Encyclopédie du paranormal - Monstre du Loch Ness

     Monstre du Loch Ness


Célèbre monstre lacustre du Loch Ness, en Ecosse


Le monstre du Loch Ness, aussi connu sous l'appellation populaire de « Nessie », est un cryptide supposé vivre dans le Loch Ness dans les Highlands d'Ecosse. Il est similaire à d'autres monstres lacustres signalés à travers le monde ainsi qu'au serpent de mer?.
Bien que le monstre du Loch Ness n'ait commencé à faire parler de lui qu'à partir des années 30, le créature est devenue rapidement très populaire et elle constitue aujourd'hui l'un des emblèmes de la cryptozoologie avec le yéti et le Bigfoot.
Malgré un certain nombre de témoignages, les preuves matérielles de l'existence du monstre du Loch Ness sont réduites et les multiples expéditions lancées à sa recherche n'ont pas donné de résultat probant ; la réalité de Nessie fait toujours débat à l'heure actuelle au sein de la communauté cryptozoologique.


Le Loch Ness


Situé dans les Highlands, au Royaume-Uni, le Loch Ness est le second plus grand lac d'Ecosse en superficie (approximativement 35 km de long et 1,5 km de large), ainsi que le premier en terme de volume, avec une moyenne de 200 mètres de profondeur (certaines fosses vont jusqu'à 220 mètres de fond) pour 7 milliards de m3 d'eau.

Le Loch Ness, avec le château d'Urquhart en premier plan

L'eau qui la compose est sombre à cause de sa saturation en tourbe ; la lumière y pénètre mal et la visibilité y est difficile. Elle est également froide (la température vacillant entre 5° et 12°), mais moins que dans les autres lacs d'Ecosse ; le Loch Ness a ainsi la particularité d'être le seul lac de cette région qui ne gèle jamais. Notons également que durant la période survenue après l'ère glaciaire, il était relié à la mer.


Peu de témoignages anciens


Le premier témoignage de la présence d'une créature dans les eaux du Loch Ness remonte à l'année 565 ; il est rapportée par Adomnan d'Iona.
Saint Columba, évangélisateur de l'Ecosse en route pour convertir les Pictes, faisait halte durant son voyage au bord du Loch Ness. Il y croisa des villageois en train d'enterrer un homme, qui avait été mordu et noyé par une « bête aquatique » alors qu'il nageait dans le fleuve Ness (qui est alimenté par le loch). Saint Columba ordonna dès lors à l'un de ses fidèles, un jeune homme du nom de Luigne Mocumin, de se baigner dans la rivière. Ce dernier, qui avait auparavant été guéri par un soin miraculeux dispensé par Saint Columba, s'exécuta sans hésiter.
Alors que le garçon était dans le fleuve, le monstre fit surface et se précipita sur lui en rugissant. La créature fut toutefois immédiatement stoppée par le missionnaire, qui dans un geste de croix lui dit « Tu n'iras pas plus loin, ni ne touchera cet homme ; repart en toute hâte. ». La créature aurait alors pris la fuite de terreur pour ne plus jamais se faire voir.

Il faut toutefois noter que ce témoignage est d'une fiabilité douteuse : elle est en effet un exemple typique des légende de saints dits « sauroctones », qui auraient évangélisé des populations païennes en les délivrant de la menace d'une bête fantastique ou d'un dragon. On peut ainsi citer Saint Clément et le Graoully à Metz, ou Sainte Marthe et la tarasque à Tarascon en Provence parmi les plus connus, mais on dénombre près d'une centaine d'autres saint sauroctones à travers l'Europe.

La « bête picte », une créature fantastique couramment représentée dans l'iconographie des Pictes (un peuple installé en Ecosse du Nord durant l'Antiquité et le Haut Moyen-Age), est parfois présentée comme une preuve d'observations anciennes de Nessie. Il n'existe toutefois aucun élément sérieux permettant de relier la bête picte au monstre du Loch Ness


Durant les siècles qui suivent, il y a peu de traces du monstre dans les récits historiques, et ce malgré de nombreux éléments qui auraient tendu à faire penser le contraire :

  • le château d'Urquhart (construit durant le XIIIème siècle) offre un point d'observation idéal sur le Loch Ness, mais aucune trace historique ne laisse à penser qu'un de ses occupants ait observé le monstre.
  • la construction du canal Calédonien (entre 1804 et 1822) aurait pu être un facteur bouleversant pour Nessie, qui ne s'est jamais manifesté durant cette période.
  • les fréquents trajets effectués pour les voyageurs en bateau à vapeur d'un côté à l'autre du Loch (aux environs de l'année 1873) n'ont jamais signalé la présence d'un animal extraordinaire.

Quelques rares observations auraient été répertoriées de manière sporadique, la plus remarquable datant de 1527 : un certain Duncan Campbell prétend avoir vu une créature sortir des eaux du lac et renverser sans effort de grands arbres avec sa queue, avant de retourner dans les profondeurs du loch.

Ces témoignages anciens sont toutefois très critiqués par la majorité des cryptozoologues, car d'une origine douteuse n'excluant pas les canulars ou des erreurs de traductions de sources historiques.
En toute rigueur, il ne semble pas y avoir eu de tradition locale ancienne affirmant la présence d'une créature dans le lac, alors que celle-ci aurait pourtant dû être remarquée par la population vivant au bord du loch.
Le nom gaélique parfois attribué à Nessie, an Niseag, est d'invention tout-à-fait récente.


Vision d'artiste d'un kelpie par T.Keightley (1870) ; le kelpie est parfois vu comme une source d'inspiration à l'origine du monstre du Loch ness

Le monstre du Loch Ness a été parfois comparé à au kelpie, une créature de type « cheval aquatique » du folklore des Highlands qui serait supposée vivre dans les trous d'eau et les rivières, et au sujet de laquelle de nombreuses légendes circulent en Ecosse. La tradition prête au kelpie certaines caractéristiques, comme un tête chevaline et un corps recouvert de longs poils mouillés, qu'on retrouve également dans quelques descriptions de Nessie, ce qui en ferait une possible source d'inspiration pour le monstre.


La vague de témoignages au XXème siècle


La possible existence de Nessie ne fut portée pour la première fois à la connaissance du vaste monde qu'en 1933 : c'est en effet cette année qu'Alex Campbell, un correspondant à l'Inverness Courier, publia un article consacré à la créature.
L'article de Campbell datant du 2 mai 1933 rapportait le témoignage d'Aldie et John MacKay, un couple d'hôteliers résidents à Drumnadrochit ; ces derniers affirmaient qu'en rentrant d'un trajet entre Inverness et leur hôtel, ils avaient remarqué « un énorme animal tournoyant et plongeant » à la surface de l'eau.

Notons que le couple circulait sur une toute nouvelle route longeant les rives du Loch Ness, rendant cette région assez reculée de l'Ecosse désormais facilement accessible aux touristes. L'ouverture de cette route coïncide avec l'acmé des observations de Nessie.

L'article d'Alex Campbell fut par la suite diffusé par plusieurs journaux et connut un impact retentissant. Le grand public se passionna pour le monstre du Loch Ness, et de nouveaux témoignages ne tardèrent pas affluer.
Certains prétendaient remonter à une date antérieure à la publication de l'article de Campbell. Ainsi, durant l'avril 1932, le colonel Fordyce et sa femme rapportèrent la présence d'un étrange animal observé durant un trajet en voiture. La créature aurait surgi des bois, dotée d'un long cou surmonté d'une petite tête ; elle était couverte de fourrure et semblait issue d'un « croisement entre un très grand cheval et un chameau avec une bosse sur son dos ».
En 1871, D. Mackenzie aurait observé une forme proche de la coque d'un navire retourné qui se déplaçait à différentes vitesses à la surface du lac, ce qui en ferait le plus ancien témoignage moderne du monstre du Loch Ness.


La « photographie du chirurgien » (Surgeon's photograph), probablement la plus célèbre photographie de Nessie (et un canular en réalité)

C'est également en 1933 que la première preuve photographique témoignant de l'existence de la créature est présentée avec la photographie de Hughes Gray?. Beaucoup d'autres suivront par la suite, avec les photographies de Adams?, Lachlan Stuart?, MacNab?...
La plus célèbre de toutes les images reste probablement celle prise Robert K. Wilson en 1934, plus connue sous le nom de la « photographie du chirurgien » ou surgeon's photograph en anglais, représentant ce qui semble être le cou et la tête de Nessie.

Le monstre sera également capturé en vidéo : le premier film de la créature fut tourné en 1938 par G.E Taylor?, un touriste sud-africain. La vidéo est malheureusement perdue à l'heure actuelle et il n'en subsiste que quelques images floues présentant un objet à la surface du loch. Ce film sera suivi par d'autres, comme celui tourné par Tim Dinsdale en 1960?, qui montre une petite silhouette noir (assimilée à la tête ou à une bosse de Nessie) traversant le loch en créant un large remous derrière elle.

Bien que l'intérêt du public - et des spécialistes - pour Nessie se soit tassé au fil des années, des films et photographies du monstre du Loch Ness n'ont pas cessé d'être produits jusqu'à aujourd'hui. On peut ainsi citer les films de Gordon Holmes? (2007) ou de David Elder? (2013), ou le cliché de George Edwards? (2011).


L'une des seules images ayant subsisté du film de Taylor?, le tout premier film qui aurait capturé sur vidéo le monstre du Loch Ness en 1938


Sur l'énorme quantité de témoignages d'observation du monstre, un grand nombre se sont avérés après coup être des canulars. L'un des plus étonnants est celui de W. A Grant, un étudiant de 21 ans, qui affirma avoir évité une collision avec le monstre alors qu'il circulait en moto le long du lac. Il confessa plus tard qu'il s'agissait en réalité d'un mensonge qu'il avait inventé pour justifier la dégradation de son véhicule à sa mère.
Les preuves matérielles de l'existence de Nessie sont également dès le départ sujettes à caution, leurs origines étant parfois franchement douteuses, comme ce fut le cas avec la photo de Doc Shiels? ou celle de George Edwards?. La célèbre surgeon's photograph s'est également avérée après coup être un canular, l'un de ses auteurs ayant avoué en 1984 qu'ils avaient en réalité pris en photo un jouet submersible téléguidé sur lequel ils avaient placé une fausse tête de serpent sculptée.


Aspect général du monstre


Dans de très nombreux témoignages, le monstre du Loch Ness n'est pas directement observé mais sa présence est supposée en raison d'une large perturbation à la surface de l'eau.

Les témoignages disponibles décrivant Nessie ne sont que rarement similaires entre eux. Tout au plus, ils s'accordent sur certains points : la créature est aquatique, voire amphibie. Son cou est long, souvent comparé à la trompe d'un éléphant. La créature est généralement visible seule, mais de rares témoins parlent de deux animaux se déplaçant ensemble, comme ce fut le cas en 1958 lorsque Alex Campbell observa deux bosses se déplacer côte-à-côte dans le lac.
La grande taille de l'animal semble également faire consensus. En juillet 1933 la voiture d'un couple, les Spicer, dut s'arrêter pour laisser brièvement passer un animal au corps massif qui plongea dans les eaux du Loch Ness. Le couple décrivit la créature comme étant de grande taille (1 mètre 20 de haut pour 8 mètres de long), et pourvue d'un long cou de 3 à 4 mètres de long, plus épais que la trompe d'un éléphant.

La créature qui aurait été observée par le colonel Fordyce et sa femme en 1932

Les témoignages restent toutefois majoritairement contradictoires entre eux : ainsi le dos est parfois plat, parfois doté de une à deux bosses. La couleur de l'animal reste également incertaine : elle est le plus souvent grise ou noire, mais d'autres couleurs furent signalées comme le beige, le jaune ou le vert. De même, la créature peut être recouverte d'écailles, d'une peau lisse comme celle d'une anguille... mais dans certains cas, de la fourrure était visible sur son corps ; le témoignage du couple Fordyce vient corroborer cette idée, tout comme celui de Mrs Reid qui en décembre 1933 affirme avoir observé depuis sa voiture une créature longue de deux mètres recouverte de poils, dont l'aspect s'approche de celui d'un hippopotame.

Enfin, certains témoignages mettent clairement en avant que la créature est dotée de nageoires, tandis que d'autres mentionnent des pattes pourvues de doigts, voire des sabots.
Nessie aurait ainsi déjà été aperçu à plusieurs reprises sur la terre ferme. Outre l'observation des Fordyce, on peut citer M.F Mac Lennan qui rapporte une observation survenue près du village de Foyers en août 1933. L'animal possédait ainsi « des pattes courtes, épaisses, mais des pattes quand même, avec une sorte de sabot comme celui d'un porc [...] Il se dressa sur ses deux pattes antérieures, puis il glissa de la falaise ».

Croquis de la créature observée par Torquil MacLeod
(Reproduit dans Loch Ness Monster de Tim Dinsdale, 1961)


En février 1960, un partisan de l'existence du monstre, Torquil MacLeod, affirme avoir pu observer la créature sur une plage avec ses jumelles pendant une durée approximative de 9 minutes. Son témoignage suit les descriptions classiques du monstre du Loch Ness : un grand corps large de couleur gris-noir surmonté d'un long cou (que MacLeod compare à la trompe d'un éléphant), et des nageoires en forme de losange.

Il a été suggéré que Nessie était la même créature que le Morag, d'hypothétiques cavités sous-marines reliant les deux lacs ainsi que la capacité de se déplacer sur terre ferme de la créature permettraient à ces deux théories d'être plausibles. Les premières observations supposées du Morag remonte au début du XXème, à l'instar de celles du Nessie.


Identité du cryptide


La véritable identité du monstre du Loch Ness fut le point central d'un grand nombre d'hypothèses.

L'une des premières suppositions avancée dès 1933 fut que Nessie était la survivance d'un reptile marin préhistorique, le plésiosaure, supposé s'être éteint il y a 65 millions d'années au cours de la crise Crétacé - Tertiaire qui vit également la disparition des dinosaures.
C'est d'ailleurs le physique de cet animal qui est resté ancré dans la mémoire collective comme la représentation la plus connue de Nessie.

Une statue représentant Nessie sous sa forme la plus connue : un plésiosaure, devant le Loch Ness Nessie Museum à Drumnadrochit

L'hypothèse du plésiosaure a cependant été très critiquée :

  • des simulations se basant sur des études ostéologiques de fossiles de plésiosaures montrent que leurs possibilités de mouvement du cou dans le plan vertical étaient étaient limitées. Il leur aurait été impossible de dresser leur cou hors de l'eau à la façon d'un cygne, comme certains témoignages l'affirment ou comme le montre l'iconographie habituelle du monstre du Loch Ness.
  • le mode de régulation de la température corporelle des reptiles marins reste encore inconnu à l'heure actuelle. Toutefois, dans tous les cas, un animal à sang froid ne pourrait pas survivre dans les eaux froides du Loch Ness qui tournent en moyenne aux environs des 5°C. Un animal à sang chaud devrait quant à lui ingérer des quantités considérables de nourriture pour pouvoir maintenir sa température, bien au delà de ce que les eaux troubles et peu propices à la vie du loch peuvent fournir.
  • enfin les reptiles marins étant dépourvus de branchies, ils étaient condamnés à remonter fréquemment à la surface pour respirer, à la façon des cétacés actuels. Ce détail rend improbable qu'une population de gros animaux puisse passer inaperçu dans le Loch Ness, alors qu'ils devraient aller à la surface plusieurs fois par jour pour y prendre de l'air.
    Robert Rines a suggéré que les cornes parfois mentionnées dans les témoignages pourraient être des sortes de narines allongées en forme de tubes, permettant aux créatures de respirer à la surface sans se faire observer.
  • Un amphibien inconnu de grande taille

Le lieutenant R. T. Gould a proposé en 1934 que Nessie soit un grand amphibien encore inconnu. Un triton descendant de l'embolomere (un tétrapode préhistorique) ou une salamandre géante (proche de l'Andrias davidianus, la salamandre géante de Chine qui peut atteindre plus de 1m50 pour un poids de 50 kg) sont des animaux dont l'existence fut suggérée pour décrire la créature du Loch Ness.

  • Une espèce inconnue de mammifère semi-aquatique

Le biologiste hollandais Anton Oudemans a avancé dans les années 30 l'hypothèse d'une espèce inconnue de phoque à long cou, à laquelle il donna le nom scientifique Megophias megophias. La père de la cryptozoologie Bernard Heuvelmans reprit et popularisa par la suite cette hypothèse, en renommant la créature Megalotaria longicollis.
La ressemblance de cette espèce de phoque à long cou avec le plésiosaure serait purement fortuite, selon un mécanisme de convergence évolutive, de la même façon que les dauphins actuels présentent un apparence similaire à celle des ichtyosaures (un autre groupe de reptiles marins préhistoriques).
Cette théorie expliquerait la présence du monstre sur la terre ferme, ainsi que les témoignages dans lesquels de la fourrure est visible sur la créature.

Représentation d'un Megalotaria longicollis, tel qu'imaginé par Bernard Heuvelmans
Stefano Maugeri, Gruppo Criptozoologia Italia

L'hypothèse d'un mammifère fut également proposée par Maurice Burton qui suggéra qu'il pouvait s'agir d'une race de loutre géante encore inconnue.

  • Une confusion avec un animal connu

Certains sceptiques pensent que certaines observation de Nessie pourraient correspondre à des groupes de phoques se déplaçant à la surface. Bien que normalement absents dans cette région, des cas isolés ont montré que les phoques s'aventuraient parfois à l'intérieur des terres jusque dans le Loch Ness. La présence sporadique de phoques dans les eaux du loch pourraient également expliquer certains objets animés observés au sonar.

Une autre hypothèses avance l'idée qu'un poisson de grande taille aurait put être confondu avec une créature inconnue.
L'esturgeon fut pointé comme candidat potentiel pour affirmer cette théorie ; l'aspect "reptilien" de ses écailles, les bosses formées par sa nageoire dorsale et la taille impressionnante (pouvant dépasser les 5 mètres) que peuvent atteindre ces poissons jouent en faveur de cette hypothèse, même si ces derniers sont devenus rares dans les eaux écossaises.
Des anguilles anormalement grandes pourraient également expliquer certaines observations, d'autant plus ces poissons sont assez courants dans le loch.
De son coté, l'émission Rivers Monsters a avancé par la voix de son animateur Jeremy Wade (dans l'épisode 6 de la saison 5 : Legend of the Loch Ness) que les apparitions de Nessie pouvaient être imputables au requin du Groenland (aussi appelé laimargue). Ce poisson connu pour remonter certains estuaires et fjords, dont la taille peut dépasser les 7 mètres et dont la zone de répartition correspond avec le Loch Ness, pourrait être à l'origine de certains témoignages.

L'hypothèse d'un calmar géant fut envisagée par certains partisans de l'existence du monstre, mais celle-ci est peu probable : les calmars géants sont des animaux marins vivant en grande profondeur (plus de 500 mètres), aussi il est peu réaliste d'en retrouver dans les eaux douces et relativement peu profondes du Loch Ness.

Frank Holiday a proposé en 1968 l'hypothèse de très grands vers polychètes : des vers vivant dans la vase qui peuvent atteindre plusieurs mètres de long pour les espèces les plus imposantes, et qui n'auraient aucun mal à survivre dans les eaux troubles et pauvres du Loch Ness.

  • Une confusion avec un phénomène naturel connu

Certains scientifiques comme Maurice Burton ont proposé une explication d'origine non-animale ; des troncs de résineux pourraient pourrir au fond du lac, et à la faveur d'un dégazage soudain (les gaz issus de la putréfaction s'accumulant dans les tissus plein de résines jusqu'à ce que ceux-ci finissent par céder), se déplacer voire remonter à la surface du loch. Il a été noté que les loch possédant une légende de monstre aquatique sont ceux dont les berges sont plantées de conifères et autres arbres résineux ; il n'y a pas de telle folklore autour du Loch Lomond, qui lui est entouré de feuillus.

Certaines observations pourraient également s'expliquer par des phénomènes hydrodynamiques, accentués par la forme longue et droite du Loch Ness :

  • les seiches : de longues et régulières ondulations parcourant un lac d'un sens à l'autre. Sur le Loch Ness, la seiche a une période de 32 minutes environ ;
  • l'interactions des sillages nés de l'activité des bateaux ; ces vagues sont de taille modeste, mais lorsque plusieurs d'entre elles se rencontrent, elles peuvent temporairement donner naissance à des vagues nettement plus importantes.

Ces deux phénomènes peuvent contribuer à créer des vagues de grande taille au milieu d'un eau d'apparence calme et sans qu'aucune cause de perturbation (bateau...) ne puisse être constatée, donnant ainsi l'illusion d'une masse circulant sous la surface du loch.

Enfin, des phénomènes d'illusions optiques liées au vent peuvent donner l'impression de zones de couleurs différentes à la surface du Loch Ness (une zone où l'eau est plus calme reflète mieux les montagnes et semble plus sombre), d'où l'impression d'une grande forme passant sous les eaux du loch.

Selon le géologue Luigi Piccardi, les phénomènes attribué à Nessie serait en grande partie dû à une activité sismique provenant de la faille de Great Glen, sur lequel le loch est situé ; des remontées de gaz issues de l'activité tellurique pourrait être à l'origine de certains témoignages.

  • Théories diverses et marginales

Compte-tenu de la popularité du monstre du Loch Ness dans la culture populaire, de nombreuses hypothèses plus ou moins farfelues ont été proposées pour expliquer sa vraie nature.

En 2012, des observations d'OVNIs dans les environs du Loch Ness ont suscité certaines rumeurs affirmant que Nessie était peut-être une créature d'origine extraterrestre qui se serait échouée sur Terre.

Le mystique Oberon Zell a avancé la possibilité que le monstre du Loch Ness soit en réalité une limace géante, ce qui expliquerait selon lui sa présence sur terre, sa longueur de cou changeante et l'absence de cadavre de la créature.

Nessie telle que décrite par Oberon Zell
Crédits photo : Oberon Zell

En 2006, le paléontologue Neil Clark a proposé l'hypothèse d'éléphants qu'un cirque itinérant aurait laissé se baigner dans le Loch Ness ! Les éléphants nagent entièrement immergés, avec seulement une partie de la tête à la surface et la trompe dressée pour respirer : cette observation aurait donné naissance au long cou et aux bosses du dos de Nessie.


Recherche du cryptide


Suite à l'afflut énorme de témoignages venant corroborer la probable existence d'une créature dans le loch, de nombreuses expéditions furent menées pour tenter de trouver Nessie , sa popularité allant jusqu'à pousser les forces de police à s'inquiéter pour la sécurité de ce dernier.

La première recherche officielle fut celle organisée par le Daily Mail, en 1933. Le journal britannique envoya sur place Marmaduke Wetherell, acteur-réalisateur et chasseur autoproclamé, qui découvrit des empreintes fraîches d'un animal à quatre pouces sur les rives peu après son arrivée. Wetherell informa le Daily Mail de sa découverte et envoya le moulage des empreintes au Musée d'Histoire Naturelle de Londres.
Après analyse, il s'avéra qu'il s'agissait de la trace d'un pied unique d'hippopotame (ayant probablement servi de cendrier ou de porte-parapluie). Marmaduke Wetherell finira en disgrâce, organisant par la suite la création de la surgeon's photograph pour se venger du Daily Mail. L'orchestration du canular des empreintes n'a jamais été clair, et nul ne sait si Wetherell en fut une victime ou non.

En 1934, Sir Edward Mountain finança un groupe de vigilance autour du lac : une vingtaine d'hommes équipés d'appareils photos et de jumelles se relayèrent de 9h à 18h chaque jour pendant 5 semaines, pour obtenir une trace photographique de la créature. Malgré de nombreux signalements de Nessie, les photographies n'ont jamais été concluantes?.

Durant les années 60, les grandes universités du Royaume-Uni organisèrent à leur tour des expéditions au Loch Ness. Oxford, Birmingham et Cambridge envoyèrent des équipes étudier l'environnement du lac, ainsi que la composition de son eau, tout en le sondant au sonar. Les résultats des différentes équipes restèrent les mêmes : un groupe de grands prédateurs marins n'a aucune chance de survivre sur le long terme dans un milieu tel que celui du Loch Ness.
En août 1968, l'équipe de l'université de Birmingham dirigée par le professeur Gordon Tucker capta au sonar plusieurs objets animés d'une vitesse de 19 km/h, d'une longueur de 6 mètres, s'élevant pour redescendant dans les profondeurs du loch. Ce résultat excluait de facto des animaux pourvus de poumons (puisqu'à aucun moment ils n'avaient regagné la surface pour y respirer), ainsi que la plupart des poissons qui n'auraient pas pu avoir une telle vitesse de plongée et de remontée.

Un des postes d'observation installé par le Loch Ness Investigation Bureau
Crédits photo : Dick Raynor

En 1962, le Loch Ness Phenomena Investigation Bureau? (plus tard rebaptisé Loch Ness Investigation Bureau) fut créé dans le but de découvrir l'identité de Nessie. Ce furent leurs enquêtes, et notamment celles du cryptozoologiste Roy Mackal, qui permirent d'archiver des témoignages remontant à des années antérieures à 1933.
En 1969, le groupe était composé de 1030 membres, dont la moitié était d'origine britannique.
Le Loch Ness Investigation Bureau installa un large dispositif de repérage sur et sous la surface du Loch Ness, et récolta de nombreux témoignages jusqu'à sa dissolution en 1972. Durant toutes ses recherches, la seule preuve de l'existence d'un monstre est une vidéo? dont l'auteur lui-même ne pensait pas avoir filmé autre chose que des canards.

En 1968, La société Vickers Ltd (un groupe spécialisé dans l'ingénieurie maritime) prêta un sous-marins nommé le Pisces pour sonder le loch. Le sous-marin était à l'origine équipé d'une marionnette à l'effigie du monstre du Loch Ness dans le cadre du tournage du film La vie privée de Sherlock Holmes.... mais quand la marionnette s'était cassée et avait sombré au fond du loch, la société avait décidé de rentabiliser cette perte et de prêter le sous-marin au Loch Ness Phenomena Investigation Bureau?.
Au cour d'une recherche, un écho fut détecté vers 170m de profondeurs, mais lorsque le submersible tenta de s'en approcher, ce dernier disparut. Ce n'était pas la première fois qu'un sous-marin fut utilisé pour tenter de traquer le monstre, mais les tentatives précédentes s'étaient systématiquement soldées par des échecs techniques.

En 1970, le cryptozoologue Roy Mackal déploya une série de micros aquatiques en divers endroits du loch, et à des profondeurs variées allant de 200 à 300 mètres. Il obtint divers sons : des sortes de « pépiements d'oiseaux », des bruits de remous évoquant le déplacement d'un grand animal dans l'eau, et des "clics" ressemblant aux sons produits par les animaux utilisant l'écholocation (mais qui ne purent être attribués à aucune espèce connue). Certains de ces bruits (comme les pépiements) furent captés à de grandes profondeurs ; d'autres comme les clics semblaient provenir d'une trentaine de mètres en dessous de la surface. Les clics présentaient également la particularité de s'arrêter lors du passage d'un bateau, pour reprendre un peu plus tard sitôt que celle-ci s'éloignait.
Des tentatives de « communication » furent réalisées en diffusant les sons enregistrés dans le Loch Ness, mais aucun résultat probant ne put être obtenu.


La nageoire de Rines? en forme de losange, photographiée au début des années 70

Au début des années 70, une nouvelle équipe de recherche fut créée par l'avocat et inventeur Robert H. Rines, accompagnés par l'Académie des sciences appliqués de Boston. De nombreuses méthodes, souvent complétement nouvelles, furent déployées pour tenter de trouver Nessie : des appâts odorants furent déposés et des caméras sous-marines couplées à de puissants projecteurs installées dans les profondeurs du loch. De cette expédition, sortirent trois photographies qui firent sensation lors de leur divulgation : la nageoire de Rines?, le "corps" du monstre? et la gargoyle head?.
Les clichés n'étaient toutefois guère probants, montrant des silhouettes floues pouvant correspondre à des algues ou des morceaux de bois immergés, et ils ne sont pas considérés comme des preuves très sérieuses de l'existence du monstre. Le naturaliste Peter Scott prit toutefois l'initiative de baptiser le monstre du Loch Ness du nom scientifique de Nessitera rhombopteryx (« Nessie à la nageoire en losange », en allusion à la photo montrant une nageoire de cette forme), en espérant que cela permette de lancer des mesures de conservation à son égard.


L'expédition la plus impressionnante reste probablement l'opération Deepscan en 1987, qui vit une vingtaine de bateau équipés de sonar sillonner le Loch Ness. Couvrant près de 60% de la superficie de l'étendue d'eau (les rivages et les baies du loch ne pouvant être sondés), plusieurs échos furent repérés : la plupart furent toutefois imputés à des débris flottant dans les profondeurs, voire éventuellement à une petite colonie de phoques, mais une trace sonar repérée à 180m de fond reste encore d'origine indeterminée.

Le déroulement de l'operation Deepscan

Bien que l'effervescence autour du monstre du Loch Ness soit retombée ces dernières années, de nouvelles expéditions ont continué à être organisées de façon sporadique.
Ainsi en 2003, la BBC a sponsorisé une vaste campagne de recherche s'appuyant sur 600 sonars et un système de GPS, d'une précision telle qu'il pouvait détecter une petite bouée flottant à la surface du loch. Aucun animal d'une taille conséquente ne put toutefois être détecté, et les scientifiques participant à la campagne en conclurent que Nessie était nécessairement un mythe.


Conclusion


Bien qu'après 70 ans de recherches, aucune preuve matérielle ne semble prouver l'existence d'un animal extraordinaire vivant dans les eaux du Loch Ness, ce dernier n'a pas manqué malgré tout de susciter l'intérêt des foules.

Très ancré dans la culture populaire, Nessie reste le monstre lacustre le plus connu au monde : on ne compte plus ses très nombreuses apparitions dans les oeuvres de littérature, de cinéma, de musique, de bande dessinée ou dans les programmes télévisés... La créature a croisé ainsi la route de Sherlock Holmes, de Doctor Who ou d'Astérix et Obélix. La popularité du monstre est telle que des sculptures et des montagnes russes portent également son nom, et il n'est pas rare qu'un journal fasse ressurgir le mythe lors d'un 1er Avril.

Timbre à l'effigie du monstre du Loch Ness

Le monstre du Loch Ness est également devenu un symbole non officiel (et un peu caricatural) d'une Écosse typique, à côté du kilt, du haggis et de la cornemuse. L'intérêt du public pour la créature a été bien perçu par les agences de voyages, les organismes touristiques et les vendeurs de souvenirs, qui en font un fort usage comme outil de communication et de marketing.


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Localisation : Loch Ness, Ecosse, Royaume-Uni, Europe

Articles connexes :

Sources et liens complémentaires :

Bibliographie :

  • Sciences et Avenir - Les animaux extraordinaires, article Le monstre du loch Ness rédigé par Michel Meurger (2000).
  • Science revue - La vérité sur les animaux fantastiques, article Le monstre du Loch Ness (2002).
  • B.a.-ba monstres aquatiques, par Jean-Paul Ronecker (2000).
  • Cryptozoology, A to Z, par Loren Coleman et Jerome Clark (1998).

Catégories : M ; Créature ; Cryptozoologie ;
Auteur : Archi , Ar Soner
Mise en ligne : 06/02/14
Dernière modification : le 25/08/16 à 18:29