou incorrectes d'un point de vue historique. Philip semblait également souvent donner la réponse que les participants attendaient implicitement de lui, et ne pas pouvoir fournir d'informations dont les membres du groupe n'auraient pas eux-mêmes connaissance. Les participants affirmèrent également que Philip pouvait provoquer certains phénomènes à leur demande, comme baisser la luminosité de la pièce ou frapper simultanément la table en plusieurs endroits.
Dans tous les cas, le groupe nota que les manifestations de Philip étaient intimement liées voire activées par l'état d'esprit et la concentration des participants.


Dessin de Philip de son vivant, réalisé par un des 8 membres du groupe ayant participé à l'expérimentation
(Source inconnue, image fréquemment reprise sur le net)

Une séance de communication avec Philip fut réalisée en public devant 50 personnes ; une autre fut filmée de façon à être diffusée à la télévision (voir vidéos ci-dessous).

En revanche, contrairement à ce qui est parfois avancé sur certains sites Internet, aucun phénomène véritablement surnaturel (comme une apparition spectrale ou la lévitation de la table) ne fut documenté. Iris Owen affirma que certaines réponses de l'entité lui avaient été murmurées à son oreille, mais aucun enregistrement sonore ou PVE ne put être produit.

L'expérimentation ne donna lieu à aucun rapport ou article scientifique, mais Iris Owen et Margaret Sparrows en firent le récit subjectif dans un livre (Conjuring up Philip : An Adventure in Psychokinesis) en 1976.


Face au succès que représenta l'expérience de communication avec Philip, la TSPR renouvela l'expérience. D'autres groupes aboutirent à la création puis à la prise de contact avec les « esprits » de Lilith (une espionne canadienne francophone), Sebastian (un alchimiste médiéval) et même d'Axel... un homme du futur !
Des expériences similaires furent également faites par d'autres organismes. La plus célèbre est la Skippy experiment, réalisée au début des années 2000 par un groupe d'amateurs de paranormal de Sydney. Les six participants imaginèrent la biographie de Skippy Cartman, une jeune australienne de 14 ans, tuée par le prêtre qui l'avait mis enceinte. Les résultats obtenus auraient été similaires à ceux que le TSPR avait obtenu avec Philip.


Hypothèses et critiques


Hypothèses parapsychologiques, spiritistes et ésotériques

Philip ayant été imaginé de toute pièce par les membres du groupe et sa biographie étant émaillée d'incohérences, le consensus est clair sur le fait qu'il ne peut pas être un véritable fantôme, c'est-à-dire l'âme d'une personne défunte ayant réellement existée.

Selon le couple Owen qui étaient à l'origine de l'expérience, les manifestations de Philip auraient été créés par un phénomène de télékinésie inconsciente provoquée par les membres du groupe. Leur explication est à rapprocher de la théorie (populaire dans le milieu de la parapsychologie) qui affirme que les poltergeists sont engendrés par les pouvoirs psychiques latents des personnes qui en sont victimes, selon un phénomène nommé RSPK (Recurrent Spontaneous PsychoKinesis, psychokinésie spontanée récurrente).
L'existence de la télékinésie n'a cependant jamais été prouvée.




Extraits de la séance de spiritisme diffusée à la télévision, et entretiens avec différents protagonistes de l'expérimentation (dont Iris Owen et Joel Whitton)

Un point de vue très répandu à l'heure actuelle notamment sur Internet est que l'expérience de la TSPR aurait abouti à la formation d'une égrégore ou d'une thoughtform (terme anglais sans équivalent en français, pouvant se traduire par « pensée-forme »), c'est-à-dire la manifestation matérialisée des pensées des membres du groupe. Bien qu'issue de l'esprit des participants, l'égrégore est concrète et perceptible par tous, y compris par des personnes hors du groupe. La manifestation peut ensuite se détacher de ses créateurs et devenir indépendante de leur volonté, tel un véritable fantôme artificiel.
Le concept d'égrégore est similaire à celui du tulpa du bouddhisme tibétain et du bön, et Philip est présenté sur certaines sources comme une sorte de tulpa. Dans ces religions, le tulpa est un objet ou une créature magique produit par une concentration intense, typiquement par les mystiques ayant suivi une discipline mentale rigoureuse.

Il a été spéculé qu'à la manière de Philip, certains fantômes ne seraient pas toujours réellement les esprits de personnes décédées, mais dans certains cas des manifestations provoquées par l'esprit des témoins sous l'effet de leur peur, de leur désir inconscient de voir un fantôme, ou de leurs attentes lorsqu'ils se trouvent dans un lieu réputé hanté.
Dans une lettre à Iris Owen datée de 1977, l'ufologue J. Allen Hynek (à l'origine d'une célèbre méthode de classification ufologique) se demandait si certaines observations d'OVNI ou d'extraterrestres n'étaient pas également le fruit de l'énergie psychique humaine.


L'avis des personnes se revendiquant du spiritisme est que les membres du groupe auraient bel et bien contacté le monde des esprits lors de leurs séances. Ils auraient invoqué et interagit avec un esprit du bas astral ou un démon qui se serait fait passer pour leur création Philip, dans l'objectif de simplement s'amuser, voire de les abuser pour avoir finalement une emprise néfaste dans leurs vies.


Hypothèses rationnalistes et critiques

Pour les détracteurs de l'expérimentation, les 8 membres du groupe n'auraient jamais créé d'égrégore par la seule force de leur esprit, ni fait l'expérience d'un authentique phénomène paranormal.
Il est observé que les manifestations du faux fantôme Philip sont au final plutôt anodines et peu concluantes. Elles résulteraient d'un mélange de plusieurs facteurs :

  • la détermination des membres du groupe à donner vie à Philip les aurait conduit à interpréter aveuglement des phénomènes anodins (comme de simples courants d'air ou des bruits quelconques) pour des manifestations surnaturelles. Il est même envisageable que les participants aient pu complètement imaginer certaines réponses de Philip, dans une forme d'hallucination collective.
  • l'effet idéomoteur pourrait être responsable de certains phénomènes, comme les déplacements de la table : les mains des participants sont parcourues de micro-mouvements inconscients, qui peuvent être suffisamment importants pour faire vibrer ou tourner une table. Des membres du groupe auraient donc pu être à leur insu à l'origine des manifestations de Philip.
    L'effet idéomoteur est connu pour expliquer le fonctionnement d'autres méthodes de communication avec les esprits, comme le ouija ou l'écriture automatique.
  • la fraude. Il est possible que les manifestations de Philip aient été provoquée par un ou plusieurs des 8 participants, à plus forte raison que les phénomènes inexpliqués relevés sont pour la plupart faciles à contrefaire, qu'aucune mesure n'était prise pendant les séances pour éviter le canular et que les séances de type « table tournante » sont particulièrement propices à la mystification.

L'expérience de la TSPR serait donc un très bon exemple de la façon dont certaines personnes convaincues peuvent prendre leurs désirs pour des réalités... et une preuve en plus en faveur de la non-existence des esprits prétendument contactés lors des séances de spiritisme.


Le groupe des 8 personnes au complet, pris en photo lors d'une séance
(Source inconnue, image fréquemment reprise sur le net)

Aussi bien du côté sceptique que dans le milieu de la parapsychologie, l'expérimentation faite par le TSPR a soulevé de nombreuses critiques.
Il lui a été reprochée de n'avoir d' « expérience » que le nom, car elle fut réalisée en dehors de toute considération scientifique. En effet, il n'y a eu aucun protocole, aucun groupe de contrôle (un groupe qui aurait par exemple essayé d'invoquer Philip dans la cadre d'une séance, mais sans être passé par le première étape visant à créer le personnage et à le visualiser mentalement), aucune collecte sérieuse des données ni de compte-rendu immédiat des résultats obtenus à l'issue de chaque séance...
Enfin, aucune précaution ne fut prise pendant les séances pour empêcher la fraude ou pour isoler le groupe de l'extérieur, les résultats obtenus sont considérés comme douteux.
Ainsi, bien que l'expérimentation ayant abouti à la création de Philip soit reproductible (et ait été effectivement reproduite avec succès), elle échoue à apporter des preuves sérieuses et scientifiques de ce qu'elle prétend démontrer.

Cette même critique a été formulée à l'égard des autres expérimentations similaires comme la Skippy experiment, qui n'a jamais été filmée ni enregistrée, bien qu'elle ait été réalisée à une époque récente ce qui aurait permis de la documenter de façon détaillée et exhaustive.


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Traduction anglaise : Philip experiment

Localisation : l'expérimentation a été réalisé à Toronto, Canada, Amérique du Nord

Date : 1972

Sources et liens complémentaires :

Copie de la lettre de J. Allen Hynek à Iris Owen à propos de l'expérimentation de la TSPR

Auteur : Ar Soner
Mise en ligne : 19/12/16
Dernière modification : le 05/01/17 à 22:53